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Comment se porte le programme Santé Biotechnologies du PIA

[Article du 11/03/2019]

La santé et les biotechnologies représentent l’un des six axes stratégiques du Programme d’investissements d’avenir (PIA). Sur une enveloppe globale de 47 milliards, ce programme pèse quelque 3 000 millions d’euros engagés depuis 2010. Avec l’ambition de mieux soigner les patients et de stimuler la croissance économique grâce à une recherche d’excellence.


Jean-Christophe Dantonel

Deux grands objectifs ont présidé à la mise en place des programmes liés à la santé et aux biotechnologies : accompagner l’innovation et apporter de nouveaux traitements aux patients. « Pour le volet accompagnement de l’innovation, le constat était qu’il fallait créer un environnement hospitalo-universitaire favorable. Certes, il existait déjà les centres hospitaliers universitaires (CHU). Mais ils avaient beaucoup de missions et peu de moyens à consacrer à la recherche translationnelle (faisant le lien entre la recherche fondamentale et la recherche clinique, NDLR) », explique Jean-Christophe Dantonel, directeur du programme Santé Biotechnologies au Secrétariat général pour l’investissement (SGPI). « Nous avons donc créé les instituts hospitalo-universitaires (IHU) comme des centres d’excellence au cœur des CHU pour redonner une nouvelle dynamique à l’écosystème. Les IHU font du soin, de la recherche, de la formation et du transfert de technologies. » La fusée accompagnement de l’innovation comprend deux étages. « Le deuxième étage est le financement de la recherche translationnelle dans des centres qui ont une visibilité internationale, mais une masse moins importante que les IHU. Au lieu de tout miser sur six IHU, on finance d’autres projets de partenariats public-privé avec des aides de 5 à 10 millions d’euros. C’est l’appel à projets “Recherche hospitalo-universitaire en santé“ qui a financé 24 projets, dont 10 nouveaux lauréats en 2017 », continue le responsable. Quant au second objectif, il faut le préfacer en expliquant les défis propres aux sciences du vivant. D’une part, l’arrivée de la science massive et des « omics » (genomics, metabonomics, toxicogenomics…) permet désormais l’analyse à grande échelle. Ainsi, la France a souhaité se doter de plateformes de haut niveau pour saisir l’opportunité. D’autre part, les espoirs générés par la thérapie génique tardent à se concrétiser : après vingt ans d’efforts, les produits de santé disponibles se comptent sur les doigts d’une main. En cause, la complexité de la manipulation du vivant, les difficultés de production ou encore des questions de sécurité. « Nous avons financé quatre démonstrateurs préindustriels sur des technologies clés. La France a du mal à fixer les nouvelles technologies, car nous n’anticipons pas suffisamment les difficultés industrielles », explique Jean-Christophe Dantonel, déterminé à ne pas commettre cette erreur. Par ailleurs, le Fonds accélération biotech santé (FABS), doté de 340 millions d’euros, poursuit ses investissements directs et indirects dans le but d’accompagner la croissance de start-up issues de l’environnement hospitalo-universitaire (IHU) et des laboratoires d’excellence (Labex). Parmi les investissements notables, la société qui s’attaque aux maladies orphelines et a réalisé de belles levées de fonds, ou encore le fonds iBionext lancé par Bernard Gilly en 2012, dans lequel FABS a contribué à hauteur de 30 millions d’euros. Sans oublier, l’appel à projets « cohortes », qui a permis la création de cohortes de malades dans des pathologies spécifiques, de cohortes en population générale et de projets visant à apporter des moyens logistiques pour l’aide à la création de cohortes. La plus spectaculaire est Constances, une cohorte épidémiologique « généraliste » constituée d’un échantillon représentatif de 200 000 adultes âgés de 18 à 69 ans. Il s’agit de mettre à disposition de la communauté scientifique des données pour dénicher les causes, plus cachées et moins évidentes, des maladies.


Une salle d’opération équipée d’un imageur 3D robotisé

Des évaluations à mi-parcours de l’ensemble de ces projets ont été réalisées en 2016 et 2017 par des jurys internationaux et ont mené à l’arrêt du financement d’une infrastructure nationale en Biologie Santé (INBS) et d’une cohorte. « On rencontre plusieurs aléas : le changement de stratégie d’un partenaire industriel ou son incapacité à lever des fonds, les évolutions réglementaires qui forcent parfois à repenser un produit ou la difficulté croissante à monter des essais cliniques. Nous privilégions les porteurs de projets qui anticipent cette dernière difficulté », constate Jean-Christophe Dantonel.

Focus sur les instituts hospitalo-universitaires (IHU)

Pour un tour d’horizon complet, citons les six « instituts hospitalo-universitaires IHU A » financés à hauteur de 350 millions sur dix ans, les six « instituts hospitalo-universitaires IHUB » considérés comme prometteurs et dotés de 35 millions sur cinq ans, les deux « pôles de recherche hospitalo-universitaires en cancérologie » (PHUC) avec 20 millions sur cinq ans et le financement de 24 « réseaux hospitalo-universitaires » (RHU) pour 185 millions sur cinq ans. Les six IHU rassemblent autour d’une même thématique chercheurs et cliniciens issus des meilleures équipes universitaires, hospitalières et académiques (voir encadré p.55). Leur mission est de développer la recherche translationnelle en amplifiant les liens entre la recherche fondamentale et ses applications cliniques et industrielles. Objectif, favoriser le développement de produits et procédés préventifs, diagnostiques ou thérapeutiques innovants. Un deuxième appel à projets IHU est en cours (IHU2). Il permettra de créer jusqu’à deux pôles supplémentaires d’excellence, dotés de 35 à 50 millions chacun sur dix ans. Dans un rapport publié en décembre 2017, la Cour des comptes explique que les six IHU « représentent des outils très intéressants de dynamisation de la recherche biomédicale et de transfert pour l’amélioration des soins » dont les ressources « ont permis de moderniser les plateformes technologiques et d’augmenter les moyens de recherche, notamment par le recrutement international ». Elle pointe cependant quelques points noirs : la complexité de la gouvernance et des difficultés non résolues (relations entre les IHU et leurs membres fondateurs, modèle économique et pérennisation des emplois).

Focus sur la Recherche Hospitalo-Universitaire en santé (RHU)

 A son habitude, le PIA procède par vagues : quatre projets financés en 2015, dix en 2016 et de nouveau dix autres en 2017 lors d’un troisième appel à projets qui a examiné 52 dossiers et distribué 74,5 millions. La spécificité des projets RHU est d’associer les secteurs académique, hospitalier et privé. D’ailleurs, le SGPI se félicite des résultats : « Avec en moyenne six partenaires publics et trois entreprises, dont deux TPE ou PME par dossier, cet objectif est pleinement atteint. Ainsi, ce sont 68 entreprises qui participent aux projets lauréats, représentant un investissement privé de 137 millions. Outre la vingtaine de groupes internationaux lauréats, RHU soutient 46 start-up et PME qui bénéficient de 75 % des subventions accordées aux partenaires privés, soit 25 millions », explique le dernier rapport d’activité nouvellement publié. Parmi les projets phares de la deuxième vague, Chopin (CHOlesterol Personalized INnovation) est un programme de recherche piloté par une équipe de l’Institut du thorax de Nantes pour identifier les facteurs de risque de développement de l’hypercholestérolémie et mettre au point des traitements innovants visant à réduire les évènements cardio-vasculaires chez les patients à risque (une personne sur 300 en France souffre ainsi d’un excès héréditaire de cholestérol). Citons encore le projet Lumière, qui s’est fixé pour objectif d’imaginer des outils prédictifs de réponse à certains traitements anticancéreux selon le profil de la flore intestinale des patients. Notre intestin, toujours lui, comme espoir pour les malades. Dans la troisième vague, de nombreux projets s’appuient sur l’analyse génomique et le big data pour la mise au point de diagnostics ou de traitements. Les technologies du numérique sont également présentes dans les dossiers sélectionnés (imagerie, implants connectés). Un quatrième appel à projets a été lancé cette année pour la sélection de projets complémentaires (soumission en décembre), et l’évaluation des projets de la première vague sera réalisée en 2019.

Focus sur les démonstrateurs préindustriels
Le professeur Bertrand Cariou

Focus sur les démonstrateurs préindustriels

Ces démonstrateurs ont pour objet la valorisation économique des découvertes et innovations issues de laboratoires, en co-financement à hauteur de 50 % par des partenaires privés, associations ou collectivités locales. Tour de France des quatre démonstrateurs. A Evry, PGT est dédié à la production de vecteurs viraux plus sûrs et moins chers pour réaliser les promesses de la thérapie génique. A Marseille, MI-mAbs génère des anticorps contre des cibles thérapeutiques candidates, c’est-à-dire des molécules biologiques susceptibles d’aider notre système immunitaire à combattre les cancers ou les maladies inflammatoires, avec comme partenaires Sanofi ou Innate Pharma, une pépite française qui développe des anticorps thérapeutiques innovants en tirant parti du système immunitaire pour améliorer la prise en charge des cancers. A Toulouse, le démonstrateur TWB (Inra, Insa, Veolia, L’Oréal, Michelin, Total…) cherche à lever des verrous méthodologiques dans le développement de procédés biotechnologiques pour des applications qui vont des bio-matériaux aux biocarburants. Enfin à Jouy-en-Josas, Métagénolopolis veut concrétiser le statut de pionnier de la France dans la recherche sur le microbiote intestinal et rassemble des leaders français comme la société lyonnaise MaaT Pharma (Microbiota as a Therapy). Comme l’explique Jean-Christophe Dantonel, « nous cherchons à fixer les entreprises dans des écosystèmes qui leur permettront de se développer plus rapidement grâce aux centres de recherche publique ». •

  Les 6 IHU créés depuis 2010  

  Île-de-France 
ICAN
Cardiométabolisme

et nutrition.
CHU Pitié-Salpêtrière

IHU-A-ICM
Neurosciences translationnelles.

CHU Pitié-Salpêtrière

Imagine
Maladies génétiques.
CHU Necker

 STRASBOURG 
MIX-SuRg
Chirurgie mini-invasive guidée par l’image.
CHU Strasbourg

 BORDEAUX 
LIRYC
Rythmologie et modélisation cardiaque.
CHU Bordeaux

 MARSEILLE 
Méditerranée Infections.
(Polmit)
Maladies infectieuses.
CHU de la Timone

En 2009, la commission, coprésidée par Alain Juppé et Michel Rocard, fixait six axes stratégiques financés par une première tranche de 35 milliards d’euros (PIA 1), puis 12 milliards d’euros supplémentaires (PIA 2). Le PIA 3 a promis 10 milliards de plus selon les six axes :

1 L’enseignement supérieur, la recherche et la formation

2 La valorisation de la recherche et le transfert au monde économique

3 Les filières industrielles : développement des PME et ETI innovantes, consolidation des filières stratégiques de demain

4 Le développement durable

5 L’économie numérique

6 La santé et les biotechnologies

L’action Santé Biotechnologies en chiffres

100 projets financés depuis 2010.

Le financement de 23 infrastructures nationales en Biologie Santé (INBS) pour 479 millions d’euros, de 10 cohortes pour 70 millions d’euros et de 4 démonstrateurs préindustriels pour 78 millions d’euros.

Pour le volet RHU 24 projets lauréats ont reçu 185,4 millions d’aides du PIA, pour un montant total d’investissement de 630 millions, soit un effet levier de 3,4 fois.

460 millions d’euros investis sous forme de crédits issus d’autres secteurs généralistes du PIA pour 26 « Équipements d’excellence » (Equipex) et 46 « Laboratoires d’excellence » (Labex) qui se rapportent à la santé.

Fin 2016, le secteur santé représentait 30 % des projets financés dans le cadre des projets structurants pour la compétitivité (PSPC), et 40 % des sommes attribuées depuis 2010, soit environ 151 millions. d’euros.

Isabelle Boucq

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