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4 questions à… Michel Eymard

[Article du 05/09/2019]

Directeur Technique (direction R&T et Innovation) de Safran, Groupe industriel et technologique français, équipementier dans les domaines de l’Aéronautique, de l’Espace et de la Défense.

Pour la 8e année consécutive, Safran figure parmi les 100 groupes les plus innovants du monde, d’après le classement des « TOP 100 Global Innovators », publié par l’Agence Clarivate Analytics. Est-ce un indicateur fort pour vous ?
Oui, mais ce n’est pas une surprise car Safran, groupe de haute technologie, a pour ambition d’être leader mondial dans le domaine des équipements aéronautiques. A ce titre, l’acquisition récente (février 2018) de Zodiac Aerospace nous permet désormais de couvrir l’ensemble des équipements sur les avions.

• Comment expliquez-vous cette distinction ?
La direction du groupe investit massivement dans le développement de nouveaux produits (en moyenne 1,5 milliards d’euros par an) et dans la R&T (450 millions d’euros). Pour faire face à une rude compétition internationale, il nous faut toujours garder une longueur d’avance. Cela nécessite des investissements sur des produits innovants nous permettant de nous différencier et d’apporter de nouvelles valeurs à nos clients. En 2018, nous avons atteint un record en dépassant les 1000 brevets. Nous sommes dans le top 3 des leaders en France et parmi les plus importants innovateurs au monde.


© Bell Helicopter Textron Inc.


• Quelle est votre vision de l’innovation qui peut être différenciante d’autres grands groupes ?
Si jusqu’à présent les évolutions de nos produits étaient incrémentales, nous sommes aujourd’hui face à un enjeu environnemental majeur qui nous pousse à inventer de nouveaux types de propulsion (hybride) et nous incite à réduire nos émissions carbone en travaillant par exemple sur des biocarburants. Nos recherches portent notamment sur l’avion plus électrique mais aussi sur le monde très nouveau des systèmes autonomes. Nous sommes là en rupture avec ce qui se faisait auparavant.

• Travaillez-vous en interne ou en open innovation ?
Nous nouons des partenariats avec le monde académique (CNRS…), industriel (Alstom, Valeo…), et nous avons investi dans des startups (Safety Line, spécialisée dans le Big Data, Cailabs, start-up photonique, Turbotech spécialiste des turbomoteurs…) et des PME (Kalray, leader des microprocesseurs embarqués…) en prenant des participations au travers de notre filiale Safran Corporate Ventures. Tout un dispositif qui mobilise nos collaborateurs et les meilleurs talents externes, ce qui permet de nous différencier.


© Rémy Bertrand / Safran

Un centre de Recherche & Technologie à la pointe

Axée sur l’innovation et la différenciation par la technologie, Safran s’est doté, il y a 4 ans, d’un nouveau centre de recherche. Implanté à Paris Saclay, ce dispositif au service du groupe et de ses sociétés, vise à détecter et faire émerger de nouvelles technologies. « Le site est structuré autour de plusieurs axes : les systèmes avancés aéronautiques (énergétique et propulsion, systèmes électriques et électroniques), les matériaux et procédés, les capteurs... et le numérique (modélisation, simulation, digital, intelligence artificielle) » résume Michel Eymard, Directeur Technique de Safran. Conscient des enjeux de la mobilité du futur, Safran ambitionne de se positionner, à l’horizon 2025, comme le leader des systèmes propulsifs hybrides électriques. En juillet dernier, le groupe a franchi une étape importante avec le premier essai au sol (à Pau) d’un système de propulsion distribuée. « Mixer l’énergie thermique et électrique est un moyen de réduire la consommation énergétique, note Michel Eymard. Nous allons pouvoir déployer ces applications sur des systèmes comme les avions, les hélicoptères ou encore les drones. » Au dernier CES Las Vegas, le groupe a d'ailleurs dévoilé, en partenariat avec Bell Aircraft, Nexus, ensemble propulsif d’un aéronef multi rotors à décollage et atterrissage verticaux (VTOL). Fonctionnant avec une distribution de l’énergie thermique et électrique selon les différentes phases de vol, ce premier véhicule innovant ouvre des horizons. « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de la mobilité » se félicite Michel Eymard. Moteurs électriques à forte densité de puissance, travaux sur la pile à combustible, micro capteurs, recherche sur les composites à matrice céramique (résistants à la température et très légers, ils permettent notamment de réduire la consommation en carburant)… La recherche chez Safran se positionne sur tous les fronts. Objectif affiché ? Diminuer l’impact environnemental tout en apportant de la valeur aux compagnies aériennes. Autre axe stratégique fort : la fabrication additive qui représente un potentiel important dans la performance de nos produits. Particulièrement adaptée aux pièces complexes, l’impression 3D permet, par exemple, de fabriquer en une seule pièce (au lieu de 200) un sous-ensemble complet de moteur d’hélicoptère. Le groupe, qui souhaite passer de pièces structurales non critiques à des fonctions complexes, voire intelligentes, réfléchit à la création d’une plateforme dédiée à l’industrialisation de ce type de technologie. Disposant d’une multitude de données, issues notamment des infrastructures de production ou des capteurs installés sur les produits en exploitation, Safran déploie une stratégie Big Data qui vise à accroître la performance et à offrir de nouveaux services à ses clients. Les Digital Twins (jumeau numérique) seront de véritables moteurs de l’innovation et favoriseront l’optimisation du coût des process industriels. Le numérique ouvre, là encore, des opportunités considérables •

Valentine Ducrot

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