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Septembre 2018

Comment la Bretagne veut faire émerger ses filières d’avenir

[Article du 11/09/2018]

La Région a décidé de soutenir en priorité les filières d’avenir identifiées sur son territoire. Parmi elles figurent naturellement les EMR, mais aussi les smart grids ou, plus inattendu, l’aéronautique. Objectif visé : la structuration de ces filières et la mobilisation des acteurs économiques, tout en encourageant les projets innovants les plus prometteurs.


Le port de Brest accueillera un terminal dédié aux EMR.

Qui l’aurait cru? Seuls 12 % de l’électricite consommée en Bretagne sont produits localement. Eloignée des lieux de production d’électricité, la région est très exposée aux risques de coupures de courant. Dans le même temps, grâce à ses kilomètres de côtes, le territoire dispose d’un potentiel considérable dans le domaine des énergies renouvelables. Les énergies marines renouvelables (EMR) font donc naturellement partie des filières soutenues en priorité par la Région, qui vise à ce que 35 % de la consommation d’énergie en Bretagne soit assurée par les EMR d’ici à 2030.


Réaménagement du port de Brest
La Région soutient ou est à l’origine de plusieurs projets liés directement au développement des EMR. Le plus décisif est sans doute le réaménagement du port de Brest. En travaux depuis 2015, le futur port devrait accueillir d’ici deux ans un terminal dédié à l’accueil d’activités liées aux énergies marines renouvelables. L’enjeu est d’attirer les industriels œuvrant dans la filière : ce terminal sera en capacité de réceptionner des colis de plus de 2 000 tonnes, ce qui est un atout pour l’accueil de ces activités nécessitant souvent des équipements très lourds. Sur le plan financier, une enveloppe globale de 220 millions d’euros dédiée à ce projet a été votée par le conseil régional.
Afin de structurer la filière et mobiliser les acteurs économiques, la Région met aussi l’accent sur le rassemblement des énergies. En mai dernier, l’association Bretagne Ocean Power a été lancée sous l’impulsion du conseil régional pour regrouper l’ensemble des acteurs économiques bretons dans le domaine des énergies marines et leur donner plus de visibilité. Au total, l’association recense plus d’une centaine d’entreprises œuvrant dans ce secteur.
La Région dispose également de plusieurs bras armés pour assurer le développement de projets liés aux EMR : l’Agence régionale de développement économique Bretagne Développement Innovation, chargée d’accompagner l’ensemble des filières jugées stratégiques pour la région, mais aussi l’institut de recherche France Energie Marine, le Cluster Breizh EMR ou encore le Pôle Mer Bretagne Atlantique. Depuis sa création, en 2005, ce pôle a labellisé près de 300 projets. Parmi les plus innovants, le directeur-adjoint, Philippe Monbet, cite la plateforme multi-énergies PH4S. « Cette plateforme récupère à la fois l’énergie de la houle, du courant, du vent et du soleil, qu’elle mutualise dans une génération unique au sein de la structure, explique-t-il. A ma connaissance, c’est unique en France. » Bénéficiant du soutien financier de la Région, ce projet est piloté par la société GEPS Techno, jeune entreprise fondée en 2011 et basée à Saint-Nazaire. Mis en mer en 2015 au large de Brest, le prototype a passé la phase de tests avec succès. Les premières lignes de produits développés à partir de ce prototype ont déjà permis à la société de générer 500 000 euros de chiffre d’affaires en 2017.
La Région soutient d’autres projets pilotes dans le domaine des EMR. L’éolien offshore flottant est bien sûr à l’honneur, incarné par le projet d’une ferme pilote en cours de déploiement au large de Groix et de Belle-Île, piloté par la société Eolfi. Mais le territoire mise aussi sur la filière hydrolienne. C’est la société quimpéroise Sabella qui semble actuellement porter le projet le plus abouti : une hydrolienne de 10 mètres d’envergure, en cours de déploiement au large de l’île d’Ouessant. Il faut rappeler qu’à la base l’île n’est pas raccordée au continent et est alimentée par des groupes électrogènes au fioul. Limitée, la production d’énergie de cette hydrolienne est complétée par du photovoltaïque. « On n’arrivera pas à l’autonomie énergétique, admet Alain Terpant, directeur général de l’agence Bretagne Développement Innovation. L’idée est d’abord de soulager le groupe électrogène et de limiter le recours aux carburant fossiles, coûteux et polluants. » La Région participe au financement de ce projet, dont le coût total tourne autour de 10 millions d’euros, sans qu’Alain Terpant puisse nous préciser à quelle hauteur.

Déploiement des réseaux “Smile”
Problématique de production, mais aussi de stockage et de gestion de la consommation d’énergie. Lauréate en 2016 de l’appel à projet du plan Nouvelle France Industrielle sur les réseaux électriques intelligents grâce au projet Smile (SMart Ideas to Link Energies), la Bretagne entend être la vitrine de l’excellence française en matière de smart grids appliquées à la gestion de l’énergie. Mené en partenariat avec les Pays de la Loire, le projet Smile vise à déployer des réseaux énergétiques intelligents entre 2017 et 2020 sur quatre départements (Loire-Atlantique, Vendée, Morbihan, Ille-et-Vilaine). Plusieurs projets sont en cours. L’un des plus avancés est BeFlexi, porté par la société NKE Watteco. Il a pour objectif est de faire baisser la facture énergétique des bâtiments publics et des bureaux tertiaires de 30 % en mobilisant l’ensemble des acteurs de la chaîne (de la construction des bâtiments aux utilisateurs finaux) et en intégrant le monitoring dans le pilotage énergétique des bâtiments. Objectif à l'horizon 2022-2023 : 50 000 capteurs et actionneurs équipant 1 000 bâtiments déployés sur l’ensemble du territoire, permettant de mieux réguler la consommation d’énergie. Une phase de test dans deux lycées à proximité de Rennes, mis à disposition par la Région, a été lancée en avril dernier.

C’est aussi l’utilisation des nouvelles technologies dans le secteur agricole que la Bretagne entend promouvoir. « L’agriculture est évidemment un secteur important dans la région, souligne Alain Terpant. Ces technologies permettent de soutenir la filière. » La région Bretagne a notamment initié en 2011 le programme Agretic, piloté par BDI en collaboration avec les chambres d’agriculture de Bretagne et le pôle de compétitivité Valorial. L’objectif est de développer l’usage des technologies numériques dans les filières agricole et agroalimentaire en favorisant le rapprochement des industriels et les porteurs de projets. « On va regarder les besoins sur le terrain pour tenter d’apporter des solutions », explique Alain Terpant. C’est ainsi que la société NeoTec-Vision, basée en Ille-et-Vilaine, l’Idele (Institut de l’élevage) et l’Ifip (Institut du porc) ont œuvré ensemble afin de développer une solution concernant un sujet d’actualité brûlant, le bien-être animal et la question de l’abattage. Basée sur la photonique, la machine permet de voir si l’animal a été correctement étourdi avant la première saignée : une caméra est associée à un algorithme d’analyse d’image qui vérifie si l’animal n’a plus de réaction oculaire. Cette solution a été présentée au salon CFIA de Rennes en mars dernier.

La niche de l’aéronautique
La Bretagne abrite également nombre d’entreprises développant des produits à la pointe de la technologie pour l’industrie aéronautique. Si ce secteur évoque plutôt le sud-ouest de la France, il est également présent en Bretagne. « On a assez peu de gros donneurs d’ordres en aéronautique et en défense dans la région, mais on est plutôt sur des produits de niche à haute technologie », indique Bruno Sapin, président du cluster aéronautique breton IEF Aéro. Le territoire compte plus d’une centaine de PME spécialisées dans la fabrication de pièces mécaniques et électroniques pour l’aéronautique, entre autres. Parmi les pépites bretonnes, citons notamment Microsteel-CIMD, basée près de Rennes, spécialisée dans l’usinage de précision de moulages, ou Interface Concept, à Quimper, qui fabrique des cartes et des systèmes embarqués à hautes performances équipant notamment le Rafale.
Comme ailleurs en France, le recrutement de personnel qualifé reste le principal frein à la croissance des entreprises du secteur. Les bras armés de l’action régionale - le cluster IEF Aéro, Bretagne Développement Innovation, Bretagne Commerce International et l’UIMM Bretagne - ont donc décidé de prendre le taureau par les cornes en montant une opération spéciale recrutement l’an dernier au Salon du Bourget. Sous le pavillon « Bretagne », une vingtaine d’entreprises régionales sont venues se présenter et ont communiqué sur leurs offres d’emploi. La nouvelle desserte TGV reliant Paris à Brest en trois heures achèvera peut-être de convaincre les candidats potentiels, faisant du nouveau slogan de la région Bretagne « Passez à l’Ouest » une réalité. •

Catherine Quignon

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