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JUILLET 2018

Mines Paristech se veut en pointe dans la transition énergétique

[Article du 05/07/2018]

L’école d’ingénieurs Mines Paristech a profité de la tenue de la deuxième édition de ses Research Days pour procéder à un focus sur ses activités spécifiques en matière de transition énergétique. L’occasion de découvrir les dernières avancées technologiques en la matière, d’évaluer la maturité des certaines technologies, et parfois les cohérences des politiques publiques en matière de transition énergétique.


Vincent Laflèche, directeur de Mines ParisTech.

En ces temps de coupe du monde de football, existait-il un projet de recherche plus d’actualité qu’un logiciel de tracking vidéo en direct des footballeurs ? Le projet porté par le centre de robotique de l’école (CAOR) et la start-up spécialiste du sujet Footovision figurait parmi les vingt-deux projets de recherche présentés le 3 juillet par l’école Mines ParisTech pour ses Research Days, dont « Innovation Review » était partenaire. L’ensemble se répartissait autour des thèmes de l’industrie du futur, de la mobilité du futur ou de la transition énergétique. Cette diversité ne représentait qu’imparfaitement les travaux menés par les dix-huit centres de recherche de l’école, tant celle-ci accorde une attention particulière à la transition énergétique. « L’énergie, c’est 50 % de notre recherche », reconnaissait d’ailleurs Vincent Laflèche, directeur de Mines ParisTech. La moitié des publications annuelles de l’école sont également liées à ce sujet. Une omniprésence qui s’explique aussi par la capacité du thème à agréger d’autres disciplines, à l’instar des matériaux ou du numérique.
Un des grands thèmes de recherche concerne l’efficacité énergétique. Le directeur du Centre efficacité énergétique des Systèmes (CES), Maroun Nemer, travaille plus particulièrement sur la valorisation de l’énergie fatale, celle qui est perdue lors de sa transformation. Le centre planche par exemple sur l’optimisation des échangeurs avancés de chaleur en utilisant l’impression 3D. Il collabore également avec plusieurs entreprises. Le CEA travaille ainsi avec la start-up Equium autour d’une technologie de production de froid à partir de l’énergie fatale. Paradoxalement, les débuts de la transition énergétique, notamment dans la mobilité, ont fait apparaître de nouveaux défis. L’absence de moteur thermique dans un véhicule électrique augmente par exemple les besoins électriques pour le chauffage. « Jusqu’à 40 % de l’énergie consommée par la voiture électrique le sont pour le chauffage », explique Maroun Nemer. Le CES travaille avec PSA sur une solution de récupération de la chaleur à partir du pot d’échappement afin d’alimenter le système électrique des véhicules hybrides.
Les matériaux occupent également une grande place dans la transition énergétique. « Pas de nouvelles énergies sans nouveaux matériaux », résumait le président de Mines ParisTech. Le Centre de mise en forme des matériaux (Cemef) travaille plus particulièrement sur les superalliages à destination de l’aéronautique. Il a monté la chaire Opale avec Safran sur le sujet. Le Cemef étudie notamment les microstructures des métaux afin d’être à même de produire des superalliages capables de résister à l’augmentation de la chaleur des réacteurs, et ainsi gagner en efficacité énergétique. Ces travaux de métallurgie sont d’autant plus importants pour la transition énergétique qu’ils peuvent percoler sur d’autres disciplines. « Ces types d’alliages sont les mêmes que ceux utilisés par les caloducs (superconducteur de chaleur) dans les centrales solaires à concentrations », explique Nathalie Bozzolo, titulaire de la chaire.

Evaluer les politiques énergétiques
Intervention d'Alain Fuchs, Président de l’Université Paris Sciences & Lettres

Evaluer les politiques énergétiques

Les chercheurs de Mines ParisTech ne se contentent pas de travailler sur les technologies qui feront la transition énergétique. Ils étudient également les résultats des différentes politiques publiques en la matière. C’est le travail qu’effectue par exemple le Centre de mathématiques appliquées (CMA) basé à Sophia Antipolis. Fixer un prix du carbone, réaliser un scénario de sortie du nucléaire ou anticiper le meilleure mix énergétique décarboné pour 2050 font partie des axes de recherche de ce centre. De quoi réaliser l’écart entre la réalité scientifique et les objectifs politiques en matière de transition énergétique. « Avant de transiter, il faut bifurquer. Nous ne constatons pas vraiment de changement de cap en France », analyse Nadia Maïzi, directrice du CMA.
L’évaluation des politiques publiques est également du ressort de Matthieu Glachant, en charge du programme Innovation et changement climatique au sein du Centre d’économie industrielle (Cerna). Le centre s’appuie sur les bases de données de chaque pays sur les brevets pour analyser la diffusion de l’innovation, notamment sur le secteur de la transition énergétique. Sans surprise, les dépôts de brevets dans le secteur sont intimement liés aux variations du prix du pétrole. « Entre 2011 et 2014, les dépôts de brevets dans le secteur du photovoltaïque ont baissé de 4 0% », explique Matthieu Glachant. Sur cette période, le baril de pétrole a perdu près de 60 % de sa valeur.
Le pétrole n’est pas le seul moteur de la recherche sur les énergies vertes. La présence de grands groupes sur le secteur l’est tout autant. C’est ce qui explique que la France se distingue sur une poignée de secteurs liés à la transition énergétique, comme l’a révélé il y a quelques années une étude du Cerna. « Là où [la France] était forte, c’était là où était le CAC 40. C’est-à-dire le ciment, le véhicule électrique grâce aux constructeurs automobiles comme Renault et PSA, les matériaux isolants avec Saint Gobain, ou le nucléaire. En revanche, la France n’est pas compétitive sur les énergies vertes. Au mieux, nous pourrions être compétitifs, grâce à nos compétences dans le pétrole, dans l’éolien offshore », explique Matthieu Glachant.

Florent Detroy - Photos : © Mines ParisTech - © Mines ParisTech/twitter

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