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Juin 2018

Interview de Maylis Chusseau et Nicolas Carboni

[Article du 21/06/2018]

Interview de Maylis Chusseau, présidente de la SATT Aquitaine Science Transfer, et Nicolas Carboni, président de la SATT Conectus et président du Réseau C.U.R.I.E..

Monsieur Carboni, vous allez passer la main cet été à Maylis Chusseau à la tête du Réseau C.U.R.I.E. Si l’on tire un bilan de l’évolution des SATT depuis leur création, est- ce que leur équilibre financier est toujours leur principal problème ?  

Nicolas Carboni.Le financement de la recherche publique, c’est plusieurs milliards d’euros. Ce budget permet de financer des projets de recherche académiques, de financer la production de connaissances au sein de laboratoires publics… L’investissement de l’Etat dans les SATT, c’est 1 % de la Dirda (Dépense intérieure de recherche et développement des administrations). Ainsi, l’Etat investit 100 € pour produire de la connaissance, et 1 € supplémentaire pour transformer cette connaissance en innovation. Il faut relativiser les choses.
Par ailleurs, on a confondu les moyens et la finalité. L’objectif d’une SATT n’est pas de maximiser les revenus de licencing, mais de créer de l’impact – création et croissance d’entreprises, création d’emplois. La recherche de l’équilibre financier est simplement un moyen pour pérenniser la structure. Au-delà, une SATT qui affiche un déficit structurel de 2 millions par an mais qui a un impact socio-économique fort, tout le monde verra que la poursuite de son financement, c’est de l’argent public bien investi. La Cour des comptes a d’ailleurs mis cet élément en avant dans son dernier rapport sur la valorisation de la recherche en France : il est essentiel de mesurer l’impact de ces dispositifs. D’ailleurs, le Réseau C.U.R.I.E. va financer une thèse sur ce thème.

Est-ce que l’enjeu à venir pour les SATT n’est pas de mieux s’intégrer aux écosystèmes locaux de l’innovation ?

Maylis Chusseau. Sur le sujet des deep tech, c’est un enjeu fort. Il faut, dans les établissements de recherche publique, préparer en amont plus de projets à fort potentiel. Un autre volet où nous pouvons nous améliorer, c’est l’accompagnement de la constitution des équipes pour créer des start-up qui disposeront de compétences pour lancer des projets complexes sur les aspects scientifiques, financiers et d’accès au marché, en étant plus agiles, notamment sur leurs enjeux. Il est certain que ces projets deep tech nécessitent souvent de mobiliser les ressources et les compétences des acteurs de l’écosystème, qui sont plus proches du marché dans la chaîne de valeur.
Nicolas Carboni. Sur les phases amont, les Labex sont des instruments intéressants pour cela.

 

Maylis Chusseau, vous êtes candidate à présidence du Réseau C.U.R.I.E.. Quels sont les axes de développement du réseau ?

MC. Nous nous inscrivons dans la continuité. D’abord, nous nous concentrons sur le service aux membres. Nous avons 1 500 personnes qui sont engagés dans le Réseau et qui sont en attente d’actions. Ensuite, nous voulons affirmer notre profession, construire un discours simple, montrer notre valeur ajoutée et lancer un chantier de lobbying pour expliquer notre métier. Enfin, nous voulons faire rayonner la valorisation française à l’international, auprès de la Commission, et au côté de l’ASTP Proton (Association européenne des acteurs du transfert de technologies). L’objectif est de valoriser la valorisation et ses professionnels.

NC. Je rappelle que nous avons formé 274 personnes à la valorisation et diffusé 33 000 cahiers de laboratoire. Nous sommes un ambassadeur de la valorisation, c’est le cœur de notre métier.

 

Est-ce que les dernières avancées proposées par le projet de loi Pacte pour favoriser l’entreprenariat dans la recherche vont dans le bon sens ?

MC. Revisiter la loi Allègre, c’est une bonne chose, cela donne plus de flexibilité. Cette mesure va dans le sens de donner plus d’autonomie aux établissements. A propos de la réforme pour créer un « mandataire unique » [éviter qu’une start-up issue d’une UMR ait plusieurs mandataires], c’était une mesure qui était en place avant ce projet ; on espère simplement que l’Etat prenne des dispositions pour accélérer sa mise en application.

NC. Cette organisation fait plus confiance aux acteurs du terrain, avec un contrôle a posteriori. Cette logique de confiance et de responsabilité participe à libérer la créativité des chercheurs.

 

Quelles sont les mesures prônées par le Réseau pour inciter les entreprises à se tourner davantage vers la recherche ?

MC. Dans les statistiques des membres du réseau C.U.R.I.E., la recherche partenariale représente un poids significatif pour les établissements. Depuis quelques années, nous notons qu’il y a une prise de conscience d’ouverture entre les entreprises et les laboratoires, notamment auprès des PME, suite aux différentes politiques d’incitations telles que les pôles de compétitivité. Les modes de coopération avec les grands groupes, les start-up, évoluent aussi, ce qui conduit le Réseau C.U.R.I.E. a adapté les services à ses membres.

NC. Nous avons initié les Get in Lab par exemple, une banque de technologies disponibles. Nous avons également mis au point Clic and collab pour les entreprises qui ont besoin d’expertises. Nous sommes actuellement en beta test. Après, les collaborations entre la recherche et les entreprises progressent, mais tout le monde doit balayer devant sa porte. Nous signons entre 400 et 500 contrats par an, et avons sans doute des marges de progression, mais à l’inverse nous pouvons passer des mois avant qu’une entreprise passe toutes les étapes de validation interne et signe son contrat. Le syndrome du Not inveted here était énorme avant dans les entreprises, mais aujourd’hui les choses évoluent dans le bon sens.

MC. Nous allons faire évoluer notre plan de formation, et un des axes est d’avoir une meilleure compréhension des besoins des entreprises, avec des formations plus poussées en marketing, business development, connaissance des filières et des marchés. Les chargés de valorisation seront ainsi mieux armés pour faciliter la relation entre le chercheur et l’entreprise.

 

Quel est le principal verrou à lever pour améliorer la valorisation de la recherche ?

NC. Le principal, c’est la transformation du techno push en market pull, où il faut ancrer la science dans une réalisé commerciale.

MC. Oui, c’est trouver les usages. Sur les deep tech, prenons les matériaux biosourcés, par exemple, mis au point pour la cosmétique ou l’environnement. Nous pouvons très bien imaginer que le pôle Aerospace Valley monte un projet FUI autour de cette technologie.

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