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MAI 2018

Israël : Pourquoi la « start-up Nation » remet son modèle en cause

[Article du 24/05/2018]

Leader de l’innovation derrière la Silicon Valley, Israël, surnommée « nation start-up », inspire la France. Pourtant, le pays arrive à un tournant dans son modèle économique.


Yuli-Yoel Edelstein, président de l’Assemblée israélienne,

« Le lecteur flash, la tomate cerise, les logiciels anti-piratage. » À l’occasion de sa visite au Sénat, Yuli-Yoel Edelstein, le président de l’Assemblée israélienne, énumérait les innovations produites par son pays. Le Sénat a profité de la présence de la délégation de la « start-up nation » pour organiser le 16 mai un colloque autour de l’innovation. Avec comme objectif de présenter « les bonnes pratiques ».
Israël dispose de chiffres incomparables en termes d’innovation : 1 start-up pour 1 300 habitants, et 423 $ par habitant investis dans les start-up (contre 186 $ aux États-Unis et 16 $ en Europe). En tout, plus de 4 % du PIB sont consacrés à la recherche et au développement. En France, malgré le PIA, les dépenses en R&D ne s’élèvent qu’à 2 % du PIB. Ces chiffres se répercutent dans son attractivité : Israël possède le troisième plus grand nombre de start-up cotées au Nasdaq, et de nombreuses grandes entreprises, dont les Gafa, se sont déjà installées dans la « Sillicon Wadi », la vallée de l’innovation israélienne. Et la dynamique est positive. En 2017, la start-up MobilEyes, qui développe depuis dix-neuf ans des systèmes anti-collision et d'assistance à la conduite de véhicules, a été acquise par Intel pour un montant record de 15,3 milliards de dollars.
Initialement centrée sur la défense et la sécurité, l’innovation s’étend désormais à d’autres domaines. À titre d’exemple de transfert technologique, Daniel Rouach, président de la Chambre de commerce & d’industrie Israël-France, cite la capsule endoscopique de Given Imaging. Cette technologie, qui permet la visualisation et la détection des troubles du tractus (ensemble d’organes d’un appareil) gastro-intestinal), est dérivée d’une technologie utilisée sur les missiles de Rafael, géant de l’armement israélien. Au-delà des moyens mis à disposition, c’est tout un écosystème qui a été mis en place, avec de nombreux partenariats public-privé. L’université Technion, classée parmi les meilleures au monde, ou l’Institut Weizmann promeuvent la connexion entre recherche et entreprise. Faire de la recherche fondamentale avec en tête l’idée de savoir à qui et à quoi cela va servir est imprégné dans la culture israélienne. Le sénateur Philippe Adnot a d’ailleurs souligné la « capacité à faire une innovation transférable » et la place de la valorisation dans l’esprit des chercheurs. « Le public finance le fonctionnement, le reste est à trouver pour les chercheurs. Cela permet de garantir une culture du risque et de la valorisation », ajoute Muriel Touaty, présidente de Technion France.

Un modèle à renouveler
Si la France peut ériger Israël comme référence quant à la valorisation et à l’articulation entre public et privé, le développement de son écosystème start-up ne peut s’y calquer. Israël s’appuie sur un système fiscal très avantageux que des initiatives comme le crédit impôt-recherche ou le dispositif jeunes entreprises innovantes n’égalent pas. Le système de dépôt de brevets est simplifié, tout comme le processus décisionnel. Mais, pour l’instant, l’écosystème israélien ne produit pas assez de retombées économiques intéressantes pour l’économie locale. L’industrie high tech ne profite qu’à 12 % de la population active du secteur privé, même si elle permet une croissance de 3 %. Muriel Touaty a conscience des limites du modèle israélien et pointe le besoin de changement. « Je pense qu’aujourd’hui Israël a atteint un nouveau degré de conscientisation, et doit passer de l’étape start-up à l’étape scale-up. Pour avoir plus de licornes et plus de tissu industriel. » Derrière le terme « scale-up » se trouve la nécessité de garder les profits de cette politique intra-muros pour bâtir un tissu industriel et créer un « vrai marché de l’emploi ». Les start-up israéliennes visent encore « l’exit », le rachat par des entreprises étrangères. Si ces opérations apportent de l’argent à l’État, elles ferment des perspectives de créations d’emplois sur le marché local. Et les licornes, ces start-up valorisées à plus de 1 milliard de dollars, ne se comptent finalement qu’au nombre de 11. « On a tous les ingrédients avec notre système basé sur le socle État et armée. Maintenant, il s’agit d’une question de volonté », conclut Muriel Touaty.

François Manens

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