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MAI 2018

Abolis Biotechnologies, la CAO de la biologie

[Article du 15/05/2018]

Fournir un outil afin d’obtenir des molécules rares dont manque l’industrie, voici ce que propose la biotech Abolis Biotechnologies. Incubée au sein du biocluster Genopole, la jeune start-up intéresse déjà les acteurs de la cosmétique, de la pharmaceutique ou de la nutraceutique.


Cyrille Pauthenier, cofondateur et président d’Abolis Biotechnologies.

Mettre les molécules précieuses et écologiques à portée de main des industriels. C’est ce que propose la start-up Abolis Biotechnologies, incubée au Genopole, et spécialiste des micro-organismes, véritables mini-usines à produire des molécules chimiques par fermentation. Sa technologie permet de produire des molécules chimiques d’intérêt pour l’industrie, à partir de biomasse comme le sucre. « Les industriels n’ont plus à aller à l’autre bout du monde pour se procurer des plantes qui fournissent cette molécule, par exemple », explique Cyrille Pauthenier, cofondateur et président d’Abolis Biotechnologies. La technologie permet également d’envisager de remplacer certaines molécules issues d’hydrocarbures.
Abolis ne commercialise pas les molécules, mais l’outil qui permet de récupérer les molécules intéressantes. La start-up a développé une plateforme, qui allie notamment un logiciel et des outils de biologie moléculaire. Elle est ainsi à même de créer des architectures de micro-organismes uniques, capables de produire après la phase de fermentation les molécules d’intérêt recherchées. Entre autres technologies, Abolis développe un logiciel de bio-rétrosynthèse. « Il s’agit d’un logiciel qui permet de créer des chemins biochimiques pour produire une molécule à partir d’un micro-organisme. C’est une sorte de logiciel de CAO pour l’ingéniérie du métabolisme », résume Cyrille Pauthenier. La société estime qu’environ 30 % des molécules chimiques actuellement utilisées par l’industrie pourraient être produites par fermentation.

L’origine
Ce n’est pas Cyrille Pauthenier qui est à l’origine du développement du logiciel, mais son directeur de thèse à l’Institute of Systems & Synthetic Biology (iSSB), de l’université d’Evry/CNRS et installé au Genopole, Jean-Loup Faulon. Son invention suscite très vite l’intérêt de plusieurs groupes pharmaceutiques, mais le chercheur n’a pas la fibre entrepreneuriale. Cyrille Pauthenier, alors en thèse sur les méthodologies d’ingénierie métabolique, propose de reprendre le projet. Ses compétences sont complémentaires à celles de son directeur de thèse. « J’apportais le regard d’un chimiste biologique, alors que mon directeur de thèse était plus sur l’aspect algorithmique. » Le pari est toutefois osé : le scientifique, âgé de 23 ans à l’époque, ne possède pas une grande expérience dans l’entrepreneuriat. Il s’appuie seulement sur une expérience à l’Igem (compétition internationale en biologie de synthèse organisée par d’anciens du MIT de Boston) dans l’entrepreneuriat. « L’Igem, c’est un peu le bac à sable de l’entrepreneur, on fait toutes les erreurs là-bas. »
Pour se lancer, l’équipe commence par chercher des fonds. Elle participe ainsi au Concours mondial de l’innovation. Pari réussi, elle est lauréate. Mais la condition imposée aux participants est de créer leur start-up dans le mois, et de dépenser le prix dans l’année. L’équipe se met alors à pied d’œuvre, et Abolis Biotechnologies est créée en avril 2014. Incubée au Genopole, la start-up signe rapidement son premier contrat. Il s’agissait du développement d’un principe actif pour un client qui était constamment en rupture de stock. « Nous lui avons apporté une voie de synthèse prototype, permettant d’envisager une production industrielle du produit à partir de sucre », explique Cyrille Pauthenier. Ce premier contrat fait gagner la start-up en crédibilité, notamment aux yeux des fonds d’investissements. Elle réalise rapidement sa première levée de fonds, pour un montant non communiqué.

Aujourd’hui, l’équipe de 20 personnes est installée dans un espace de 350m2 au Genopole. Et elle vient de passer le cap du million d’euros de CA. La start-up est sur le point de franchir une nouvelle étape, alors que son projet Cell Factory a été sélectionné pour la deuxième phase du Concours de l’innovation, dont les lauréats ont été annoncés en début d’année. Ce projet pourrait permettre à la start-up de poser les bases de l’industrialisation de sa technologie.

Un pionnier des biotechs
Cyrille Pauthenier est le symbole de l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs dans les biotechs. « Quand j’ai commencé la start-up, le Genopole ne connaissait pas d’entrepreneurs de moins de 30 ans. Mais derrière moi est arrivée une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs. D’un coup, Ynsect, Innovactis ou Glowee, par exemple, sont arrivés. » La cause : un attrait plus fort pour l’entrepreneuriat de cette génération, ainsi qu’une plus grande sensibilité aux questions environnementales, selon le jeune entrepreneur.
La start-up profite aussi à l’époque d’un rajeunissement des équipes du Genopole, lequel multiplie les outils pour soutenir la création de start-up biotechs. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une remise de prix organisée par le Genopole que l’équipe rencontre les premiers VC. Elle a ainsi profité des conseils du Genopole de même que de l’accès aux équipements scientifiques indispensables au démarrage de la start-up dans ses premières années. « Sans le Genopole il n’y aurait pas d’Abolis », résume Cyrille Pauthenier •

Florent Detroy

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