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Avril 2018

Deux filières d’avenir : la photonique et la chimie verte

[Article du 29/03/2018]

Discipline longtemps réservée aux acteurs de la défense, la photonique commence à intéresser de plus en plus les acteurs des transports, de l’industrie et de la santé pour des applications civiles. La Nouvelle-Aquitaine essaie ainsi de structurer autour de son pôle photonique un écosystème industriel capable de s’imposer comme un acteur mondial en la matière. La Région a aussi posé les bases d’une filière autour de la chimie verte en s’appuyant sur les vestiges des installations du gisement de Lacq. L’objectif, développer les matériaux et les biotech de demain.

La photonique rayonne en Nouvelle-Aquitaine…
Hervé Floch, directeur général du pôle Alpha-RLH © Alpha-RLH

La photonique rayonne en Nouvelle-Aquitaine…

La photonique est à l’origine du développement de technologies aussi diverses que la fibre optique, des LED ou des lasers de très haute précision. C’est la construction du laser mégajoule en Gironde, mis en fonction en 2014, qui a donné le coup d’envoi à la filière en Aquitaine. Pour développer autour un écosystème d’innovation, la Région a investi plus de 100 millions d’euros dans la mise en place de structures comme le centre technologique Alphanov ou encore Laseris, une zone d'accueil pour les industriels à proximité des grands lasers du CEA-Cesta et de l'Institut Laser Plasma (ILP). A Pessac, près de Bordeaux, la Cité de la photonique a également vu le jour pour attirer des entreprises innovantes dans les domaines de l'optique et du laser. Surtout, la Nouvelle-Aquitaine compte un pôle de compétitivité de référence en matière de photonique : Alpha-route des lasers et des hyperfréquences (Alpha-RLH). Issu de la fusion des deux ex-pôles régionaux Alpha-route des lasers (Aquitaine) et Elopsys (Limousin), Alpha-RLH compte 250 entreprises adhérentes et a labellisé près de mille projets depuis 2005. La moitié ont été financés pour un montant cumulé de 500 millions d’euros (dont 27 % apportés par la Région).
C’est d’abord dans les domaines de la défense, du spatial et de l’aéronautique que la photonique s’est déployée. A l’instar de Thales, Dassault Aviation, Airbus Safran Launchers, de nombreux groupes implantés dans la région s’intéressent de près aux progrès de cette technologie clé pour le développement de l’industrie 4.0. « La nouvelle génération de capteurs photoniques ou hybrides va permettre de gagner en fiabilité et en compétitivité », fait valoir Hervé Floch, directeur général d’Alpha-RLH. Le pôle porte notamment le projet Saphyr, qui a pour ambition d’accélérer le déploiement des technologies photoniques et hyperfréquences dans les applications aéronautiques. Un démonstrateur mettant en œuvre ces technologies au niveau de la cellule d’avion et du moteur sera présenté au Salon du Bourget en 2019.
De nombreuses PME ont également développé des solutions innovantes se basant sur cette technologie, avec succès. Amplitude Systèmes, société créée en 2001 et qui est implantée à Pessac, est aujourd’hui une ETI leader mondial du laser femtoseconde. Elle commercialise notamment des lasers pour la chirurgie optique. « Le laser sert à énormément de soins thérapeutiques, indique Hervé Floch. Nous avons aussi à Pessac l’entreprise Poietis, qui est la seule au monde à faire de l’impression 3D laser pour créer des tissus vivants à partir de quelques cellules. Ils en sont à leur deuxième levée de fonds, et ont déjà décroché un contrat avec L’Oréal. »
Aéronautique, santé, usinage de pièces industrielles… Les domaines d'application de cette technologie sont multiples. « L’utilisation du photon comme véhicule d’information va transcender la puissance de calcul des ordinateurs, fait valoir Hervé Floch. C’est une technologie clé dans le domaine des objets connectés, où la puissance de calcul doit suivre. La photonique va révolutionner nos usages. »

… et la chimie verdit
Poeitis

… et la chimie verdit

Autre filière d’avenir qui émerge en Nouvelle-Aquitaine, la chimie verte. Il y a un demi-siècle, au cœur des Pyrénées-Atlantiques, le bassin de Lacq accueillait ses premières usines de pétrochimie suite à la découverte de gisements gaziers et pétroliers dans les années 50. Aujourd’hui, ce « Texas béarnais » a entamé sa reconversion dans la chimie verte. Sous cette vaste appellation, qui regroupe aussi bien le champ des bio-polymères que celui de la cosmétique, des biotechnologies, il s’agit de limiter l’impact de l’utilisation de ressources rares ou de composants nocifs. Une filière activement soutenue par la Région dans le cadre de sa stratégie régionale de développement.
Sur le bassin, des grands groupes industriels comme Arkema, Sanofi, tout comme des PME et des start-up déploient des projets de recherche dans le domaine de la chimie verte. Dans cette perspective, ils bénéficient du soutien du groupement d’intérêt public Chemparc, de l’hôtel de jeunes entreprises Chemstart’up et de la plateforme de transfert de technologies Canoe, déployée sur trois sites en Nouvelle-Aquitaine (Pessac, Pau et le bassin de Lacq). La Région mise gros sur le développement de cette plateforme : fin 2017 a été inauguré un nouveau bâtiment de plus de 1 000m2 pour accueillir cette dernière, un projet soutenu à hauteur de 800 000 euros par la Région. La construction de deux autres bâtiments est en projet.


Chemparc

C’est ici que la société M2i, une filiale du chimiste Melchior, a installé son laboratoire de R&D pour travailler sur ses substituts biologiques aux pesticides à base de phéromones. « Nous accueillons une vingtaine de chercheurs de cette société », indique Patrice Bernos, le directeur général de Chemparc. Récompensée maintes fois pour ses produits innovants dans le domaine de la protection biologique des cultures, M2i a remporté l’European Business Award Environment en 2017. Canoe et M2I collaborent notamment dans le cadre du projet Taupin’up. Financé par le FUI à hauteur de 1,2 million d’euros, il vise à développer des produits de protection biologiques contre le ver de la grappe et le taupin en misant sur la confusion sexuelle grâce à des phéromones.
La plateforme Canoe sert aussi au développement de projets innovants de composites fabriqués à partir de matériaux biosourcés. Avec la réglementation européenne Reach contre les risques liés aux substances chimiques, le « verdissement » des composites est l’un des principaux axes de développement de la chimie verte. Les domaines d’application englobent aussi bien l’aéronautique, l’automobile ou la construction que le secteur des énergies nouvelles. C’est ainsi que Canoe a accueilli le projet Effiwind, qui vise à développer une nouvelle génération de pales plus légères et recyclables pour l’éolien marin à base de matériaux composites thermoplastiques acryliques. Débuté en 2012, ce projet implique une douzaine de partenaires, parmi lesquels Plastinov et Arkema. Les premières pales seront testées prochainement dans un parc éolien en Bretagne.
Mais la filière de la chimie verte en Nouvelle-Aquitaine ne se limite pas au bassin de Lacq. « Sur toute la région, des entreprises portent des projets innovants », martèle Frédéric Bataille, délégué général du cluster Aquitaine Chimie durable et de l’Union des industrie chimiques d’Aquitaine. Deux exemples : à La Rochelle, EnviroCat produit des catalyseurs pour la production de biodiesels sans émission de mercure. A Poitiers, une jeune pousse nommée NextAlim développe un procédé de valorisation des déchets organiques utilisant des larves de mouches qui sont ensuite valorisées en protéines et huiles pour faire des farines animales. Soutenu par la Région, ce projet est désormais en phase d’industrialisation. Quand nos ordures valent de l’or…

  La photonique sert à tout, même à faire du bon vin  

Jeune start-up créée fin 2017 et membre du pôle Alpha-RLH, True Spirit développe des appareils d'analyse vinicole de haute précision grâce à la spectrométrie, une technologie fondée sur des LED. Ses boîtiers portatifs permettent au viticulteur de faire ses analyses de suivi de la fermentation directement au chai avec autant de précision que dans un laboratoire. Cette innovation a été distinguée en décembre 2017 dans le cadre du concours Genopole Young Biotech Award placé sous le haut patronage des ministères de la Recherche, de la Transition écologique et de l’Economie. La société a déjà passé un accord avec plusieurs châteaux, dont le prestigieux château Haut-Brion, pour tester un démonstrateur.

Catherine Quignon

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