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Mars 2018

Les acteurs du nucléaire jouent plus collectif

[Article du 04/12/2018]

La Convention de la Société Française d’Energie Nucléaire (SFEN) qui s’est tenu mercredi 14 mars a consacré une large place à la recherche et à l’innovation. Plus coopérative, plus transversale, la recherche apparait désormais comme le symbole de la transformation d’un secteur malmené.

Légende : Présentation de Philippe Varin, président de France Industrie, lors de la Convention de la SFEN © SFEN

Le secteur du nucléaire français veut repartir sur de nouvelles bases. Et quoi de mieux que de mettre en avant ses travaux de recherche pour donner confiance en l’avenir ? La Convention de la SFEN qui se tenait mercredi dernier était placé sous le thème de « L’usine nucléaire du futur ». Ce fut l’occasion pour les acteurs de la filière de présenter les dernières technologies utilisées, les technologies en développement, ainsi que sur l’évolution de l’organisation de la R&D. Gregory Heinfling, directeur délégué à la construction sur le chantier du réacteur EPR à Flamanville, a expliqué que ses équipes utilisent par exemple la réalité augmentée pour le contrôle d’équipements, ou connectent les équipements existants avec des capteurs mobiles. Jean-Christophe Patout, Directeur de l'Excellence Opérationnelle chez Orano, ex-Areva, et Nathalie Collignon, directrice de l’innovation d’Orano, ont tour à tour rappelé l’importance des partenariats avec les start-ups. Le groupe travaille par exemple avec Diota Soft sur un projet de réalité augmentée baptisé tel Que Conçu / Tel Que Construit (TQC²), et pour lequel il a reçu un prix de la SFEN l’année dernière.

Le degrès de déploiement des technologies digitales varie encore selon les acteurs et les sites concernés. Ainsi Nathalie Masson, responsable au sein de l’usine d’assemblage d’équipements lourds de Saint Marcel de Framatome, a souligné l’importance de simplement digitaliser la documentation pour son activité. « Il faut 81 classeurs pour un générateur de vapeur par exemple » a-t-elle rappelé. Mais les acteurs du nucléaire testent également les technologies numériques les plus modernes. Un focus a été plus particulièrement mis sur le jumeau numérique lors de la Convention. Sur des équipements nucléaires qui ont été construit pour certains dans les années 1970, les écarts entre les plans initiaux et l’existant sont parfois grands. Les jumeaux numériques permettent de réaliser des simulations à partir des équipements existants. La R&D d’EDF développe d’ailleurs un projet de jumeau numérique d’une maquette d’enceinte digitale installée sur son centre des Renardières, baptisé VeRCoRs, où le jumeau est mis à jour via la transmissions en direct de données des installations. Chaque enceinte du parc nucléaire français devrait à termes recevoir son jumeau numérique.

Innover ensemble

Le thème choisi était résolument tourné vers l’avenir, même si les participants ont plusieurs fois mis en avant les défis que rencontre aujourd’hui le secteur : Concurrence des start-ups américaines, essor des Small Modular Reactors, nécessité de gagner en compétitivité sans sacrifier la sécurité…Pour répondre à ces défis, les industriels du nucléaire réunis pour l’occasion ont mis en avant l’importance de la recherche partenariale. « Nous voulons sortir de la logique client-fournisseur. Le budget de la R&D dans le nucléaire en France va de 500 millions à 1 milliards d’euros si l’on compte tous les acteurs. Il y a un enjeu à travailler ensemble » a souligné Bernard Salha, directeur de la R&D d’EDF.

Ainsi le rôle de l’Institut de recherche Tripartite (I3P), qui a été créé en 2016 par le CEA, EDF et Areva, a particulièrement été mis en avant. Créée en 2016 pour faciliter les changes autour de problématique communes, l’Institut est aujourd’hui au cœur des nouveaux projets de recherche. La Convention a notamment été l’occasion de présenter l’« initiative usine nucléaire du futur », construite dans le cadre de l’I3P. Elle est destinée à concevoir les briques technologiques pour le parc nucléaire existant et futur, à l’image de la fabrication additive ou de la réalité augmentée. « Cette initiative permet de changer l’image de la filière » a expliqué Xavier Ursat, directeur exécutif en charge de la direction Ingénierie et Projets Nouveau Nucléaire d’EDF.

Au-delà des collaborations autour de sujets transversaux, les acteurs du nucléaire ont également mis en avant l’importance de mieux s’organiser au niveau national et international. Philippe Varin, président de France Industrie, a rappelé l’importance des filières industrielles. « Il y a des filières qui fonctionnent bien. Le Gifas par exemple. A l’autre bout, il y a le nucléaire, où on peut mieux faire » a-t-il rappelé. Le président de la nouvelle organisation représentante de l’industrie a ainsi souligné que le nucléaire faisait partie des 10 filières que l’organisation a mis en place début février lors de la création de France Industrie. Elle est désormais dirigée par Dominique Minière, directeur exécutif en charge du parc nucléaire d’EDF.

  Vers le laboratoire nucléaire du futur  
Le laboratoire du futur se construit en parallèle de l’usine nucléaire du futur. C’est ce qu’a voulu souligner François Gauché, directeur de l'énergie nucléaire au CEA, lors de la Convention de la SFEN. Comme l’industrie, la recherche académique voit apparaitre de nouvelles technologies qui révolutionnent ses pratiques et lui donnent de nouveaux moyens. « La microfluidique fait partie de ces outils nouveaux » a-t-il expliqué. Cette nouvelle discipline permet par exemple de créer des éprouvettes minuscules, quasiment invisible à l’œil nu. Ce qui permet des gains de place importants et une multiplication des expériences. Le responsable du CEA a également vanté les sondes tomographiques, qui permettent d’analyser la matière irradiée atome par atome.
La recherche académique a également fait évoluer ses pratiques. « Avant nous faisions des essaies de qualification, à l’image de crash tests. Aujourd’hui, nous regardons ce qui nous manque, et nous le réalisons en laboratoire. L’objectif, réaliser plus de tests pour moins cher » a expliqué François Gauché.

Par Florent Detroy

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