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Autodesk veut convertir l’Europe à la fabrication additive

[Article du 05/12/2018]

L’éditeur américain de logiciels inaugurait cette semaine à Birmingham un centre dédié à l’expérimentation technologique. Autodesk étend ainsi sa stratégie d’innovation ouverte en Europe avec ce nouvel espace destiné à accueillir des projets de recherche collaborative, notamment autour de la fabrication additive.


Andrew Anagnost, PDG d’Autodesk, inaugure le Centre technologique du groupe à Birmingham

« A une époque, la façon dont était imprimé un document en 2D dépendait de votre modèle d’imprimante », expliquait un des dirigeants d’Autodesk. Ce petit rappel historique avait pour objet de souligner que la fabrication additive est une technologie encore jeune, qui va demander encore beaucoup de travail avant d’être adoptée par les industriels. Ce centre d’Autodesk, sixième du nom, dans lequel Autodesk est installé depuis 2013 après avoir acquis le spécialiste de la FAO Delcam, est dédié à l’« advanded manufacturing ». Abritant une large gamme de machines-outils, imprimantes 3D et robots industriels de ses partenaires, comme DMG Mori ou Kuka, ce centre doit permettre au groupe de mener des projets collaboratifs avec des industriels autour de la fabrication additive.


Impression métallique d’une hélice de navire

Il joue par exemple un rôle dans le projet Ramlab (Rotterdam Additive Manufacturing Lab) que l’éditeur a monté avec le port de Rotterdam. L’objectif : développer une solution de fabrication additive pour produire des pièces détachées de navires. L’équipe de Ramlab s’est notamment penchée sur la production d’une hélice par fabrication additive. Le projet a impliqué le développement d’une solution de fabrication hybride mêlant une technologie de fraisage et de fabrication additive métallique associée à un robot six axes. Le temps de production et de remplacement pourrait être réduit à quelques jours, contre plusieurs semaines, voire quelques mois, habituellement. Au sein du centre, l’équipe du projet travaille actuellement sur l’amélioration du design et des procédés de production de l’hélice.


Impression métallique d’une hélice de navire

Convergence du software et du hardware

Ce qui pousse l’éditeur américain de logiciels à se renforcer sur le secteur industriel, c’est la « convergence » en cours entre les technologies de conception 3D et la fabrication. La conception numérique d’une pièce ne pourra bientôt plus être séparée des étapes de construction et d’installation, et devra être intégrée dans un « processus continu », selon les mots d’Andrew Agnost, le PDG d’Autodesk. Ce mouvement s’explique notamment par le développement en parallèle des technologies de robotique ou de « machine learning », qui nécessitent de penser tous les processus ensemble pour être utiles. Nicolas Mangon, vice-président en charge de la stratégie pour l'industrie AEC (architecture, ingénierie et construction) d’Autodesk, a ainsi fait la démonstration de cette convergence à travers l’industrie du bâtiment. Pour lui, cette dernière peut gagner en compétitivité lorsque les différentes étapes de production sont pensées en même temps. La conception via un logiciel BIM d’un bâtiment et de ses différents éléments ouvre par exemple la voie à la robotisation de la production des différents éléments, et ainsi à l’utilisation de la fabrication additive. « Le robot peut même se connecter à son jumeau digital sur le cloud, et avoir accès au modèle numérique de la pièce », souligne Nicolas Mangon. Plus rapide et plus efficace, la conception numérique de bâtiments peut également être couplée avec des technologies d’intelligence artificielle. « Le “machine learning“ peut par exemple simuler différentes expositions au soleil du bâtiment », poursuit Nicolas Mangon.

L’automatisation du design relève pour l’instant en grande partie de la prospective. BMW, venu témoigner de ses travaux sur la conception numérique et la fabrication additive, en est encore à regarder comment ces solutions peuvent réduire le poids de certaines pièces. Le constructeur travaille actuellement sur l’allègement de pièces de motos. S’il n’a pas voulu donner de chiffre précis, le groupe a admis qu’il avait réussi à réduire d’un pourcentage à un chiffre le poids de certaines pièces. Le pourcentage passe à deux chiffres en termes de réduction de temps de production. Mais le coût de la technologie reste un frein important à son adoption massive.

 

 

  Un projet en soutien à la politique industrielle anglaise  
Le Royaume-Uni a posé les bases en 2016 d’une nouvelle politique industrielle pour le pays. Portée par le ministre du commerce par Greg Clarg, la stratégie dévoilée fin novembre dernier sous forme de Livre Blanc veut soutenir le secteur de l’automobile, de l’intelligence artificielle, de la construction et des sciences de la vie. L’objectif est de faire passer la part du PIB consacrée à la R&D de 1,7% à 2,4% d’ici 2027. Des investissements dans la formation sont également proposés, ainsi que la création d’un fonds de 725 millions de livres (819 millions€) pour l’industrie. Le gouvernement a également annoncé la publication d’une stratégie sur la mobilité urbaine cette année.
Autodesk inscrit clairement l’inauguration de son centre technologique dans cette stratégie de soutien à l’industrie. Le choix de Birmingham ne doit rien au hasard. La ville jouit d’une image de ville industrielle en pleine renaissance. Jaguar Land Rover, un des fleurons industriels du pays, possède notamment une usine à Solihull, près de Birmingham.

Florent Detroy

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