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Février 2018

Altran veut être un fournisseur mondial de technologie

[Article du 08/02/2018]

Le spécialiste de l’ingénierie et de l’expertise R&D, Altran, a fait la démonstration de l’étendue de ses compétences lors d’une matinée de présentation, le 7 février. Intelligence artificielle, réalité virtuelle, cobotique…, Altran semble maîtriser toutes les briques technologiques aujourd’hui indispensables Son objectif : devenir un leader mondial de l’expertise R&D en se rapprochant de ses clients.


Dominique Cerutti, PDG d’Altran

Avec une croissance de près de 10 % par an, le marché de l’ingénierie et de la R&D attire de plus en plus d’acteurs. Mais l’internationalisation des marchés et la multiplication des technologies de rupture ont lancé une course à la taille parmi les leaders du secteur. Et Altran l’a bien compris. Le géant français est devenu l’an dernier le leader du marché en s’emparant de l’américain Aricent pour 1,7 milliards d’euros. Aujourd’hui, Altran pèse 3 milliards de chiffre d’affaires, et emploie 15 000 ingénieurs. Cette taille critique lui permet désormais d’être présent sur tous les continents et d’avoir les moyens de maîtriser un large éventail de technologies.

D’ailleurs, le groupe ne s’est pas privé de dresser la liste des technologies de rupture sur lesquelles il est positionné : intelligence artificielle, voiture autonome, réseau 5G… Et il est en train de se positionner sur des technologies d’avenir, comme l’ordinateur quantique ou la bio-impression 3D. « Le nombre de brevets sur les nanotechnologies a augmenté de 50 % entre 2015 et 2017 », a souligné Pascal Brier, directeur général adjoint du groupe. Un secteur concentre plus particulièrement les activités d’Altran : l’industrie du futur. Le groupe estime que 907 milliards de dollars y sont investis par an. Sur son showroom, il était ainsi possible de tester sa solution de réalité virtuelle, baptisée Sparkle. Grâce à l’application, il est ici possible de visiter l’usine espagnole d’Airbus à Cadix et de simuler des opérations de maintenance. Utile pour des opérations de formations, l’application pourrait surtout permettre à l’avenir d’agir réellement sur le fonctionnement de l’usine. D’ailleurs, si l’usine de Cadix a été numérisée lors du développement de l’application, plusieurs machines que l’on regarde fonctionner en réalité virtuelle sont filmées en direct. « A l’avenir, il sera possible de mener des opérations physiquement dans l’usine à partir de cette application de réalité virtuelle », confirme l’équipe en charge du projet.

Grâce à son rachat de Tessella, en 2015, le groupe s’est également renforcé dans l’intelligence artificielle. Altran présentait un miroir intelligent gonflé à l’IA, capable d’interagir avec un opérateur d’usine ou un particulier. Ce miroir permet surtout de contrôler des éléments par la voix, comme contrôler une machine ou gérer un éclairage ; il devrait être présenté cette année. Altran a également révélé Robot Mind Control, une application de contrôle de robot par la pensée via un casque et l’utilisation de l’intelligence artificielle. Le casque « lit » les impulsions électriques de la pensée et peut les traduire en instructions.


Image en réalité virtuelle de l'usine Airbus de Cadix, tirée de son application Sparkle © Altran

Le véhicule autonome est un des secteurs d’avenir pour Altran. Le groupe estime que le marché des équipements et des logiciels pour ces véhicules va passer de 500 millions de dollars à 600 milliards d’ici à 2030. L’équipe basée à Hambourg a ainsi présenté un trolley autonome. Cette machine est capable de défiler dans les rangées des avions et d’assurer la distribution de boissons ou de recueillir les déchets. « Il sera aussi possible de pré-commander une boisson lors de notre enregistrement pour que le trolley vous serve directement », explique l’équipe. Piloté par une montre éventuellement connectée, cette innovation doit permettre à l’équipage de se consacrer à d’autres tâches.

 

Des centres au plus près des clients

Plus que la baisse des coûts de R&D - de l’ordre de 20 à 40 % tout de même, selon le groupe -, la croissance de la demande du marché de l’ingénierie et de la R&D est portée par la nécessité d’innover plus vite. « Avant, un constructeur automobile mettait huit ans à sortir un nouveau modèle. Aujourd’hui, il doit le faire en deux ans », rappelle Meryem Chami, PDG d’Altran au Maroc. Mais la réussite des acteurs dépend aussi de la capacité à adapter la technologie à chaque marché. « En Inde, par exemple, un constructeur automobile a lancé une voiture dont le tableau de bord n’était pas assez grand pour que le conducteur puisse installer une statue de Shiva ; le lancement a été un échec », explique Meryem Chami. Autre exemple éclairant, la mode des SUV en Chine. Les constructeurs automobiles doivent prendre en compte que les propriétaires de SUV dans ce pays ont souvent un chauffeur. « L’intelligence de la voiture doit donc être à l’arrière », poursuit Meryem Chami. C’est pour réussir à anticiper ces contraintes que le groupe a lancé des « pools de talents » régionaux capables d’intervenir sur n’importe quel secteur. Ils sont présents en Inde, en Ukraine, au Maroc ou encore au Mexique.

 

   Interview de Pascal Brier, directeur général adjoint d’Altran   

Votre ambition est-elle de maîtriser toutes les technologiques de rupture ?
Il y a tellement de nouvelles technologies - l’IoT, les réseau Mesh, les réseaux bas débit… Les constructeurs hésitent entre acheter la technologie ou la développer en interne. Mais ils ne peuvent pas tout maîtriser. Même Google ne parvient pas à maîtriser toutes les technologies ! Ils ont lancé un projet de drones solaires. Nous avons travaillé sur le projet Solar Impulse, et je suis sûr que nous faisons de meilleurs drones que Google. Même chose pour l’intelligence artificielle. Il faut maîtriser près de soixante compétences sur cette technologie. Il est plus rapide de créer des projets avec des partenaires.

Quelles autres raisons expliquent le recours croissant à des experts de l’ingénierie ?
Il existe aussi un problème de compétences. Il y a une dichotomie sur la planète, entre où les groupes dépensent de l’argent en R&D et où se trouvent les ingénieurs. Nous, nous sommes en Ukraine, en Inde, en Biélorussie… où il y a des ingénieurs compétents et disponibles. Nous avons également racheté Tessella (entreprise des sciences des données rachetée en 2015 par Altran) ; ils étaient 250 PHD en data science. Nous avons eu de la chance ; aujourd’hui, nous ne pourrions pas financièrement les racheter.

Quelle est la place de l’open innovation chez Altran ?
Nous le faisons de deux manières. En France, nous travaillons avec les IRT, les pôles de compétitivité - avec lesquels nous avons perdu beaucoup de temps, parfois. Sur l’IoT, nous sommes à l’origine des projets importants, avec par exemple la plateforme S3P. Nous avons également un travail de venture sur les start-up. Dans l’impression 3D métallique, par exemple, nous avons investi dans Divergente 3D, une start-up américaine. Nous avons également investi dans H2Scan, qui développe une technologie de détection des fuites d’hydrogène.

 

Florent Detroy

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