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Décembre 2017 - Janvier 2018

Filières en Centre-Val de Loire

[Article du 08/01/2018]

Dépendant d’abord des investissements privés en matière de R&D, le Centre-Val de Loire se mobilise pour soutenir les capacités d’innovation de ses entreprises régionales. Son mode d’action : le soutien aux projets associant partenaires académiques et industriels sur les filières régionales à haut potentiel. Parmi ces secteurs promis à un bel avenir, l’écoconstruction, les énergies renouvelables et, bien entendu, l’industrie cosmétique.

Précurseur, le Centre-Val de Loire a été l’une des premières Régions à se doter dès 2009 d’une stratégie régionale d’innovation. Le territoire a identifié très tôt ses atouts et ses faiblesses : un poids important de la recherche privée, mais un effort global de R&D en deçà des objectifs fixés par la stratégie Europe 2020 et des capacités d’innovation de ses PME-PMI insuffisantes.
Pour soutenir l’innovation au niveau de ses entreprises, la Région incite à la mise en place de partenariats entre le monde industriel et académique et au développement de programmes de coopération sur les filières dont le développement est jugé stratégique pour le territoire. Cinq domaines de spécialisation régionale ont été identifiés : l’ingénierie environnementale pour les activités consommatrices de ressources naturelles, la conception de systèmes pour le stockage de l’énergie, l’efficacité énergétique pour la construction des bâtiments, la biotechnologie et les services appliqués à la santé et à la cosmétique et, enfin, les services pour le tourisme.

L’énergie, un moteur régional
L'université d'Orléans est partenaire du programme Lavoisier, dédié aux énergies nouvelles ©Université d'Orléans Communication JSL

L’énergie, un moteur régional

La Région a lancé dès 2012 un appel à manifestation d’intérêt, « Ambition Recherche et Développement 2020 ». Le programme Lavoisier est issu de cette initiative dans le domaine des énergies nouvelles. En effet, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables constituent un des points fort de la recherche en région. Le Centre-Val de Loire est la deuxième région française de production d’énergie (chaleur et électricité confondues), derrière Rhône-Alpes. La filière comptabilise plus de mille chercheurs et une vingtaine de laboratoires répartis dans les universités de Tours et d’Orléans, le CNRS, le CEA, l’Inra ou encore le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).
Associant le monde académique et le monde industriel (CEA Le Ripault, universités de Tours et d’Orléans, le groupe Plastivaloire…) et doté d’un budget de 25 millions d’euros (dont 7 apportés par la Région) sur la période 2017-2020, le programme Lavoisier soutient en particulier les projets autour de l’énergie bas carbone et la production d’hydrogène vert. « Il s’agit d’une filière en devenir, mais on commence à avoir des pistes très avancées », indique Philippe Foucher, adjoint au chef de département du CEA Le Ripault et vice-président du pôle de compétitivité S2E2. Deux projets nés dans le cadre du programme Lavoisier ont été labellisés suite à l’appel à projets « Territoires hydrogène » lancé en 2016 par les pouvoirs publics. VELHyRE fait partie des initiatives distinguées. Coordonné par le CEA avec la société Pragma, ce projet vise la mise en service de vélos à propulsion hydrogène. « Le CEA et ses partenaires travaillent sur la production de l’hydrogène par électrolyse haute température et par la conversion de l’hydrogène en énergie pour propulser le vélo, explique Philippe Foucher. L’idée est d’avoir dans les villes touristiques de la région des flottes de vélos à proposer aux touristes. La métropole de Tours, par exemple, travaille sur l’acquisition d’une flotte pour les trajets entre Tours, Villandry et Azay. »

Au-delà des énergies nouvelles, l’efficacité énergétique dans le bâtiment est une autre filière en émergence que la Région souhaite développer. Plusieurs entreprises régionales se sont déjà distinguées en développant des solutions innovantes dans le domaine de l’écoconstruction. C’est ainsi que MnBC (Maisons naturelles en béton de chanvre) a breveté en 2012 un béton de chanvre baptisé néochanvre, un écomatériau unique développé avec la société Techni Préfa. A la fois écologique et résistant, il a notamment servi à la construction de logements et de bureaux sur Blois. Autre exemple d’innovation dans le secteur de l’écoconstruction : le Walle, une solution développée par la société Solutions composites. Basée aux environs de Tours, cette entreprise a mis au point un mur composé de panneaux isolants en fibre de verre légers mais ultra-résistants, permettant de récupérer les énergies du soleil en surface grâce à des capteurs photovoltaïques ou à air. Cette solution a remporté début 2016 un Award de l’innovation au salon JeC World, à Paris.

Pour soutenir les initiatives privées et développer cette filière prometteuse, la Région et l’Europe ont lancé un appel à projet « Bâtiment démonstrateur en efficacité énergétique et à haute qualité environnementale » se clôturant en février prochain. Cet appel est doté d’un budget de 5,9 millions d’euros. Autre champ d’action de la Région : la formation. Si les formations aux métiers du bâtiment sont nombreuses, celles dédiées à l’écoconstruction et à l’efficacité énergétique le sont moins. C’est pourquoi la Région a soutenu la création de Greenerbat, une plateforme mutualisée de formation dédiée à la performance énergétique des ouvrages, coordonnée par le pôle S2E2. Objectif de cette plateforme, qui a vu le jour en 2012 : mettre à disposition des professionnels un outil complet de formation aux techniques de l’efficacité énergétique des bâtiments.

Dans la Cosmetic Valley, les cosmétiques de demain
Christophe Masson, directeur général adjoint de la Cosmetic Valley © Cosmetic Valley

Dans la Cosmetic Valley, les cosmétiques de demain

Dans un tout autre domaine, l’industrie cosmétique fait évidemment partie des filières porteuses identifiées par la Région. Suite au développement de la « Cosmetic Valley », entre Orléans et Chartres, dans les années 70, le Centre-Val de Loire est devenu le berceau de l’industrie cosmétique française. « Le secteur de la cosmétique représente 250 entreprises et 5 milliards de chiffre d’affaires sur la région, indique Christophe Masson, directeur général adjoint du pôle Cosmetic Valley. C’est l’une des premières régions exportatrices dans le monde. » Le Centre-Val de Loire accueille les plus grands industriels du secteur, tels L’Oréal, Guerlain ou Caudalie.

L’innovation est vitale pour ces groupes, qui sont des acteurs importants du soutien à la recherche dans la région : c’est ainsi que L’Oréal a investi 30 millions d’euros dans un centre de R&D dédié aux cosmétiques de demain, près d’Orléans, inauguré en 2013. « Il y a une compétition majeure avec l’Italie et la Corée du Sud, mais notre pays a une renommée mondiale à faire valoir, souligne Christophe Masson. Notre pôle partage avec la région une vraie stratégie à l’échelle régionale et nationale pour développer la filière des cosmétiques ‘made in France’. » En projet : la création d’une plateforme dédiée au maquillage, d’envergure nationale mais localisée en Centre-Val de Loire.

D’ores et déjà, le territoire participe activement au soutien à l’innovation en finançant des projets de recherche menés en collaboration entre académiques et industriels. La Région soutient notamment le programme Cosmétosciences, porté par l’université d’Orléans en partenariat avec l’université de Tours, le CNRS, le pôle Cosmetic Valley et le Studium (un centre d’accueil de chercheurs), et doté de 20 millions d’euros sur cinq ans. Une vingtaine de projets sont accompagnés par l’intermédiaire de ce programme, parmi lesquels Plasmacosm. Ce projet, auquel collabore l’entreprise Thermo Fisher, vise à étudier les débouchés potentiels du plasma froid contre le vieillissement de la peau et la protection de la barrière cutanée. « Aujourd’hui, cette technologie est en train d’être transférée au monde industriel », se félicite Christophe Masson, sans donner plus de précisions.

La Région appuie aussi directement les projets portés par les entreprises innovantes. A Chartres, la plateforme Cosmet'up accompagne une cinquantaine de projets dans la filière parfumerie-cosmétique, parmi lesquels La Bouche rouge. Soutenu par la Région, le projet visait à développer un nouveau concept de rouges à lèvres naturels et écoresponsables. Mission accomplie : en 2017, l’entreprise éponyme a lancé son premier rouge à lèvres rechargeable, distribué au Bon Marché, à Paris, et à New York. Un pas de plus pour la renommée du « made in Centre-Val de Loire ».

Catherine Quignon

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