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Décembre 2017 - Janvier 2018

Les start-up françaises championnes de la croissance en Europe

[Article du 09/01/2018]

Le cabinet Deloitte a livré le mois dernier son classement des 500 entreprises affichant les plus forts taux de croissance sur les quatre dernières années sur la région Europe, Moyen-Orient et Afrique. Surprise : la France arrive au premier rang. Une nouvelle raison de réfuter l’idée selon laquelle les start-up françaises ont du mal à croître.


2School, solution billettique SAE 2.0 © Ubi Transports

Le Top 10 du classement Technology Fast 500™ EMEA du cabinet Deloitte pourrait être trompeur. Aucune entreprise française n’apparaît dans la dix-septième édition du classement. En tête figure la start-up anglaise spécialisée dans la distribution de repas Deliveroo, avec une croissance de plus de 100 000 % ! Elle est suivie par Lesara, start-up allemande du e-commerce, qui affiche 71 981 % de croissance, et une start-up islandaise, Guide to Island, spécialiste des voyages touristiques sur mesure, avec 30 314 % de croissance. En élargissant la sélection, en revanche, la France apparaît à la première place des entreprises en forte croissance. L’Hexagone classe ainsi 97 entreprises sur les 500 retenues, contre 94 en 2016.

La première start-up française, Ubitransport, onzième au classement, a développé des systèmes de gestion des transports à bas coût. « Les grandes métropoles ont déjà tous les éléments pour gérer leurs systèmes de transport, à l’image du passe Navigo en Ile-de-France. Nous proposons les mêmes systèmes, mais avec un smartphone et un cloud », explique Laurence Medioni, en charge de la communication de l’entreprise. Concrètement, c’est le chauffeur du véhicule qui récolte les données avec son smartphone avant de les envoyer sur le cloud d’Ubitransport. Cette technologie intéresse particulièrement les territoires peu denses. Ubitransport est suivie d’Adikteev et d’Adomik, spécialistes toutes deux de la publicité digitale.

La France en retard dans le financement privé
Pierre De Fouquet, co-fondateur d’Iris Capital

La France en retard dans le financement privé

Si la France est bien placée dans ce classement, son absence dans les premières places étonne. La difficulté, notamment, des acteurs français à lever des sommes importantes explique pour certains la difficulté de notre pays à faire émerger rapidement des leaders mondiaux. En 2015, une étude du Conseil d’analyse économique (CAE) soulignait les réticences des fonds de capital risque à financer les start-up françaises, à la différence de leurs homologues anglo-saxonnes ou allemandes. Pourtant, la situation s’est améliorée. Dans son baromètre annuel, E&Y soulignait qu’en 2016, la France avait attiré 20 % du total des montants levés sur l’Union européenne, a égalité avec l’Allemagne. Le Royaume-Uni attirait par contre 36 % de ces investissements. Sur le premier semestre 2017, la France était même passée devant l’Allemagne, selon E&Y.

Pour le fonds Iris Capital, il s’agit d’un mauvais procès fait aux fonds d’investissements. La raison principale de la faiblesse des start-up françaises, et européennes, selon Pierre De Fouquet, co-fondateur d’Iris Capital, ne vient pas du financement, mais du marché. « Lorsqu’une start-up américaine ou chinoise est leader sur son marché, il est probable qu’elle se trouve déjà parmi les leaders mondiaux. En Europe, il n’y a pas de marché européen, mais une agrégation de marchés français, allemand… », explique Pierre De Fouquet. Le profil de plus en plus international des entrepreneurs actuels est un signe encourageant pour le co-fondateur d’Iris Capital. Toutefois, ajoute-t-il en substance, leur penchant à regarder tout de suite du côté du marché américain, au lieu de s’intéresser à ce qui se passe outre-Rhin, reste un frein important au développement d’un vaste marché européen des start-up.

                Interview de Xavier Lazarus, co-fondateur d’Elaia Partners, présent au capital d’Adonik                

> L’étude Deloitte confirme-t-elle à vos yeux les difficultés des start-up françaises à croître rapidement ?
Il y a d’abord un problème de méthodologie. Pour déterminer le classement, Deloitte prend en compte le pourcentage de croissance depuis le premier exercice, ce qui donne un avantage aux sociétés qui partent de près de zéro et qui croissent rapidement. Il y a une légende qui dit qu’il est bien de faire une toute petite première année pour être haut dans le classement. Le problème de financement de la France est à relativiser lorsqu’on voit que le classement compte plusieurs sociétés de République tchèque ou de Pologne, qui lèvent sûrement moins d’argent que les start-up françaises. Notez que la première société du classement est Deliveroo, qui est vraiment un modèle de start-up pour ce type de classement.


Xavier Lazarus © Elaia

 Nous avons tendance  
 à avoir le pied sur le frein, 
 même lorsque la société va bien. 

> Donc, il n’y a pas de problème propre à la France en matière de levée de fonds ?
En fait, le classement est exact sur un point. Il faut savoir qu’il y a deux méthodes de financement. En France, elle consiste à faire avec moins, c’est-à-dire que nous levons des sommes raisonnables en valorisant d’abord le business model. Mais nous avons tendance à avoir le pied sur le frein, même lorsque la société va bien. Dans les pays anglo-saxons, à l’inverse, dès qu’une start-up commence à dégager des résultats, elle lève très vite des fonds importants, ce qui fait décoller la croissance et creuse les pertes. C’est un modèle de développement très risqué et particulièrement adapté au B2C. Dans ce cas, seules les meilleures start-up passent le cap.

> Quelle est la stratégie choisie par Elaia ?
Nous trions beaucoup et nous faisons attention. Nous ne cherchons pas nécessairement des sociétés qui vont lever des sommes folles et être trop tôt en haut de l’affiche. Personne n’avait entendu parler de Criteo avant son introduction en Bourse, mais nous avions investi dans la société dès le début. Pour être capable d’investir beaucoup lorsque nous détectons un gros potentiel, nous avons multiplié par trois la taille de notre fonds entre 2012 et 2017. Mais l’absence de grands fonds en France n’est pas grave, car lorsqu’une start-up veut lever des montants importants, c’est souvent pour se développer à l’international, et principalement aux Etats-Unis. Elle recherche alors surtout des investisseurs américains pour bénéficier de leurs réseaux.

 

Florent Detroy

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