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Décembre 2017 - Janvier 2018

« Nous revendiquons un patriotisme économique assumé »

[Article du 11/12/2017]

Ecoles régionales du numérique, soutien au « Produit en Occitanie »… Nadia Pellefigue, vice-présidente du conseil régional Occitanie en charge du Développement économique, de la Recherche, de l’Innovation et de l’Enseignement supérieur, fait le bilan des principales actions de la Région pour soutenir le développement économique du territoire et annonce les grands projets de 2018.


Nadia Pellefigue, vice-présidente du conseil régional Occitanie en charge du Développement économique, de la Recherche, de l’Innovation et de l’Enseignement supérieur ©Emmanuel Grimault

En matière de soutien à l’activité, quelles seront les orientations du budget 2018 voté le 21 décembre ?
Sous réserve de son adoption, il s’agira d’amplifier l’élan des trajectoires que nous avons déjà engagées. 2017 était l’année de la construction de nos dispositifs. 2018 sera celle de la diffusion, à l’aide de notre bras armé, l’Agence de développement économique, qui sera opérationnelle l’année prochaine. Nous avons déjà augmenté les aides directes aux entreprises de 28 %. Nous voulons renforcer le soutien à l’économie de proximité, ainsi qu’à l’innovation et à l’internationalisation. Nous revendiquons un patriotisme économique assumé et souhaitons mettre en valeur le « Produit en Occitanie ».

Avec quels moyens ?
Pour soutenir le rayonnement de nos entreprises à l’international, nous voulons généraliser le dispositif Pass Export, une aide s’adressant aux primo-exportants, afin d’accompagner l’approche d’un nouveau marché. Alors que la Région et les EPCI ont une compétence partagée en matière d’immobilier d’entreprise, on souhaite aussi renforcer le soutien à l’implantation territoriale, par le biais de l’immobilier collectif notamment. Autre levier d’action, l’ingénierie financière. Nous visons un milliard d’aides accordées aux TPE-PME. Dans ce but, nous avons mis en place deux dispositifs majeurs. D’abord, le Pass Occitanie : la Région prend en charge jusqu’à 50 % (sous forme de subvention d’investissement) du financement de projets allant jusqu’à 40 000 euros, sauf pour les projets innovants où la Région peut porter son financement jusqu’à 70 %. L’idée du Pass, c’est que ce soit simplifié et rapide ; pour l’entreprise, le délai d’attente maximal est de quatre-vingts jours. Au-delà de 40 000 euros, nous avons mis en place le dispositif Contrat Innovation, qui s’adresse à toutes les entreprises souhaitant développer un projet d’innovation, individuel ou collaboratif.

  " NOS AIDES  
     VISENT EN PRIORITÉ   
     LES PME "   

Et en matière de soutien à la recherche et à l’innovation ?
Nous soutenons entre autres des projets d’innovation collaboratifs, portés par des consortiums labo-entreprises ou entre grands groupes et entreprises de plus petite taille, par le biais de l’appel à projet Readynov. Celui-ci porte sur des thématiques en lien avec la Stratégie régionale d’innovation : les petits et grands cycles de l’eau, par exemple.

Vous souhaitiez également vous servir du levier de la commande publique ?
Nous sommes assujettis aux procédures de marché public, qui nous interdisent de privilégier les entreprises régionales. Mais nous avons signé une convention « Innovation » avec l’Union du groupement des achats publics (UGAP) pour référencer les entreprises innovantes du territoire, ce qui leur permettra d’accéder aux marchés publics. Nous sommes les premiers à l’avoir fait, je crois.

Comment la Région module-t-elle son soutien aux filières en fonction de leur niveau de structuration ?
Nos aides visent en priorité les PME. Pour les filières, on fonctionne d’abord par appel à projets. Mais on segmente moins en fonction des filières que des besoins – haut de bilan et bas de bilan, par exemple.

Lors du dernier Salon du Bourget, la présidente de la Région, Carole Delga, a annoncé le lancement d’un nouveau plan aéronautique régional. En quoi consiste-t-il ?
Il s’agit du nouveau plan d’Actions pour le développement des entreprises régionales de sous-traitance (Ader). Ce plan sera doté plus de 200 millions d’euros sur cinq ans pour accompagner le réseau des entreprises sous-traitantes de l’aéronautique. On a travaillé ce plan avec l’ensemble des acteurs de la filière, sur le mode de la co-constuction. Une problématique est ressortie : celle du cadencement, c’est-à-dire le fait de fournir en temps et en heure les commandes déjà passées. Cela entraîne un besoin croissant d’ingénieurs en production plutôt qu’en conception, par exemple. Nous sommes en train de voir comment soutenir ce besoin.

Quelles réalisations en matière de soutien à la filière numérique ?
On avait un premier sujet, qui était de gagner en visibilité sur cette filière, laquelle représente à elle seule 60 000 emplois en Occitanie. Dans ce but, nos deux clusters du numérique, FrenchSouth.digital et Digital Place, viennent de fusionner pour atteindre une masse critique sur le territoire. Le deuxième sujet était d’amener le digital dans les entreprises. Selon une enquête, 50 % des personnes ont déjà acheté en ligne ; or, seules 14 % des entreprises sur notre territoire proposent ce type de service. Nos entreprises ont besoin d’intégrer de nouvelles compétences. Celles dont elles ont besoin se situent plus au niveau technicien qu’ingénieur, et plus au niveau du développement web. C’est pourquoi notre objectif pour 2017 était de former 600 personnes à ces métiers via le lancement des Écoles régionales du numérique. On souhaitait que les promotions soient composées à 50 % de femmes. Malheureusement, on n’y est pas encore, mais on y travaille : nous sommes à près de 37 %. Nous avons également d’autres chantiers en cours autour de la cybersécurité, avec le projet de création d’un cluster dédié et la sensibilisation des PME à cette problématique.

Comment la Région compte-t-elle compenser la baisse des dotations aux collectivités décrétée par le gouvernement ?
C’est un véritable casse-tête. En plus de la baisse des dotations aux collectivités, il y a un sujet dont on a peu parlé : c’est l’arrêt du fonds de compensation dit « fonds Valls », programmé pour 2017. Ce fonds prenait en compte les dépenses nouvelles des Régions, qui ont pris le relais de certains investissements des Départements. On doit donc ventiler différemment le budget régional. Heureusement, nous sommes un territoire solvable, ce qui nous permet de continuer à investir. Mais les montants des subventions seront moins importants que prévu, en particulier pour les nouveaux dispositifs mis en place.

Quels sont ces nouveaux dispositifs ?
Je peux vous en citer deux. D’abord, un dispositif pour soutenir la création d’entreprises de moins de trois ans et qui proposent des solutions en rupture d’usage ou de marché. Ce soutien portera à la fois sur la phase d’émergence du projet et sur la phase d’accélération, sous la forme d’un appel à projets pourvu d’une dotation assez importante. Un second dispositif porte sur la reprise ou la transmission d’entreprise, pour maintenir les compétences sur le territoire. Il prendra la forme d’un accompagnement du cédant et du repreneur qui pourra aller jusqu’à la prise en charge d’une partie du salaire de ce dernier pour qu’il puisse se consacrer pleinement à sa nouvelle mission.

Une autre décision du gouvernement concerne directement la Région Occitanie : la mise entre parenthèses du projet de LGV Bordeaux-Toulouse. En quoi cette décision affecte-t-elle le développement économique du territoire ?
Nous sommes le territoire le plus éloigné de Paris en termes ferroviaires ; évidemment, cela a des conséquences en termes d’attractivité pour les entreprises. On sait que des liaisons insuffisantes sont un frein à l’implantation d’entreprises sur le territoire. La présidente de la Région, Carole Delga, a donc fait de cette ligne LGV un combat majeur.

Sur un autre plan, quatre départements d'Occitanie - l'Ariège, le Gers, l'Aude et la Haute-Garonne - ont annoncé qu’ils souhaitaient tester le revenu de base. En quoi un tel dispositif permettrait-il de soutenir le développement économique sur le territoire ?
Je suis heureuse de voir que la moitié des départements candidats à cette expérimentation se trouvent dans notre région. Dans le pilotage de l’action, il faut faire preuve d’audace. Les bouleversements du monde du travail, les tensions au niveau du recrutement dans certaines filières et les difficultés d’accès à l’emploi engagent notre responsabilité. Or, on a un peu fait le tour des dispositifs existants. Nous devons soutenir la croissance et l’innovation, mais sans oublier l’humain.

Catherine Quignon

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