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Décembre 2017

Les IRT ont rendez-vous en 2025

[Article du 04/12/2017]

Lancés en 2012 dans le cadre du Programme des investissements d’avenir (PIA), les huit instituts de recherche technologique (IRT) continuent de gagner en maturité. Pourtant, leurs espoirs d’arriver rapidement à un équilibre financier se sont rapidement avérés illusoires. Alors qu’ils viennent de gagner cinq ans de répit, avec la reconduction de l’aide de l’Etat sur la période 2020-2025, ils vont devoir accélérer leurs réformes.


LouisSchweitzer commissaire général à l'Investissement

Les IRT ont-ils fini par convaincre ? C’est la question que l’on pouvait se poser à l’écoute des discours plutôt louangeurs des participants du cinquième Forum des IRT, le 28 novembre, à la Maison de la RATP. En guise d’introduction, le commissaire général du Commissariat général à l’investissement (CGI), Louis Schweitzer, a voulu faire un point d’étape sur la croissance des IRT. « Les IRT ont dépassé le stade de l’enfance et de l’adolescence », a-t-il affirmé. Ils ont effectivement des statistiques flatteuses à présenter. Ils ont été à l’origine de 236 brevets et de la création de 60 plateformes technologiques depuis leur création, en 2012. Mieux, leurs activités s’accélèrent. Le nombre de transferts de technologies est monté à 201 sur l’année 2017, contre 104 fin 2016. Mais les IRT n’ont pas encore atteint l’âge adulte, a voulu laisser entendre en creux Louis Schweitzer. C’est pourquoi, selon lui, il était important qu’ils obtiennent l’assurance d’être à nouveau accompagnés par l’Etat pendant encore cinq ans. C’est désormais chose faite, selon l’ancien PDG de Renault. Rendez-vous en 2025, donc.

Cette introduction a permis de mettre en lumière les progrès réalisé depuis leurs débuts. C’est peu dire que l’utilité des IRT n’était pas évidente lors de leur création. Quelques-uns des participants l’ont rappelé, les ambitions des instituts à leurs débuts étaient démesurées. Décidés à acquérir leur autonomie financière très rapidement, ils voulaient tirer une grande part de leurs ressources des royalties des brevets qu’ils contribueraient à créer. On ne faisait pas plus bel épouvantail pour les entreprises. Depuis, plusieurs problèmes ont été levés. « La question de la propriété intellectuelle a été réglée », a affirmé Gilbert Casamatta, président de l’IRT Saint-Exupéry et vice-président de FIT, lors d’un point presse en amont du Forum. Au départ très proches des grands groupes, les IRT ont également regagné du terrain auprès des start-up et des PME en créant des passerelles vers ces acteurs. L’IRT SystemX a mis en place en 2016 le programme START@SystemX pour favoriser les collaborations entre les start-up et les grands groupes. L’IRT Jules-Verne, lui, a lancé en 2017 le programme Accès PME destiné à faciliter l’accès à l’IRT. La moitié des IRT ont désormais des programmes à destination des PME. Enfin, ils ont commencé à obtenir un début de visibilité à l’international. En 2017, par exemple, l’IRT B-Com a obtenu le Technology Innovation Award lors du NabShow, le premier salon mondial dédié à l’audiovisuel, pour sa technologie de conversion de formats audiovisuels.

40 ETP pour la recherche dans les IRT
Aujourd’hui, les IRT sont bien positionnés sur toutes les filières stratégiques françaises. Parmi les projets les plus innovants actuellement en cours, on peut citer le projet TC-Rail de l’IRT Railenium sur le train autonome, ou le projet européen H2020 TRANSVAC2 sur la mise en réseau des capacités d’innovations européennes autour de vaccins, auquel participe l’IRT Bioaster. Reste un point noir : les IRT peinent encore à attirer les chercheurs. « Actuellement, seulement 16 % des effectifs des programmes des IRT sont constitués de chercheurs », reconnaît Gilbert Casamatta. Les IRT n’ont actuellement que 40 ETP en matière de recherche publique à leur disposition. Parmi les pistes d’amélioration, la possibilité de changer les statuts des IRT ou créer de nouvelles incitations financières sont évoqués par exemple.

Enfin, comme l’a rappelé le directeur de cabinet du Mesri, Philippe Baptiste, en guise de conclusion du Forum, une des autres problématiques pour les IRT dans les années à venir sera de trouver un modèle économique pérenne. Une conclusion en guise d’avertissement. Rendez-vous en 2025.


Vincent Marcatté, président de FIT et président de l’IRT B-Com

 Interview de Vincent Marcatté, président de FIT et président de l’IRT B-Com 

Comment amener les chercheurs à davantage travailler avec les IRT ?
Ce qui attire les chercheurs, ce sont notamment des projets qui font rêver. Nous espérons que les premiers chercheurs qui sont dans nos IRT sauront convaincre leurs collègues de l’intérêt qu’il y a à travailler dans les IRT. Si les projets sont bons, cela aidera. Mais ça ne suffit pas. Il y a aussi un problème de modalité. Les IRT sont des structures différentes, et on voit que la mise à disposition pose parfois problème. Il faut que le chercheur, son laboratoire et sa structure y trouvent tous un intérêt.

Est-ce qu’il faudrait penser à une incitation financière ?
Il y a déjà des retours financiers vers les structures, mais cela n’est pas forcément suffisant. On peut imaginer que la contribution d’un institut Carnot lui donne droit à un abondement lié à la part privée mise par l’IRT dans le projet. Pour améliorer les relations avec les chercheurs, Philippe Baptiste a mentionné que Michel Cosnard, du Hcéres (Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur), nous a tendu la main. Il connaît les problématiques industrielles et celles de l’enseignement et de la recherche, il peut nous aider.

L’objectif d’un autofinancement est-il toujours votre horizon ?
Non, cela n’a jamais été le cas. Nous pensons que l’aide de l’Etat est obligatoire. Nous estimons que 33 % est le bon niveau de financement de l’Etat. Un autre tiers viendrait du secteur privé, un autre des appels à projets européens, de la valorisation de la PI ou des collectivités territoriales.

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