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Novembre 2017

L’Ile-de-France ambitionne d’être la première région mondiale

[Article du 27/11/2017]

Jérôme Chartier, vice-président de la Région Ile-de-France, revient pour « Innovation Review » sur les grands axes du schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation de la région capitale. Bénéficiant de nombreux atouts, la Région veut soutenir l’innovation et la production pour faire de l’Ile-de-France une région phare à l’horizon 2030.

• Qu’est-ce qui a changé sur le fond ?
Avant la loi NOTRe, tout le monde faisait du développement économique. Les entrepreneurs devaient frapper à plusieurs portes sans savoir ce qu’ils allaient trouver. Ils devaient multiplier les demandes. La loi a rationnalisé les choses avec un seul chef de file et un seul interlocuteur. Et ça fonctionne. Le Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation est là pour achever cette vision.

• Le premier axe de votre SRDEII adopté en décembre 2016 est l’investissement sur l’attractivité de l’Ile-de-France. Quelles sont vos actions ?
Nous nous battons pour l’attractivité, c’est un enjeu majeur pour l’emploi : en 2016, 359 investissements interna-tionaux ont eu lieu en Ile-de-France, ce qui représente 6 635 emplois. C’est aussi un enjeu majeur pour l’innovation : nous voulons attirer plus d’entreprises, de talents, pour conforter la région dans sa position de pôle d’innovation majeur au niveau mondial.
La Région a financé plusieurs campagnes de publicité digitale et physique qui capitalisent sur la marque Paris Région. Elles visent à changer l’image de Paris et de l’Ile-de-France, qui ne doivent pas être vus uniquement comme une destination touristique, mais aussi comme une destination pour faire des affaires : localisation stratégique, taille et diversification de l’économie, concentration de grands groupes et de start-up, excellence académique, facilité de recrutement.De plus, la Région s’investit fortement pour améliorer les transports et l’offre scolaire internationale. Ces sujets sont travaillés et débattus au sein d’un Conseil stratégique pour l’attractivité et l’emploi que Valérie Pécresse a nommé et qui a publié un recueil de trente propositions aux pouvoirs publics.

• Comment avez-vous choisi d’articuler les acteurs de l’attractivité?
La Région est le chef d’orchestre de la campagne de relocalisation des activités financières et de sièges d’entreprises en Ile-de France. Depuis juin 2016, nous menons une bataille pour attirer les entreprises déçues du Brexit, mais pas uniquement. En novembre 2016, nous avons ouvert un guichet unique « Choose Paris Region », situé au sein des locaux de Paris Région Entreprise (PRE). Il permet de présenter un visage uni aux investisseurs étrangers et regroupe Business France, PRE, la CCI Paris-Ile-de-France, la Ville de Paris, la Métropole du Grand Paris et les différentes collectivités. La coopération est très bonne. Ce guichet fonctionne bien et les retours sont positifs.
PRE intervient en complément du travail de Business France pour identifier des prospects dans les pays stratégiques, et le SRDEII prévoit qu’il est le point d’entrée opérationnel unique des entreprises ou des investisseurs qui souhaitent s’installer en Ile-de-France. PRE redirige ainsi les flux vers les collectivités infrarégionales afin de conduire une politique équilibrée d’aménagement d’un territoire s’appuyant sur l’attractivité des différents territoires. Nous sommes allés encore plus loin dans les synergies entre tous ceux qui agissent en faveur de l’attractivité en rapprochant PRE et Paris Capitale Economique.
Cette stratégie globale porte ses fruits. Pour ne citer que quelques exemples, China Exim Bank vient de renforcer ses effectifs en Ile-de-France, et la Bank of Communication, cinquième banque commerciale chinoise, s’est installée à Paris. En janvier, HSBC a annoncé qu’elle transférerait 1 000 emplois de Londres à Paris, et Amazon Web Services qu’il ouvrirait trois datacenters dans la région en 2017. Il y a deux ans, Facebook a mis en place un laboratoire avec une équipe de recherche à Paris dans le domaine de l’intelligence artificielle. Cisco a également annoncé un investissement de 200 millions d’euros en Ile-de-France. En février dernier, la multinationale japonaise Fujitsu a annoncé un investissement de 50 millions d’euros sur cinq ans pour soutenir la transformation numérique.

• Comment sont organisés les dispositifs d’aide aux entreprises en Ile-de-France?
Nous avions vingt-sept produits dans lesquels on se perdait. Aujourd’hui, nous en avons quatre : Back’up pour les entreprises en situation difficile passagère ; TP’up, qui apporte un soutien aux stratégies de croissance et de modernisation des TPE, notamment face aux transformations numériques et écologiques ; Innov’up pour des aides à la faisabilité, au développement et à l’expérimentation et au prototypage ; et PM’up pour accompagner la croissance des PME. Via PM’up, nous valorisons fortement le développement à l’international : sur 200 entreprises accompagnées en 2016 dans le cadre de PM’up, 90 % ont utilisé une partie de la subvention pour leur développement à l’international. L’effort a été augmenté avec un budget PM’up passé de 27,8 millions d’euros en 2016 à 36,5 millions en 2017. Parmi les pistes de travail qui seront creusées : renforcer notre approche collaborative de l’export, créer des groupes de travail d’exportateurs, développer des marketplace « Ile-de-France » pour permettre aux entreprises d’exporter sans se déplacer et développer le tourisme d’affaires, qui est une priorité régionale.
Le Fonds régional de garantie est un autre dispositif important. Il a pour objectif de faciliter l’octroi de prêts bancaires à tout type de PME francilienne, pour tout besoin de financement (création, reprise, développement, investissement…), en partageant une part du risque avec le banquier. Un prêt peut ainsi être co-garanti jusqu’à 70 % : 5 % par le Fonds régional et 35 % par Bpifrance (qui apporte 1 euro pour chaque euro du Fonds régional). La Région couvre le risque que le prêt ne soit pas remboursé, et permet ainsi aux entreprises de se développer plus facilement. Depuis l’arrivée du nouvel exécutif, en décembre 2015, la Région a décidé d’en doubler le volume pour atteindre 600 millions d’euros par an et de tripler le nombre de bénéficiaires jusqu’à 3 000 par an.

• Comment déclinez-vous l’action dans les territoires ?
Les territoires franciliens sont très actifs dans leur réflexion sur leur attractivité propre et sur les atouts économiques qu’ils doivent développer. PRE est là pour les accompagner dans cette réflexion et pour unifier les initiatives. Par exemple, la Région développe une cartographie de toutes les start-up, des lieux d’incubation et de co-working à l’échelle de l’Ile-de-France. Ces outils sont à la disposition des territoires et sont pensés sur un mode collaboratif et en open data. PRE organise par ailleurs des tours aux investisseurs pour leur faire connaître les écosystèmes d’innovation, en particulier sur un certain nombre de territoires stratégiques définis dans la stratégie régionale : par exemple, à travers le programme Paris Region Innovation Booster et avec l’appui des sociétés d’accélération du transfert de technologies (SATT) franciliennes, les entreprises étrangères ont un point d’accès unique à plus de 1 000 laboratoires et 40 000 chercheurs pour faciliter les collaborations et co-investir dans le développement de prototypes. Ces programmes sont très appréciés à la fois des entreprises et des acteurs locaux. J’ajoute qu’à l’horizon 2020, tous les territoires seront équipés de la fibre optique.

• Quelle place occupe l’international ?
Le volet international est au cœur du SRDEII. L’internationalisation des entreprises franciliennes est nécessaire pour réduire le déficit régional des échanges (53,4 milliards en 2015). Nous menons notamment cette réflexion en lien étroit avec la stratégie pour l’industrie que nous avons adoptée en juillet : nos entreprises, en particulier les petites et moyennes, ne doivent plus avoir peur de se tourner vers l’international. 31 273 entreprises qui ont leur siège social en Ile-de-France constituent l’appareil exportateur, à mettre en regard avec les 125 000 exportateurs de biens en France en 2015. Un travail important est en cours avec la finalisation d’un nouveau plan régional d’internationalisation des entreprises (PRIE). Le passage en Conseil régional est prévu pour le premier trimestre 2018.

L’Ile-de-France organise ses filières d’avenir
Béatrice Falise-Misat, déléguée générale du pôle Medicen.

L’Ile-de-France organise ses filières d’avenir

La Région concentre une grande part de la richesse en recherche et en innovation de France. Reste qu’elle veut encore consolider son rang européen, voire mondial, en développant une politique ciblée de filières. « Innovation Review » revient sur trois d’entre elles qui pourraient propulser l’Ile-de-France à la pointe de la recherche mondiale.

Avec 7 000 brevets déposés par an, 40 % des dépenses intérieures de R&D et 10 000 start-up, l’Ile-de-France concentre un grand nombre d’atouts. Dans son SRDEII, la Région semble toutefois consciente que son rôle est de construire ces atouts sous la forme de filières. Elle a notamment identifié sept filières stratégiques qu’elle a accompagnées en entreprenant un travail de clustérisation.

Santé : l’innovation portée par les hôpitaux
Le secteur de la santé est une des priorités de la Région en matière de filière stratégique, et peut déjà compter sur des pôles de recherche en pointe comme le Genopole à Evry, l’Upec à Créteil ou la Silver Valley à Ivry. Ces centres bénéficient également de la présence en Ile-de-France de pôles de recherche forts dans l’ingénierie ou le numérique. « L’innovation en santé est de plus en plus transversale, avec de plus en plus d’ingénierie et de numérique », explique Beatrice Falise-Misat, déléguée générale du pôle Medicen. C’est de l’Ecole polytechnique que sont sorties par exemple les start-up Cardiologs ou Dreem.
L’Ile-de-France est particulièrement en pointe dans certains domaines, comme l’oncologie. Les chercheurs français dans cette discipline seraient au quatrième rang mondial au nombre de publications selon l’INCa (Institut national du cancer). Grâce aux Plan Cancer, l’écosystème a pu notamment se structurer très tôt. Ainsi, l’Institut Curie, l’Institut Pasteur ou l’Institut Gustave-Roussy, qui s’est doté d’un Cancer Campus, sont réunis autour du Canceropole IDF. C’est ce rapprochement qui a permis par exemple de présenter une candidature commune à l’appel d’offre du plan France Médecine Génomique 2025 à propos de la mise en place d’une plateforme génomique, et le succès du projet SeqOIA (Sequencing, Omics, Information Analysis) cette année. « C’était la première fois que ces acteurs présentaient un projet commun avec une ambition aussi importante », explique Amaury Martin, en charge de la valorisation et des partenariats industriels à l’Institut Curie.
L’avenir de la filière santé repose aussi sur la capacité des centres académiques d’Ile-de-France à valoriser leur recherche. La Région compte notamment sur le développement d’un écosystème de start-up pour faire émerger les leaders de demain en développant des lieux pour l’innovation ouverte, comme le Lab Santé Ile-de-France. « Ce sont toutefois les incubateurs au contact des hôpitaux et des centres de recherche qui marchent le mieux, comme l’incubateur Paris Biotech Santé (PBS) de l’Institut Cochin. C’est la voie privilégiée pour l’Institut Curie dans le futur », témoigne Amaury Martin.


DigiHall.

Le numérique, entre Saclay et Station F
Le numérique est déjà un des axes forts de la Région. En 2015, l’Ile-de-France accueillait à elle seule 20 000 entreprises du numérique, 70 écoles et universités ainsi que les pôles de compétitivité Cap Digitial et Systematic. Le numérique est d’ailleurs surreprésenté en Ile-de-France, avec 9 % de l’emploi francilien, contre seulement 3 % en province en 2014. En 2016, Capgemini classait Paris dans le Top 3 des écosystèmes de l’innovation. Le secteur est activement soutenu par la Région, qui a décidé cette année de placer les différents évènements comme Vivatech, Forum TER@TEC, Ouishare Fest ou Futur en Seine sous le même label « Paris Region Smart Weeks ».
En matière de recherche, la Région pousse rois secteurs : la science des données, les systèmes cyberphysiques et le manufacturing (industrie du futur). La construction, actuellement, d’un hub numérique à Saclay autour de l’IRT SystemX, du pôle Systematic, du CEA List, de l’Inria ou encore de l’Institut Mines Telecom s’inscrit dans cette démarche. L’outil Digitec inauguré cette année à Paris Saclay, rebaptisé DigiHall, symbolise notamment la volonté de concentrer dans un hub la recherche et les entreprises. Destiné à prendre la suite du site Nano-Innov dans un nouveau bâtiment qui doublera sa taille, ce lieu veut devenir le guichet unique des industriels souhaitant mener un projet de recherche collaboratif dans l’IA, la cyberphysique ou l’industrie du futur. L’atout de DigiHall, c’est de concentrer tout l’arc de maturités des technologies du numérique, avec deux extrêmes, l’Inria dans la recherche fondamentale et le CEA List dans la recherche appliquée. « Notre ambition, c’est que lorsque les industriels viennent nous voir avec une demande de composant, nous puissions leur proposer une proposition technologique grâce à notre réseau », explique Philippe Watteau, directeur du CEA List et initiateur de DigiHall.
Le lieu a déjà commencé à produire un effet structurant sur la région, notamment sur les acteurs du véhicule autonome. Alors que l’Utac-Ceram, l’agence d’homologation des véhicules, a été associée au projet, Renault, déjà présent à Nano-Inno, devrait être un acteur important de DigiHall. « Au-delà du véhicule autonome, il y a le rail, le drone, l’aéronautique, tout ce qui touche au transport en fait », explique Philippe Watteau. Ce n’est pas un hasard si Safran a choisi Saclay pour installer son centre de R&D Safran Tech. Paris Saclay devrait également profiter de la constitution d’incubateurs majeurs en Ile-de- France, à l’image de Station F, pour améliorer encore la valorisation de ses recherches. « Nous travaillons déjà avec des start-up comme ConnectingFood, qui travaille sur la chaîne alimentaire via la blockchain. Ils viennent à Saclay prendre la technologie, mais ils sont incubés à Station F », souligne Philippe Watteau.

 


Nicolas Aubourg, président du pôle Astech.

Aéronautique : l’ile-de-France détrônera-t-elle Toulouse ?
Peu de gens savent que l’aéronautique compte pour une part importante des emplois industriels d’ile de France5. L’aéronautique francilien regroupe près 100 000 personnes, et pèse 43% du budget R&D de France, ce qui en fait d’ailleurs la première région aéronautique d’Europe67. « Nous n’avons pas de d’école spécialisée sur l’aéronautique, ce qui nous rend moins visibles, mais nous avons des acteurs forts comme l’IRT SystemX ou l’Onera » explique le président du Pole Astech Nicolas Aubourg. L’Ile-de-France s’est plus spécifiquement spécialisée sur le secteur de la propulsion, avec 60 % des effectifs hexagonaux autour notamment de Safran et de Thales. C’est d’ailleurs cette présence d’équipementiers (OEM) qui fait la force de l’écosystème francilien. « A côté de Dassault Aviation, l’Ile-de- France a une forte présence d’équipementiers, comme Zodiac ou Thales. Or, les équipementiers vont jouer un rôle de plus en plus important dans les années à venir », précise Nicolas Aubourg. A l’image de ce que vit l’automobile actuellement, la valeur ajoutée des avions vient de plus en plus des équipements, dans la connectivité, les moteurs, l’énergie consommée… A titre d’exemple, c’est sur le site de Safran à Villaroche qu’a été construite la propulsion électrique du dernier satellite Eutelsat.
Ces équipementiers favorisent les innovations trans-filières. La signature cette année d’un accord entre Safran et Valeo illustre bien les passerelles entre les secteurs. Ces acteurs s’associent également autour de projets de recherche touchant à l’industrie du futur. Ainsi, des acteurs aussi différents qu’EDF, Safran ou encore Air Liquide participent à la création de la plateforme Additive Factory Hub à Saclay et à celle du centre de formation des opérateurs de l’aéronautique autour de l’industrie 4.0 à Boudoufle. Il reste toutefois beaucoup à faire pour structurer cette filière qui avance encore en ordre dispersé. L’échec du projet Aigle, un projet de centre de recherche autour de l’innovation ouverte, montre que le secteur manque encore de leadership.

 

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