Logo Innovation Review

Mon compte

Se connecter

Novembre 2017

Les timides débuts d’une filière robotique agricole

[Article du 17/11/2017]

Fin octobre, 37 acteurs engagés dans le secteur de la robotique et de l’agriculture se sont regroupés pour former l’association RobAgri. L’objectif : créer une plateforme d’échanges pour inciter au montage de projets communs dans la robotique agricole. Si l’association compte déjà quelques grands noms de l’agro-industrie installés en France, RobAgri se veut d’abord un lieu d’échanges.


Projet Safeplatoon, Irstea Coopération de machines © Irstea

Bientôt, des troupeaux de robots pourraient remplacer les troupeaux de moutons dans les champs. Par petits groupes, autour d’un tracteur piloté, ces robots pourraient réaliser des actions de désherbage ou de pulvérisation. Ils dialogueraient même entre eux pour se coordonner et s’adapter aux caractéristiques des sols. L’objectif de ce projet, baptisé SafePlatoon et mené actuellement par l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l'agriculture (Irstea), est de remplacer les tracteurs géants. De plus en plus imposants, ils finissent par compacter les sols, réduire leur fertilité et leur capacité à absorber du carbone. En prime, l’utilisation de plus petits tracteurs faciliterait leur conversion à des sources de carburants renouvelables, comme l’hydrogène.
La robotique agricole n’est pas un secteur nouveau. Dès les années 1980, l’Irstea développait un premier robot cueilleur : Magali. Mais la robotique a pris un nouvel élan ces dernières années, avec l’amélioration et la baisse des coûts des technologies de robotique. L’agriculture s’est rapidement intéressée à ces technologies, notamment parce qu’elles pourraient apporter des solutions à trois de ses défis actuels : la raréfaction de la main-d’œuvre agricole, l’amélioration de la productivité, et une meilleure protection de l’environnement. La robotique agricole est d’ailleurs au deuxième rang des marchés de la robotique, juste derrière les drones militaires. Le marché pourrait atteindre 10 milliards de dollars en 2022, contre 3 en 2016, selon le centre américain IDTechex1.
Tous les grands pays agricoles mènent des projets sur le sujet. Les Etats-Unis sont en tête avec un tiers des acteurs qui comptent sur le marché, selon une étude du ministère français des Affaires étrangères. La start-up Blue River a par exemple levé 15 milliards de dollars en 2015 pour son robot pulvérisateur, et a été rachetée cette année par le géant John-Deere2. Plus innovant encore, Google a investi dans une société développant un robot de récolte de pommes, Abundant Robotics. En France, la start-up Naïo Technologies développe plusieurs robots, dont le robot enjambeur TED pour le désherbage des vignes.

Trois types de robots agricoles disponibles

L’Irstea se veut toutefois très prudent sur les récentes évolutions du secteur. Michel Berducat, directeur adjoint de l'unité de recherche TSCF à Clermont-Ferrand, rappelle qu’il existe trois types de robots agricoles dont les maturités sont très différentes : les robots qui n’ont pas de contact physique avec la végétation, ceux avec contact sans action de préhension, et ceux avec contact et préhension. Pour l’instant, ce sont les robots de niveau 1 qui sont les plus disponibles sur le marché. Un des premiers commercialisés par la société allemande Raussendorf dès 2011 a été le robot Cäsar, capable de réaliser des actions de pulvérisation. Pour les robots de niveau 2, on retrouve par exemple le français Naio, avec Oz, ou VitiBot, avec ses « chenilles » de robots.  Le niveau 3, enfin, est exploré par des sociétés comme l’israélien FFRobotics ou Google. Pour l’instant, le taux de récolte de ces robots plafonne à 90 %, ce qui représente encore un frein à leur adoption.

Un robot autonome plus complexe qu’une voiture autonome
La filière doit ainsi encore gagner en maturité. Une des solutions envisagées par les porteurs de la plateforme RobAgri est d’emprunter des briques technologies aux secteurs de la voiture autonome ou de l’industrie du futur. Le constructeur d’AGV autonome, BA Systems, fait par exemple partie de RobAgri. Michel Berducat se félicite également de la venue du constructeur de capteurs pour l’industrie, comme SICK-France dans RobAgri. « Notre objectif, c’est de faire venir des acteurs les plus transversaux possibles, comme dans la voiture autonome. » Mais le marché ne devrait pas décoller aussi vite que ce qui est attendu pour la voiture autonome, notamment parce qu’un tracteur autonome reste plus complexe qu’une voiture autonome. « Les voitures autonomes évoluent dans des milieux artificiels. Sur une route ou une autoroute, on bénéficie de marquage standardisé. Dans une ville, tout reste géométrique. Dans la robotique agricole, le milieu est complexe et changeant. Lorsqu’il pleut, par exemple, c’est gênant pour une voiture sur route. Mais, dans l’agriculture, les effets sont multipliés par 10 ; le terrain devient meuble et glissant », explique Michel Berducat.

 

 

Trois start-up d’avenir dans la robotique agricole

Trois start-up d’avenir dans la robotique agricole

 DeepField Robotics 

La branche robotique de l’industriel Bosch développe avec plusieurs partenaires des robots agricoles capables d’analyser et de traiter les données de cultures, ou de réaliser des opérations de désherbage. Son robot Bonirob, par exemple, est à même de répandre des engrais ou de désherber en fonction de ses relevés. Il se base sur des données GPS, et peut suivre dans le temps l’évolution des cultures.

 

 

 

 Naïo Technologies 

La start-up toulousaine a présenté récemment le robot Dino, conçu pour désherber et biner les grandes exploitations de manière autonome. Elle a également développé Bob, pour le désherbage des vignobles ; Oz, pour désherber et biner les cultures, et Ted, pour les vignes. La start-up a récemment reçu le Passe French Tech.

 

 

 

 

 FFRobotics 
La start-up israélienne développe un robot cueilleur de pommes. Muni d’une pince, il peut remplacer l’homme sur cette activité. Il serait d’ailleurs dix fois plus productif qu’un ramasseur. Ce robot devrait prochainement être testé dans la région de Washington, aux Etats-Unis.

Florent Detroy

Mentions légales - Réalisation : 3W Media