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Septembre 2017

Filières & pôles d’excellence

[Article du 01/09/2017]

Région marquée par le poids de l’emploi industriel, il était naturel que le Grand Est en fasse un axe majeur d’innovation. Tout en mettant l’accent sur l’industrie du futur, la région a également mis la santé et l’agriculture au cœur de sa stratégie. Désormais, le défi est d’arriver à booster la compétitivité de ses filières historiques et de faire de sa position géographique un atout stratégique.

GRAND EST

GRAND EST

Deuxième région industrielle de province en termes d’emplois, première région agricole de France, la nouvelle région Grand Est est engagée de plain-pied dans le virage de la transition économique. Située au cœur de l’Europe, sa position géographique est un atout certain pour conquérir les marchés européens. Mais il s’agit d’une arme à double tranchant : si le Grand Est se classe troisième pour l’accueil des projets d’investissements étrangers créateurs d’emplois en France, cette position signifie aussi une dépendance marquée à l’égard des investisseurs étrangers, notamment allemands. Sans compter la concurrence directe des entreprises implantées Outre-Rhin. Par ailleurs, la fermeture médiatique des hauts fourneaux de l’usine d’ArcelorMittal à Florange, en Moselle, est devenue le symbole de la désindustrialisation que connaît la région.
Autant de raisons de se concentrer sur les moyens de soutenir l’innovation et la compétitivité de son industrie. C’est ainsi que le nouveau SRDEII adopté par la région met l’accent sur l’industrie du futur.

L’industrie, au cœur de la stratégie de spécialisation régionale
Terre d’accueil historique des poids lourds de la sidérurgie, du textile ou encore de l’automobile, plus d’une centaine d’entreprises industrielles leaders ont été identifiées sur le territoire du Grand Est, aux côtés de structures dédiées à la recherche en innovation industrielle comme l’Institut de Recherche Technologique M2P, à Metz. Parmi les grands acteurs de la filière, le groupe PSA à Mulhouse, l’usine Solvay dans le Haut-Rhin ou encore la filiale française de l’équipementier allemand ThyssenKrupp, à Florange.
En misant sur le numérique, la robotique ou encore la fabrication additive, la région veut soutenir la consolidation d’écosystèmes au service de sa tradition industrielle. Spécialisé dans l’innovation collaborative en matériaux et procédés, le pôle de compétitivité Materalia est partie prenante de la structuration de la filière fabrication additive. « 25% des chercheurs français travaillant dans ce domaine sont situés dans le Grand Est » fait valoir André Falchi, le directeur général de Materalia. C’est ainsi que le pôle a inauguré fin 2016, à Charleville-Mézières, la plateforme « Platinum 3D », qui met au service des entreprises métallurgiques de la région l’impression 3D pour concevoir leurs pré-séries et faciliter la mise en route de projets de R&D.
C’est l’autre mission de Materalia : favoriser le développement des PMI du territoire grâce à l’industrialisation d’innovations à base de matériaux. D’autant que la région fait face à un taux de création d’entreprises inférieur à la moyenne nationale et à un taux de défaillance supérieur. « Il n’est pas toujours évident d’identifier les besoins des PME, souligne André Falchi. Il faut aller à leur rencontre ».  Pour favoriser la diffusion de l’innovation, Materalia organise des « ateliers de créativité et de montée en gamme », qui rassemblent des acteurs de la filière dans le but de faire émerger des produits innovants.
Terre d’accueil des grands constructeurs automobiles, la région est également en pole position sur la thématique de la mobilité intelligente. Tout un écosystème s’est organisé autour du pôle de compétitivité Véhicule du Futur. L’objectif est de faire du Grand Est une région pilote sur cette thématique, en intégrant les technologies numériques et les problématiques d’intermodalité. Sa position géographique stratégique a d’ailleurs permis à la région d’accueillir à Strasbourg, en juin dernier, la première démonstration transfrontalière de navettes autonomes, de part et d’autre du Rhin.  

La bioéconomie, une filière d’avenir
Mais l’industrie n’est pas le seul moteur de l’innovation régionale. Du fait de son potentiel agricole et forestier (Le Grand Est est la 2e région française au niveau de l’exploitation du bois), la région mise gros sur la filière « bioéconomie », qui intègre à la fois l’agroalimentaire, l’énergie, les bio-matériaux ou encore la chimie verte. Cette filière est organisée autour du pôle de compétitivité bi-régional Industrie et Agro-ressources (IAR), à cheval sur la Picardie et la Champagne-Ardenne. « On est sur une filière très peu structurée, indique Antoine Peeters, responsable Partenariats et Relations Extérieures du pôle. L’IAR s’est imposé au niveau national comme le centre de gravité sur cette thématique ».
Le pôle offre un accompagnement à la fois financier et technique aux entreprises. En plus d’aider les candidats à monter les dossiers de levée de fonds, il a notamment mis sur pied le Club IAR-Invest, qui regroupe des investisseurs potentiels nationaux et régionaux. « On soutient aussi les entreprises dans le développement de leur marché en faisant des missions exploratoires, par exemple sur la biologie de synthèse en Californie », souligne Antoine Peeters.
Au-delà de ces initiatives, le pôle a développé une forte activité à l’international. Il a notamment mis sur pied le club « IAR do Brasil », qui fédère les acteurs français et brésiliens de la filière. « Du fait de ses ressources naturelles importantes, la filière est historiquement très développée au Brésil, que ce soit au niveau des biocarburants ou de la chimie végétale », fait valoir Antoine Peeters. Par ailleurs, le pôle a lancé en 2015 avec ses homologues hollandais, allemand et britannique le premier intercluster dédié à la bioéconomie, intitulé «3BI» (Brokering Bio-Based Innovation). « Notre prochain objectif est de mettre sur pied une filière de la protéine française représentant toute la chaîne de valeur, depuis la production jusqu’à la grande distribution », indique Antoine Peeters.

À la pointe des medtech
Autre filière qui bénéficie dans la région d’un écosystème particulièrement favorable, la santé. « L’une des grandes forces du territoire en la matière, c’est l’université de Strasbourg [à l’origine de quatre prix Nobel, NDLR], indique Guillaume Facchi, directeur des opérations du pôle de compétitivité Alsace BioValley. Il y a également l’Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif (Ircad), dirigé par le célèbre Pr Marescaux, le laboratoire ICube, à la pointe de l’imagerie robotique, ou encore l’Institut hospitalo-universitaire de Strasbourg (IHU), un centre de soins et de recherche en chirurgie mini-invasive guidée par l’image ». C’est d’ailleurs à Strasbourg que naîtra le futur campus des technologies médicales, NextMed. Ce projet, qui devrait voir le jour d’ici 2020, a pour objectif de faire de la métropole un centre majeur des MedTech en regroupant les acteurs régionaux de la filière.
A leurs côtés, le pôle Alsace BioValley a pour vocation de soutenir le développement des entreprises du médicament et des technologies médicales. « On a notamment contribué à la mise en place depuis un an des ‘Défis Santé Numérique’, un projet retenu dans le cadre du plan Investissements d’Avenir », indique Guillaume Facchi. A l’occasion de cet événement, des start-up ou PME sont invitées à proposer des solutions pour répondre à un besoin exprimé par les acteurs de la santé (grands groupe, cliniques, instituts…). Les entreprises sont également conviées à des « ateliers de design thinking » pour faire émerger des solutions innovantes. « Aux côtés de l’université de Strasbourg, nous sommes également à l’origine du projet d’usine-école Ease, ajoute Guillaume Facchi. L’objectif de cette structure est de permettre une immersion en milieu industriel pour mieux maîtriser les techniques de fabrication ».
Mais l’avenir est également au développement de projets interfilières « Les six pôles de compétitivité de la région sont en train de travailler à la mise en place de projets collaboratifs, indique le directeur des opérations du pôle Alsace BioValley. Par exemple, on pourrait réfléchir à des véhicules conçus de manière à réduire les situations de pénibilité, ou bien aux différents moyens de favoriser le maintien à domicile ». Rendez-vous dans quelques mois pour faire le bilan de ces initiatives.

Catherine Quignon

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