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Septembre 2017

La valorisation passe de plus en plus par les start-up

[Article du 01/09/2017]

Le Congrès des professionnels de la valorisation organisé par le réseau C.U.R.I.E fin juin à Marseille a été l’occasion d’aborder les prochains défis que vont devoir affronter les professionnels de la valorisation. L’évènement a notamment mis en lumière le besoin de mieux structurer l’offre du secteur en matière de création d’entreprises. Des plus en plus de chercheurs sont tentés par l’aventure entrepreneuriale, ce qui nécessite de mobiliser des ressources aussi bien juridiques, économiques qu’humaines.

Le vainqueur du concours organisé par le dernier Congrès du Réseau C.U.R.I.E en dit long sur les nouveaux enjeux que doivent affronter les acteurs de la valorisation. Placé sous le thème de la « communication », le Congrès organisait un concours de vidéos promotionnelles entre les différents acteurs de la valorisation. A l’issu d’un vote pour départager les 4 finalistes, c’est l’INP Grenoble qui s’est imposé. Son pitch ? Une vidéo animée présentant la loi de l’innovation de 1999. En particulier, la vidéo décryptait les modalités encadrant la possibilité donnée à un ou plusieurs chercheurs de créer une entreprise afin de valoriser leur recherche. Le choix de la salle à voter pour cette vidéo a tenu manifestement autant à la qualité du pitch de l’INP Grenoble qu’au thème choisi. Car les professionnels de la valorisation sont de plus en plus confrontés à des chercheurs qui souhaitent désormais créer leur entreprise. « On observe un phénomène de mode associé à la création d’entreprise » explique Nacer Boubenna, chargé de mission à Inserm Transfert. Une vidéo pédagogique sur les règles qui encadrent cette activité tombait ainsi à point nommé.

Apporter les compétences nécessaires
Comparé à l’autre grande activité des acteurs de la valorisation, licencier une technologie afin de la transférer à une entreprise, la construction d’une start-up demande des compétences différentes de la part des chargés de valorisation. Ils doivent apporter toutes les compétences nécessaires aux chercheurs ou aux équipes dirigeantes pour monter la start-up. Une de leurs tâches premières est de s’assurer qu’il y a un marché pour la découverte du chercheur. Car tous n’ont pas une idée claire du marché visé. « Parfois, les chercheurs viennent même nous voir pour savoir ce qui est valorisable dans leur portefeuille de brevets » explique Nacer Boubenna. L’acteur de la valorisation est alors chargé de mener une étude de marché. Certains organismes de recherche sont capables d’assurer eux-mêmes cette tâche. D’autres acteurs moins spécialisés, sous-traitent cette partie, notamment lorsque le marché nécessite des connaissances pointues. C’est le cas de la société The Marketech Group. L’entreprise est spécialisée sur la valorisation des recherches médicales, notamment dans l’imagerie et les medtech. « Nous recherchons la "voice of customer", afin de s’assurer qu’il y a un besoin » explique Romain Labas, associé de l’entreprise. Elle entame alors des discussions avec les patients, les médecins ou encore les chercheurs d’industriels. C’est également le cas de Capital High Tech. Basée à Bordeaux, l’entreprise spécialiste du management de l’innovation est spécialisée sur le secteur du spatial, et compte des clients historiques comme le CNES.
La deuxième tâche des acteurs de la valorisation est d’apporter des compétences nécessaires, juridiques, RH, commerciales… « Très souvent, nos équipes ont des doubles compétences. Sur la propriété intellectuelle, ils ont des compétences à la fois juridiques et scientifiques » explique Nacer Boubenna. Le dépôt de brevet, quasiment indispensable pour les start-up, demande également des compétences précises dans le cas d’une valorisation. « L’objectif du chercheur est essentiellement de publier son travail. C’est parfois antinomique avec le dépôt de brevet » explique Ghislain de Trémiolles, associé du cabinet de conseil spécialisé en propriété industrielle Santarelli. Et valoriser une technologie issue de la recherche publique peut poser en prime des problèmes de répartition de la propriété. « La répartition de la propriété intellectuelle entre le chercheur et le laboratoire est parfois peu claire. Qui est le vrai propriétaire ? Cela demande une approche au cas par cas » continue Ghislain de Trémiolles. Parfois, les acteurs de la valorisation fournissent clef en main toutes les compétences nécessaires pour monter une start-up, des compétences juridiques jusqu’à l’équipe dirigeante. C’est le cas de Technofounders. L’entreprise va directement dans les laboratoires, et identifie les découvertes qui pourraient donner lieu à la création de start-up. « Nous offrons un positionnement à la carte au chercheur. Le chercheur peut décider de ne s’investir que quelques mois » affirme Olivier Le Blainvaux, cofondateur de l’entreprise. Technofounder se charge notamment de fournir une équipe à la start-up. « L’important, c’est de montrer qu’on peut comprendre leur science ». L’entreprise a ainsi développé ses collaborations avec des acteurs de la valorisation, et peut proposer de créer une start-up à partir des brevets que les acteurs sont chargés de valoriser. Technofounder et la SATT Sud-Est ont par exemple monté ensemble UV Boosting, une start-up qui commercialise une technologie de simulation les mécanismes naturels de défense des plantes afin de réduire l’usage de pesticides.

Les chercheurs ne sont pas tous de bons entrepreneurs
Les acteurs de la valorisation cherchent à lancer davantage de start-up. Car le lancement d’une start-up, s’il demande plus de travail, est plus gratifiant. C’est la promesse de travailler avec une équipe motivée, qui a besoin d’un accompagnement poussé. Afin de renforcer leur offre de services à destination des créateurs de start-up, certains services de valorisation se sont d’ailleurs dotés de leurs propres programmes d’accélération, comme la SATT Pulsalys. La SATT Sud-Est a elle signé des partenariats avec plusieurs incubateurs, comme l’incubateur interuniversitaire Impulse et La Belle de Mai, tous les deux basés à Marseille, ou encore Inizia, en Corse. Toutefois, un des défis des acteurs de la valorisation est d’arriver à faire accepter que le chercheur n’est pas forcément le mieux placé pour prendre les rênes de la start-up. De l’avis de plusieurs acteurs, l’habitude des chercheurs à travailler sans hiérarchie rend parfois compliqué le passage dans une structure d’entreprise plus contraignante, demandant davantage de compromis. « Il y a une sorte d’antinomie entre la rigueur scientifique du chercheur, et l’agilité que nécessite une start-up » reconnait un professionnel de la valorisation.
La même logique détermine en partie l’engagement de la cellule de valorisation de l’Inserm. « Nous valorisons la recherche vers une start-up seulement si les perspectives d’évolution de la technologie et du projet d’entreprise peuvent mener vers une PME. Des investisseurs privés ne nous soutiendront pas si le chercheur n’est pas prêt à garder un rôle scientifique et laisser la main à des professionnels avec un profil business pour ces aspects-là. Par exemple, nous devons lui faire comprendre qu’il va devoir vivre avec cette activité » explique Nacer Boubenna. C’est ce qui explique qu’un petit sondage sur le premier facteur de réussite d’une start-up lors du Congrès a placé en tête le profil du chercheur.

Les SATT sont encore de jeunes acteurs de la valorisation
Reste que tous les acteurs de la valorisation ne sont pas tous en mesure d’accompagner de la même manière les chercheurs dans leur souhait de créer une start-up. « Il y a des rigidités trop fortes dans les SATT, ces organismes sont encore jeunes » explique Marketech Group. Les acteurs de la valorisation peuvent également manquer d’expertise pour analyser les projets qui leur sont présentés. L’avenir de la valorisation pourrait ainsi être dans la coopération des différents acteurs de la valorisation, chacun se spécialisant dans ses compétences propres. « Les SATT ont les moyens de maturation que nous n’avons pas, explique Ludovic Hamon, responsable du pôle relations avec les entreprises et transfert technologique du CNRS. Elles ont notamment les moyens de faire des prototypes ». Ainsi, l’Inserm travaille de plus en plus avec les SATT. « Nous n’avons pas les moyens des SATT, en revanche, nous pouvons investir en pré-maturation dans des projets très amont que nous dérisquons. Après, nous pouvons diriger les projets vers les SATT » explique l’Inserm Transfert. Créer des complémentarités avec les organismes de valorisation régionale comme les SATT est un des défis d’avenir, a noté Denise Hirsch, directrice de la protection et des partenariats institutionnels d’Inserm Transfert.

 

 

3 questions à…

3 questions à…

Didier Lapierre, responsable de la valorisation et du transfert de technologie CNES

Le CNES mène des activités de recherche dans plusieurs secteurs de pointe, comme les télécommunications, l’électronique, l’optique, la mécanique et la biologie. Lors du Salon du Bourget, le centre de recherche aérospatiale a notamment mis en avant l’actualité de sa valorisation, en décernant plusieurs prix à des entreprises ayant valorisé plusieurs de ses résultats de recherche. Mais le CNES constate également que ses chercheurs sont de plus en plus attirés par l’aventure entrepreneuriale. Le nombre de start-up essaimées annuellement par le CNES est passé de 1 à 5 en quelques années.

• Est-ce que les chercheurs du CNES sont sensibilisés à la valorisation ?
Ils le sont un peu plus que d’autres d’abord parce qu’ils travaillent sur de la recherche appliquée en collaboration avec des industriels. Nous les sensibilisons aussi en les faisant participer à des « études flash » passées à des cabinets de marketing et de management de l’innovation. Nous réalisons également tous les deux ans un hackathon, appelé ActInSpace, Des défis sont proposés aux candidats basés sur les brevets de nos ingénieurs. Ils ont 24 heures pour apporter une solution. Nous avons annoncé la 3ème édition d’ActInSpace au dernier salon du Bourget, et nous avons déjà reçu l’intérêt d’une trentaine de pays et de 11 agences spatiales, dont la NASA, l’ESA, l’ISA (Israël), et même du Gabon. Ce type de concours suscite des vocations d’entrepreneurs chez nos ingénieurs.

 • Comment travaillez-vous avec les SATT ? 
Nous travaillons avec France Brevets [fonds d’investissement en propriété intellectuelle créé par l’Etat] ainsi qu’avec la SATT Toulouse Tech Transfer. Nous sommes également en train de préparer un partenariat avec le réseau SATT. Elles peuvent mobiliser des ressources, en hommes et en investissements financiers, qui dépassent nos capacités, et elles ont aussi un portefeuille de brevets qui peuvent intéresser le spatial. En revanche, nous n’avons pas encore d’exemple de dossiers valorisés par une SATT, notamment parce qu’elles sont très sélectives. Les SATT doivent être sûres du retour économique du transfert du brevet, or nous travaillons sur des technologies qui ont souvent des TRL bas, donc assez loin d’être mis sur le marché. En prime, nous travaillons essentiellement dans l’aérospatial.

 • Quels sont les enjeux d’avenir pour l’activité valorisation du CNES ? 
Nous nous sommes rendu compte que nous avions un gisement de valorisation en proposant nos innovations à d’autres secteurs que le spatial, et nous avons commencé à nous adresser à eux. Nous avons par exemple une technologie de traitement d’images utilisée dans la dentisterie, notamment sous forme de brosse à dents capable de faire l’empreinte digitale de la bouche, afin de remplacer les techniques de moulage. La valorisation de nos technologies en dehors du domaine spatial est importante, notamment pour l’image du spatial, pour montrer que le spatial est utile à l’ensemble de la société. Un autre enjeu à l’avenir va être le spin-in, c’est-à-dire la capacité d’intégrer une technologie qui vient d’un autre secteur pour permettre au spatial de progresser plus vite et moins cher. 

 

 

Un exemple de valorisation commune : Concerto-H

Le CNRS a commencé à mener des projets de valorisation commun. C’est le cas avec la création de la start-up Concerto-H. Deux chercheurs du laboratoire LRCS et LG2A se sont adressés au CNRS pour valoriser leur technologie de cellule photovoltaïque à colorant. Les chercheurs se sont inspirés de la photosynthèse des plantes pour développer des cellules biosourcées pour l’électrolyte des cellules photovoltaïques. Cette nouvelle génération d’électrolytes permet d’augmenter le rendement et la durée de vie des cellules photovoltaïques à colorant. Le CNRS s’est rapproché de la SATT Nord pour réaliser une maturation commune. La collaboration a permis de lancer un programme de maturation de 22 mois à partir de novembre 2016, comprenant l’embauche de 2 ingénieurs, et l’achat de matériels. Le budget financé par la SATT était de 611 000€, soit le plus gros investissement de la SATT Nord. « Cette collaboration a permis des gains de temps, et d’apporter une expertise complémentaire » a résumé Stéphane Duez, directeur territorial Amiens de la SATT Nord.

Florent Detroy

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