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Septembre 2017

L'océan, un puits d'innovations

[Article du 11/09/2017]

La France, deuxième territoire marin au monde, commence à peine à prendre la mesure du potentiel de son espace marin. Santé, nutrition, énergie, cosmétique, agriculture... tous ces secteurs pourraient profiter des ressources marines pour innover. Reste à structurer cette filière bleue émergente.

La mer n'a pas fini de révéler ses secrets. Seuls 5 % des fonds marins ont été cartographiés à l'heure actuelle et 85 % de la biodiversité marine reste inconnue. On commence tout juste à prendre conscience de la richesse de ses ressources et de leurs multiples applications, qui s'étendent bien au-delà des secteurs traditionnels de la pêche ou du nautisme. Dans cette nouvelle économie bleue, la France a des cartes à jouer. Elle qui dispose du deuxième territoire marin au monde, avec ses 11 millions de kilomètres carrés répartis sur l'ensemble des océans, et d'organismes de recherche performants, à l'instar de l'Ifremer ou des Pôles Mer.

La santé : débouchés prometteurs mais complexes

Mais la filière doit encore se structurer. Et si les potentiels sont immenses, l'industrialisation est parfois complexe. « De nombreuses molécules d'algues, de champignons, de bactéries, etc. sont d'ailleurs valorisées sur les marchés de la cosmétique ou de la nutrition car ils sont relativement faciles d'accès, indique Patricia Thibault, responsable des biotechnologies bleues au Pôle Mer Atlantique Bretagne. Tirés par la demande en ingrédients naturels, ces marchés porteurs connaissent actuellement une croissance annuelle à deux chiffres. »

Dans le secteur de la santé, la mise sur le marché est autrement plus longue. D'ailleurs, aucun candidat médicament n'a encore franchi ce cap en France. « Mais une quinzaine d'entreprises y travaille et nous sommes bien positionnés en termes de R&D », affirme Patricia Thibault. Des projets ont mis en lumières les propriétés anti-cancéreuses ou anti-microbiennes de certaines molécules. D'autres permettent la réparation tissulaire ou osseuse. La société Hemarina, qui travaille sur le ver marin, a découvert que l'hémoglobine de ces créatures marines serait compatible avec le sang humain. Mieux, ce ver serait même un donneur universel. Mais de nombreux verrous restent à lever pour passer à l'échelle supérieure. « Il faut maîtriser totalement les procédés de culture et être capable de faire des lots reproductibles, ce qui est loin d'être évident », souligne la chargée de missions.

Énergie et biocarburants : l'heure est à l'industrialisation

Les problématiques de passage à la phase d'industrialisation sont également présentes dans la filière des énergies marines. Hydrolienne, éolienne posée ou flottante, houlomotrice, osmotique... : les technologies sont nombreuses. Et le secteur se développe. Pour preuve, la France s'apprête à lancer la construction de ses premiers champs éoliens offshore en Manche et Atlantique, les premiers projets de fermes pilotes d’éoliennes flottantes et d’hydroliennes sont à l’étude. Des démonstrateurs ont d'ailleurs déjà été testés. Quant aux territoires ultra-marins, ils devraient bientôt expérimenter l’énergie thermique. « Aujourd'hui, nous savons produire de l'électricité à partir des courants ou des vagues. L'enjeu est de le faire à grande échelle », explique Romain Charraudeau, directeur adjoint de la direction du développement, de la valorisation et des partenariats économiques de l'Ifremer. Les coûts de production sont encore trop élevés pour concurrencer les autres énergies. De plus, la maintenance des systèmes, le stockage et le raccordement au réseau pose encore problème. »

Les biocarburants de troisième génération, produits à partir des micro-algues constituent également une solution d'avenir. Mais rencontrent eux aussi des blocages. « Le processus d'extraction des algues coûte encore très cher. Les phases de récolte, de séchage et d'extraction représentent 40 % à 60 % des coûts », détaille Patricia Thibault. Pour pallier cette difficulté, la filière veut miser sur les co-productions. En cultivant par exemple les algues, capables de capter Co2 et métaux lourds, sur des effluents ou des eaux usées. Les algues sont ainsi doublement valorisées : elle servent au traitement des effluents et à la production de biocarburant. Une double valorisation qui permet d'assumer des coûts de production élevé tout en étant rentable. Les bioraffineries poussent le concept plus loin. Ces installations visent à valoriser, sur un seul site, 100 % de la biomasse. C'est toute l'ambition du projet Genialg, lancé début 2017 à la Station biologique de Roscoff. Ce programme de onze millions d'euros, qui rassemble 19 partenaires, travaillant dans les texturants, les aliments, l'agriculture, les bioplastiques, les produits pharmaceutiques, ou encore les produits de soins personnels veut valoriser 100 % des algues produites, à l'échelle industrielle. Une façon de rendre la filière des micro-algues compétitive et de la consolider, en mettant en relation ses acteurs.

« La structuration des filières est une étape fondamentale, rappelle Patricia Thibault. C'est notamment la raison pour laquelle l'association France Microalgues a été créée fin 2015. » Cette structure, fondée autour de 4 pôles de compétitivité et de 8 entreprises veut accroître la visibilité de la filière des micro-algues. Une façon aussi de gagner en crédibilité, mais aussi d'attirer les investisseurs.

 

Manros Therapeutics : quand éponges et étoiles de mer soignent
Mettre au point des traitements pour lutter contre des pathologies comme Alzheimer, la trisomie 21, la mucoviscidose, ou encore la polykystose rénale, grâce aux ressources marines : c'est l'objectif de cette société fondée en 2007. Un premier projet, Pharmasea, porté par le Pôle Mer Bretagne, avait permis d'identifier deux familles de molécules (les Leucéttines et les Aftines), issue d'une éponge marine et ayant des propriétés inhibitrices permettant de lutter contre Alzheimer. En 2016, Manros Therapuetics a lancé un essai clinique portant sur un nouveau candidat médicament, issu de molécules présentes dans les ovocytes d'étoile de mer, visant à traiter la mucoviscidose. La société entend également tester les effets de cette molécule contre la polykystose rénale, lors d'un premier essai clinique chez l'homme.

EEL Energy : l'hydrolienne qui ondule dans les faibles courants
En français, « eel » signifie « anguille ». Ce n'est pas un hasard si Franck Sylvain, directeur général de EEL Energy a choisi cette analogie. L'hydrolienne qu'il a mise au point se réclame du biomimétisme et est directement inspirée de la nage de ces poissons. Elle se présente comme une membrane qui, en ondulant, convertit le courant marin en électricité. Cette technologie présente de nombreux avantages. Elle fonctionne en eaux peu profondes et peut donc être installée près des côtes. Par ailleurs, elle peut aussi être utilisée dans courants relativement faibles, ce qui pourrait favoriser le développement de l'hydrolien fluvial. Ce projet, qui a bénéficié du financement de l'Ademe, est actuellement testé dans le bassin d'expérimentation de l'Ifremer.

Algostep : cultiver des algues à partir des eaux usées
L'objectif du projet est triple : cultiver des micro-algues, valoriser leur biomasse et traiter des eaux usées. Tout ceci, sur une seule et même plateforme. L'ambition d'Algostep est de créer une vraie synergie. Pour se développer, les algues ont en effet besoin de lumière, mais également de Co2 et de minéraux comme le phosphate ou le nitrate, que l'on trouve justement dans les eaux usées. En captant ces molécules, les algues contribuent à l'épuration des eaux. Les micro-organismes marins sont ensuite valorisés dans les secteurs de la chimie verte, ou de la nutrition animale ou humaine. La combinaison de ces trois activités doit permettre d'accroître la rentabilité du site. Ce projet est actuellement à l'étude sur la plateforme de R&D Algosolis.

Brainbooster : bien vieillir grâce aux sardines
Ce projet, porté par Abyss'Ingrédients, vise les secteurs de la nutraceutique et de l'alimentation animale. Brainbooster vise la production d'un ingrédient santé à partir d'un co-produit de la sardine. La molécule identifiée permet d'améliorer vitalité, mais surtout mémoire. La sardine a l'avantage de ne pas être chargée en métaux lourds car ce poisson se trouve en début de chaîne alimentaire et de ne pas être une espèce menacée. Autre plus : un process non polluant a été mis au point.

Deborah Bertier

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