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Qui sont les acteurs qui feront la voiture du futur ?

[Article du 09/11/2017]

La voiture du futur sera-t-elle électrique ? Autonome ? Volante ? Les bouleversements en cours sur le secteur automobile vont faire de la place à de nouveaux acteurs innovants. Les constructeurs français historiques sont bien décidés à mener la bataille. Ils s’appuient de plus en plus sur l’effervescence des jeunes pousses et des PME agiles au sein des pôles de compétitivité et des IRT pour rester dans la course.

Qui sont les acteurs  qui feront la voiture du futur ?

Qui sont les acteurs qui feront la voiture du futur ?

« On est probablement arrivé au bout d’un système » : c’est par ces mots que Rémi Bastien, président de l’institut Vedecom et vice-président Automotive Prospective du groupe Renault, a qualifié les profonds bouleversements qui ont agité le monde automobile ces dernières années, lors du forum « Imagine Mobility » organisé par le pôle de compétitivié Mov’eo le 1er juin.
Les enjeux environnementaux et sécuritaires, couplés aux évolutions technologiques, ont profondément bouleversé l’usage de la voiture et, ce faisant, le mode opératoire des constructeurs. « On n’est plus à l’époque où l’automobile était seulement un projet d’offre, a reconnu Nadine Leclair, directrice de la filière Expertise du groupe Renault, au cours de ce même forum. On est désormais dans un écosystème d’expérimentation : il s’agit de sortir du silo et de travailler en collaboration avec des start-up, les territoires, des pôles… afin de savoir si l’usage répond aux besoins du client. »
Principalement positionnés sur le marché moyen de gamme, les constructeurs français sont d’abord amenés à travailler sur l’innovation au niveau de la chaîne de fabrication : « Ils sont sur un segment de véhicule tel que beaucoup travaillent d’abord sur les coûts de revient », souligne Jean-Charles Sarbach, directeur technique de la Fédération des industries des équipements pour véhicule (FIEV).

Contraintes réglementaires
Les évolutions réglementaires contraignent aussi les constructeurs à innover au niveau des véhicules. « La réduction des émissions de gaz à effets de serre devient fondamentale et est à l’origine de beaucoup d’innovations », précise Jean-Charles Sarbach.
C’est d’abord l’essor des véhicules électriques et hybrides qui caractérise l’innovation à la française. Renault est l’un des premiers constructeurs à s’être engagé sur la voie de l’électrique. Si les débuts ont été difficiles, de grands progrès ont été faits en matière d’autonomie grâce à l’utilisation de batteries lithium-ion. Modèle phare du constructeur, la « Zoé » atteint désormais une autonomie annoncée de 400 km. « L’enjeu, désormais, est de faire des véhicules électriques abordables, estime Rémi Bastien. A l’horizon 2025, une bonne partie des véhicules électriques seront au même coût que les véhicules thermiques. »
Si le marché du véhicule électrique est dominé par les modèles fonctionnant à l’aide d’une batterie en France, les véhicules dotés d’une pile à combustible arrivent en force sur le marché, venus tout droit d’Asie. Toyota, Honda et Hyundai commercialisent désormais des modèles à hydrogène, capables de faire le plein en quelques minutes et de parcourir jusqu’à 600 kilomètres. Tout en ayant sa place, « le véhicule électrique ne peut occuper la totalité du marché, du fait de l’importance de sa consommation d’électricité », relativise néanmoins Jean-Charles Sarbach.

De la légèreté avant tout
Au-delà des problématiques liées au moteur, les acteurs du marché automobile travaillent de plus en plus sur l’allègement des véhicules afin de réduire leur consommation. Dans ce but, des polymères ou des composites ultra-résistants sont conçus au sein des laboratoires afin de remplacer le métal sur des parties du véhicule telles que les ailes, le capot ou les hayons du coffre. Les composites à base de fibres de verre sont beaucoup utilisés, mais d’autres matériaux, plus écologiques, commencent à faire leur apparition. C’est ainsi que l’équipementier français Faurecia a démarré cette année la production en série de planchers en composite à base de… fibres de lin pour des véhicules Peugeot. Produit par la PME Lineo, ce matériau naturel permet de fabriquer des planches de coffre à la fois très légères et solides.
A la pointe sur ces problématiques, l’IRT M2P est impliqué dans plusieurs programmes de recherche d’allègement des véhicules, dont le projet Coach. Mené en collaboration avec le chimiste Arkema, ce programme a pour objectif de développer l’utilisation de résines thermoplastiques réactives et des procédés de mise en œuvre composites associés dans le secteur des transports, de l’énergie et du BTP.
En parallèle, cet IRT est aussi impliqué dans des projets relatifs au traitement des surfaces, comme le chromage de certaines parties du véhicule. Le chromage est très utilisé dans l’industrie automobile, pour des raisons mécaniques et esthétiques (au niveau des pare-chocs, par exemple). Mais le chromage dur est réalisé avec du chrome hexavalent, une substance toxique interdite par le règlement européen Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals (Reach). « Avec le soutien de plusieurs industriels et de laboratoires, l’IRT M2P a développé une alternative à partir d’une solution de chrome trivalent, obtenant des performances équivalentes », fait valoir Pascal Lamesle, responsable scientifique et technique de M2P. Cette solution devrait arriver à maturité d’ici à 2018.

Le véhicule autonome devient réalité
Au-delà maintenant des problématiques environnementales, les acteurs de l’industrie automobile sont incités à innover afin d’améliorer la sécurité et le confort des usagers. « Tous développent les dispositifs d’assistance à la conduite », indique Bruno Grandjean, directeur de programmes Infrastructures et Communication-Services de mobilité au pôle de compétitivité Véhicule du futur. C’est ainsi que l’équipementier français Valeo présentait au CES 2017 de Las Vegas plusieurs dispositifs bluffants d’aide à la conduite. Parmi ceux-ci, XtraVue, une fonction qui permet au conducteur de voir sur un écran la route de manière dégagée devant lui, en supprimant virtuellement les obstacles (un camion, par exemple).
A quand le véhicule totalement autonome ? « Il ne s’agit plus d’une utopie, affirme Bruno Grandjean ; aujourd’hui, des véhicules sont capables de l’être, au moins sur des modes de circulation simple comme les autoroutes. » Présentée au Salon de l’automobile de Shanghai en avril, la nouvelle Mercedes Classe S est l’un des modèles les plus à la pointe en matière d’autonomie. Cette voiture peut se garer, changer de file et adapter sa vitesse automatiquement grâce à plusieurs caméras et radars installés sur le véhicule. « Les progrès technologiques vont plus vite que la réglementation, indique Jean-Charles Sarbach. Les principaux obstacles au véhicule autonome sont désormais d’ordre juridique et sociétal. »
Les infrastructures (feux rouges, caméras de surveillance…) doivent également être adaptées pour pouvoir communiquer avec les véhicules. « Aujourd’hui, on estime à une quinzaine de milliers de kilomètres les routes françaises adaptées aux véhicules autonomes », ajoute Jean-Charles Sarbach.
Plusieurs expérimentations sont déjà menées sur le territoire français. La première navette électrique autonome a été mise en circulation dans le quartier Confluence de Lyon, produite par Navya. La société en est déjà au stade de la commercialisation de ses véhicules : ses navettes assurent aussi le transport du personnel d’EDF à l’intérieur de la centrale nucléaire de Civeaux, dans la Vienne. A l’est de la France, Strasbourg a accueilli du 19 au 22 juin la première démonstration transfrontalière de navettes autonomes de part et d’autre du Rhin.
Mais l’avenir appartient peut-être à… la voiture volante. Au salon Top Marques de Monaco, au mois d’avril, la société néerlandaise Pal-V a présenté la première voiture volante commerciale en lancement mondial : la PAL-V Liberty, capable d’évoluer aussi bien sur la route que dans les airs. Sur ce même salon, la firme slovaque Aeromobil a elle aussi présenté un prototype de voiture volante, qui pourrait être commercialisé d’ici à deux ans. Les Français ne sont pas en reste : dans l’Hexagone, la société Vaylon a développé un véhicule terrestre convertible en aéronef, destiné principalement aux opérations de sécurité civile et militaire. La bataille de la voiture du futur se jouera-t-elle finalement dans les airs ?

Texte : Catherine Quignon / Photo : AdobeStock_49159501

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