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« Mettre l’innovation régionale sur les rails »

[Article du 14/04/2017]

L’année 2016 a été celle d’une remise à plat complète des dispositifs d’accompagnement de la Région Centre-Val de Loire pour mieux répondre aux besoins des filières innovantes. Retour sur les enjeux du territoire et sur les réorganisations effectuées avec Harold Huwart, vice-président régional en charge du développement économique, de l’agriculture, de l’économie sociale et solidaire.

« Mettre l’innovation régionale sur les rails »

« Mettre l’innovation régionale sur les rails »

Interview de Harold Huwart

Vice-président régional en charge du développement économique, de l’agriculture, de l’économie sociale et solidaire

 

> Dans quel contexte s’est inscrit l’élaboration du SRDEII (Schéma Régional de Développement économique, d’Innovation et d’Internationalisation) ?
Nous faisons partie des territoires non concernés par un changement de périmètre. L’enjeu n’était donc pas d’harmoniser des politiques jusqu’ici différentes, mais d’intégrer de nouvelles compétences et de profiter de ce nouveau cadre législatif qu’est la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) pour remettre à plat les politiques existantes. Dès le mois de février 2016, nous avons engagé un grand cycle de concertation élargi. Ces états généraux de l’économie se sont constitués de six forums qui ont rassemblé près de 2 500 participants. A plus de 80 %, il s’agissait de chefs d’entreprise qui exprimaient leurs besoins, faisaient le point sur les éléments positifs, les fonctionnements à revoir, les priorités d’action. L’expérience a été une excellente opportunité qui a permis de confirmer certaines orientations, comme la priorité à l’innovation en matière d’industrie et de services, et aussi de faire émerger les besoins nouveaux. Le but est de mettre en œuvre rapidement les évolutions de nos dispositifs afin d’être opérationnel dès que possible.

Tous les décideurs locaux étaient donc représentés dans les discussions ?
Tout à fait. En plus de nos rendez-vous, nous avons récolté plus de six cents contributions écrites via Internet, que nous avons analysées. Parallèlement, nous avons engagé un travail avec les agglomérations, les intercommunalités et les réseaux consulaires pour que l’ensemble des outils de politique économique de la Région soient opérationnels au 1er janvier 2017. A noter que depuis le début de l’année, l’agence économique régionale a été créée et est désormais pleinement opérationnelle. De nouveaux fonds d’investissement ont également vu le jour. Actuellement, des partenariats et des conventions économiques entre les intercommunalités et la Région sont instaurés. La première a été signée le 21 février.

> Quelles sont les filières majeures identifiées par la région comme filières d’avenir ?
Le secteur de la cosmétique représente tout d’abord un axe de développement fort et prometteur. Le pôle de compétitivité Cosmetic Valley, dont le siège est à Chartres, est le symbole de cet atout. La pharmacie joue bien sûr un rôle central. Rappelons que 40 % de la production pharmaceutique française provient de la région Centre-Val de Loire. La sous-traitance automobile, aéronautique occupe également une place importante. Nous disposons de pôles et clusters de premier rang dans ce domaine. Les marges de manœuvre supplémentaires dont nous disposons doivent aussi nous servir à renforcer les politiques de filières, depuis les pôles de compétitivité et clusters jusqu’aux implantations locales.

Quelles sont les initiatives prises récemment pour nourrir le rapprochement entre le milieu de la recherche et les entreprises autour de projets innovants ?
Nous incluons dans toutes les conventions conclues avec des clusters ou des pôles de compétitivité un volet de coopération avec le monde de la recherche. Par exemple, en matière pharmaceutique, cette démarche s’est traduite par une initiative portant sur le bio-médicament. L’industrie pharmaceutique représente plus de 10 000 emplois au sein de la région. Elle se caractérise par des marges qui ont tendance à se réduire au cours des dernières années, ce qui nécessite en conséquence un nouveau souffle. Elle a ainsi identifié le bio-médicament comme une opportunité de se relancer sur des segments à très forte valeur ajoutée. Il s’agit d’un marché de plus de 50 milliards d’euros qui croît chaque année de 4 à 5 %.
La Région a donc développé un projet qui inclut un lieu d’accueil à Tours, baptisé Bio Cube, en coopération avec l’université François-Rabelais et le CHU de la ville. Il comporte également un système d’échange et d’accueil d’étudiants, de professeurs étrangers. Des solutions de financement de projets collaboratifs entre chercheurs et industriels sont par ailleurs proposées par le biais de ce programme. Chaque année, cinq ou six nouveaux projets à vocation industrielle sont lancés et accompagnés. Au total, un budget de 2 millions d’euros a été consacré à la mise en place de l’incubateur, et environ 7 millions d’euros au cours des trois dernières années pour l’accompagnement et l’avancement des projets collaboratifs. Le cluster PolePharma, qui regroupe les acteurs de la pharmacie, est aussi notre partenaire pour faire émerger des projets que nous soutenons sur un plan économique.

Disposez-vous de fonds toujours plus importants pour soutenir ces initiatives ?
Absolument. Notre budget consacré aux aides sur ce plan a augmenté de 22 millions d’euros au 1er janvier dernier. En 2016, nous avions déjà doublé nos aides à l’innovation en les faisant passer de 10 à 20 millions d’euros. Concrètement, 130 lauréats issus d’appels à projets innovants ont bénéficié de ces fonds. Il s’agit là d’un cycle annuel qui entraîne avec lui plus d’une centaine de projets. Nous disposons d’un jury d’experts, constitué d’universitaires, de scientifiques et de responsables issus de grandes entreprises référentes dans chaque domaine, pour l’identification des projets les plus prometteurs. Tous les secteurs peuvent être concernés. Mais, dans les faits, plus de 40 % des projets concernent le numérique. Ce sont soit des start-up qui proposent une nouvelle offre, soit des projets de digitalisation de processus lancés par des industriels.

Est-ce qu’un travail spécifique est mené pour l’internationalisation, qui est une composante importante du SRDEII ?
Oui. Nous avons procédé à une mutualisation de l’ensemble des accompagnements à l’export au sein de l’agence de développement économique régionale. Concrètement, nous proposons un système de financement mutualisé et d’accompagnement unique vers tous les salons internationaux. Là aussi, un budget spécifique est prévu pour l’aide à l’internationalisation des entreprises innovantes. Celle-ci est apportée grâce à un dispositif spécial permettant de calculer le coût des opérations.

Des mutations importantes changent la donne dans plusieurs filières essentielles pour la région. Faut-il revoir l’offre de la formation pour apporter
une réponse plus adaptée aux évolutions ?
Dans le domaine de l’innovation, il faut pouvoir attirer en Centre-Val de Loire des profils de compétences qui ont plutôt des habitudes de vie métropolitaines et que l’on trouve habituellement dans des universités spécifiques de grandes agglomérations. Cela n’a bien sûr rien d’évident. Mais certains grands projets ciblés sur les coopérations entre entreprises et universités peuvent être un bon moyen de faire venir des chercheurs spécialisés, qui eux-mêmes attirent ensuite d’autres profils intéressants. Par exemple, le laboratoire Servier a annoncé en juillet 2016 32 millions d’euros d’investissement en matière d’innovation et de recherche, sur un site où le groupe emploie plus de 800 personnes. Les dirigeants ont clairement fait savoir que cette décision n’aurait pas été prise si le projet relatif au bio-médicament ne faisait pas partie du panorama. Rappelons que ce projet mobilise l’université de Tours, mais aussi l’ensemble des réseaux des universités du Val de Loire. C’est bien la preuve que lorsqu’on dispose d’un secteur très spécifique, bien identifié et porteur, il est possible de créer une dynamique et de surmonter les problèmes de formation et de recrutement. 

 

Une politique de filières en marche

Tandis que les dispositifs d’accompagnement ont connu un remaniement important en 2016, de nouvelles offres émergent et témoignent de la dynamique constructive enclenchée dans différents secteurs. Retour sur des innovations régionales récentes, symboles d’une tendance.

 

Le potentiel du Centre-Val de Loire se distingue par sa variété. Plusieurs filières, parmi lesquelles on peut citer la cosmétique, la santé, l’énergie, seront sans doute les gagnantes de la réorganisation régionale en matière d’accompagnement et de développement de l’innovation. La nouvelle dynamique porte d’ores et déjà ses fruits, à l’image du nouveau procédé thérapeutique récemment mis sur pied à Tours dans le traitement du cancer par ultrason. C’est une équipe de l’Inserm, de l’Unité d’imagerie du cerveau, et de l’université François-Rabelais, associée à l’équipe du gastro-entérologue Thierry Lecomte, au CHRU de Tours, qui a annoncé le lancement d’une étude clinique de phase I dans le traitement des métastases du foie par cette technique. L’innovation, baptisée Sonchimio, suppose l’injection de microbulles de gaz utilisées dans le domaine de l’imagerie médicale conjointement à un anticancéreux. Cet essai clinique est mené à l’hôpital Trousseau de Tours et implique le recrutement d’une quinzaine de patients. L’entreprise tourangelle Vermon, spécialiste reconnue des équipements d’échographie, sera vraisemblablement retenue pour la valorisation industrielle du projet, dont la portée pourrait être mondiale. La collaboration entre l’industriel et les chercheurs tourangeaux a déjà donné lieu à l’élaboration d’une sonde à ultrasons thérapeutique.

L’efficacité au cœur des nouveautés énergétiques
Dans le domaine de l’énergie, et notamment autour du pôle de compétitivité S2E2, les projets se multiplient également. La société Energio s’est ainsi lancée depuis décembre 2016 dans un développement innovant à la demande des clients que sont les collectivités, les copropriétés, les gestionnaires de parcs immobiliers. Il s’agit d’un outil indépendant offrant des services de contrôle de l’exploitation de leurs installations de chauffage, de ventilation et de climatisation. Pour y parvenir, l’idée est de croiser l’analyse des données des capteurs et des contrats régis par les sociétés d’exploitation. Ces entreprises sont généralement juges et parties, car elles contrôlent l’analyse, mais aussi la restitution des données au maître d’ouvrage. Avec cette nouvelle génération de solutions, celui-ci profitera d’une analyse et d’un contrôle indépendant permettant un suivi de la performance.
La start-up Bimdiag est elle aussi l’une des grandes incarnations de la dynamique innovante du pôle au cours des derniers mois. Son projet est de développer un outil de collecte des données d’audit énergétique utilisable sur terminal mobile. Celles-ci doivent recenser les caractéristiques et propriétés énergétiques des bâtiments et équipements concernés. Dans un deuxième temps, l’outil doit être capable de générer des recommandations de travaux à réaliser, avec la collaboration d’un réseau d’artisans et maîtres d’œuvre partenaires du projet. L’application sera ainsi intégrée au carnet numérique de suivi et d’entretien des bâtiments.

Vers l’agroalimentaire 2.0
Fabriquer des pains sans gluten, sans lactose, savoureux et bio : c’est le pari que se lance la start-up Terra Cérès. Les fondateurs souhaitent proposer des produits en rupture avec ceux qui existent déjà sur le créneau des pains et pâtisseries innovants, et qu’ils estiment quelque peu décevants en matière de qualité organoleptique. La conservation a été l’un des obstacles majeurs rencontrés au cours du développement, car l’objectif était d’aboutir à une mie moelleuse et hydratée sans gluten et sans additif quelconque. Environ cinq mois ont été nécessaires pour parvenir à un produit satisfaisant réunissant l’ensemble des critères. Le résultat comprend des ingrédients qui ne manquent pas d’originalité : farine de souchet, de riz, de sarrasin, lin, chanvre… L’an passé, Terra Cérès a inauguré 350 m2 de surface pour ces fabrications originales au sein de l’incubateur Food Val de Loire. L’entreprise a reçu le soutien du CTCPA (Centre technique agroalimentaire) pour les caractéristiques organileptiques, les problématiques relatives à la conservation et sur un plan économique. La structure Food Val de Loire continue de traiter les dossiers afin de sélectionner de nouvelles sociétés ou des PME permettant de tisser des collaborations ou de développer une idée originale. Elle espère accueillir au cours de cette année un FoodLab dans une optique d’amélioration de son développement. Ce futur atelier mutualisé permettrait de prototyper rapidement des produits, en s’appuyant notamment sur une imprimante 3D, ainsi qu’un designer alimentaire.

Le Lab’O, vitrine des start-up
L’un des lieux emblématiques de la région est depuis 2016 le Lab’O, un incubateur orléanais flambant neuf, voué à accueillir des entreprises et des start-up du numérique. C’est l’ancien laboratoire pharmaceutique du groupe Famar qui a été choisi par la Ville pour mettre à disposition des développements innovants les 4 500 m2 du site. Une centaine de sociétés devraient élire domicile au sein des murs du Lab’O. Parmi les premières structures à intégrer le lieu, on trouve la jeune entreprise Géonomie, spécialisée dans la digitalisation des mobilités urbaines. En partenariat avec l’Association des paralysés de France (AFP), elle développe une application, baptisée Eskalias, visant à optimiser les itinéraires pour des personnes en situation de handicap. Elle se caractérise notamment par une grande précision de guidage, et propose des solutions de mobilité personnalisées, en temps réel, adaptées au handicap de la personne utilisatrice (difficultés motrices, mentales).
La société Mashup Studio, spécialiste des outils vidéo intuitifs, ludiques et pédagogiques, a elle aussi franchi le seuil du Lab’O il y a quelques mois. Elle a notamment conçu la Table MashUp, un système de réalisation de films à destination des publics scolaires et des associations positionnées dans le domaine de l’éducation par l’image. L’une des particularités de cette innovation est que la démarche consiste à manipuler des objets tangibles. Clavier et souris sont tout simplement bannis. La sélection des images, des musiques et des différents éléments choisis se fait en posant ces derniers sur la table avec les mains.

Un nouveau porte-drapeau de l’innovation régionale
A chaque bassin étiqueté « French Tech » son lieu totem. En région Centre-Val de Loire, c’est le « Mame » de Tours qui est depuis quelques mois le symbole des développements innovants des filières d’avenir. C’est bien sûr un site historique qui a été choisi pour déployer les 14 500 m2 consacrés au numérique : l’ancienne imprimerie conçue par l’architecte Bernard Zehrfuss, qui a connu son heure de gloire au cours du siècle dernier. Mame, qui abritait déjà depuis 2015 l’école des Beaux Arts de Tours, devient désormais un incubateur et un accélérateur de start-up. Les porteurs de projets y trouveront notamment le Funlab, qui est une fabrique d’usages numériques tourangeaux, ainsi qu’un Living Lab, laboratoire de tests grandeur nature de produits et services innovants. Environ 6 500 m2 de plateaux techniques sont disponibles pour le développement des industries créatives.
L’ambition de cette vaste structure est de devenir un véritable hub de l’écosystème numérique régional. Parallèlement à l’accueil des sociétés et des start-up du secteur, le site a vocation à agréger l’offre de formation aux professions de l’Internet et du numérique. Le but est également d’attirer localement les acteurs institutionnels ainsi que les grandes entreprises, dans un objectif de renforcement des collaborations visant à faire émerger les structures à fort potentiel. A partir de cette année, l’une des plateformes sera occupée par l’école Esten, spécialisée dans le multimédia, l’édition et la communication.

Mathieu Neu / Photo : Géraldine Aresteanu.

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