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« Déployer à l’échelle de la Région le dispositif Usine du futur »

[Article du 15/04/2017]

Dans un contexte de mise en action du schéma régional (SRDEII), « Innovation Review » enquête sur les priorités de la Nouvelle-Aquitaine en matière d’économie, de recherche et d’innovation. Suite à la fusion des trois ex-Régions, ses atouts sont nombreux : 1er rang des régions françaises par sa taille, 3e puissance économique, 5e rang par ses dépenses intérieures de R&D. La Région doit maintenant fixer le cap pour relever les défis de la création d’écosystèmes dynamiques pour l’attractivité du territoire et accompagner les leviers de la compétitivité.

« Déployer à l’échelle  de la Région le dispositif Usine du futur »

« Déployer à l’échelle de la Région le dispositif Usine du futur »

Interview de Bernard Uthurry

Vice-président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine en charge du développement économique

La Nouvelle Aquitaine regroupe depuis le 1er janvier 2016 trois territoires très différents. Quelles sont les forces et les faiblesses de la région en matière économique ?
La nouvelle région associe l’Aquitaine, le Limousin et le Poitou-Charentes, ce qui en fait la plus grande région de France en termes de superficie, mais la moins dense géographiquement. C’est effectivement un territoire caractérisé par une extrême diversité, avec des territoires très ruraux, mais aussi par l’implantation historique d’acteurs majeurs de l’industrie agroalimentaire et aéronautique. Chaque territoire a un tropisme bien particulier, avec peut-être une dimension industrielle plus marquée en Aquitaine. Chacun était déjà fortement engagé dans une démarche d’innovation qu’il faut désormais appréhender de manière plus globale.

Le Schéma Régional de Développement économique, d’Innovation et d’Internationalisation (SRDEII) a été adopté fin décembre. Quelles en sont les grandes lignes ?
Plus qu’une harmonisation des schémas des anciennes régions, il s’agit de la mise en place d’une nouvelle politique. Globalement, l’objectif est d’anticiper les transitions régionales, qu’elles soient énergétiques, numériques ou climatiques, et d’accompagner les entreprises afin de soutenir l’emploi et le développement économique. Les start-up, qui sont nombreuses dans notre région, peuvent connaître des difficultés lorsqu’il s’agit de monter en croissance ; il faut mieux les accompagner. La transition climatique est une vraie problématique dans notre région : en Aquitaine, le transport des marchandises représente, en termes d’émissions de gaz à effet de serre, le double de la moyenne européenne. Il faut donc accompagner le développement des transports intelligents. Enfin, il s’agit de consolider les filières économiques existantes et faire émerger les filières d’avenir.

Quelles filières d’avenir seront prioritaires ?
Parmi celles retenues, il y a bien sûr l’aéronautique, l’agroalimentaire et tout ce qui est lié à l’économie du littoral (tourisme, énergies renouvelables…). Mais nous souhaiterions également développer tout ce qui touche au numérique et à la santé. On peut aussi imaginer des rapprochements entre filières : il y a des passerelles possibles entre l’aéronautique et la recherche médicale, par exemple. La « silver économie » a aussi été identifiée comme une filière d’avenir ; notre région est structurellement attractive pour les retraités et les personnes âgées.

Quels leviers pour accompagner leur développement ?
La région peut s’appuyer sur un grand nombre de pôles et de structures d’accompagnement. Dans l’aéronautique, il a bien sûr l’Aerospace Valley et le pôle Aeroteam. En lien avec notre important bassin agricole s’est créé le pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation. Le territoire se spécialise aussi autour des technologies laser avec la Route des lasers, autour de Bordeaux, et Elopsys en Limousin, qui viennent de fusionner. Thiviers, en Dordogne, a vu naître un pôle d’excellence des métiers du cuir et du luxe, un modèle à suivre en matière de rapprochement entre entreprises et organismes de formation. En termes de structures d’accompagnement, la région Nouvelle-Aquitaine s’appuie en particulier sur l’Agence de développement et d’innovation (ADI NA), une structure aquitaine maintenant étendue aux trois régions.

Quelles sont les actions qui ont été mises en œuvre pour accompagner l’innovation et le développement économique?
Le nouveau schéma régional de développement économique prévoit notamment de déployer à l’échelle de la nouvelle région le dispositif Usine du futur, créé en Aquitaine. Née d’une initiative conjointe de la Région et d’une filiale de Safran, Helicopter Engines, ce dispositif permet aux entreprises de bénéficier d’une expertise pour les aider à progresser en matière de compétitivité. La plupart des chefs d’entreprise qui participent à ce dispositif s’attendent à des préconisations en matière de robotisation, de transformation numérique…, mais, souvent, l’expertise met en avant des choses qu’ils avaient sous les yeux, dans les domaines des ressources humaines, de l’organisation du travail, de l’ergonomie… Il s’agit donc d’accompagner l’innovation technologique, mais aussi non technologique. Pour le moment, près de 300 entreprises ont adhéré à ce dispositif. On vise 600 entreprises dans les cinq ans.
> Que prévoit la région pour accompagner la transformation numérique?
Elle va investir dans le déploiement de la fibre optique afin d’atteindre d’objectif de 600 000 prises à l’abonné d’ici à 2020. Ce déploiement s’accompagnera de l’optimisation du réseau cuivre pour les territoires les plus difficiles d’accès. Par ailleurs, le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine a lancé fin 2016 un appel à projets sur le prototypage numérique, qui vise à soutenir les projets de start-up porteuses de technologies innovantes nécessitant la production d’un prototype validé avant mise sur le marché. Il a suscité l’intérêt de 160 porteurs de projets. La Région a aussi mis en place un « chèque de transformation numérique » pour aider les entreprises à se moderniser. En février s’est d’ailleurs tenu à Cenon, en Gironde, le deuxième Forum régional de la transformation numérique.

En matière de formation et de R&D, quelles sont les initiatives soutenues par la région ?
Je peux moins développer sur ces sujets, mais la Région soutient de grands projets d’équipements scientifiques comme le Neurocampus à Bordeaux, un site dédié à la recherche sur le système nerveux et associant centres de recherche et start-up, ou l’Institut de rythmologie et modélisation cardiaque (Liryc), qui vient d’être inauguré à Pessac.

Et en matière environnementale ?
La Région a créé le Comité régional des acteurs de la transition énergétique et du climat (Coptec), dont la première réunion s’est tenue fin 2016. C’est un lieu d’échanges qui associe entreprises, organismes de recherche, collectivités… souhaitant s’engager dans la transition énergétique. Un nouvel outil régional pour le développement durable a aussi été mis en place : le fonds de co-investissement Terra Energies, créé en avril 2016, qui associe des partenaires privés et du financement participatif à l’action publique. L’objectif est de disposer d’une enveloppe financière plus large afin d’aider à financer des projets liés à la transition énergétique (éolien, méthanisation…).

Où en est l’élaboration du schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation ?
La concertation entre les acteurs concernés pour son élaboration a été lancée fin janvier, à Bordeaux. Son élaboration va suivre à peu près la même démarche méthodologique que pour le SRDEII, soit une large concertation avec les acteurs et les collectivités du territoire. Ce schéma lui est complémentaire et définira jusqu’en 2021 les orientations de la politique régionale en matière de recherche et d’innovation. La nouvelle Région doit également définir le futur schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET).

Quelles vont être les prochaines actions ?
Il s’agit déjà de mettre en application ce qui a été décidé. Le règlement d’intervention des aides régionales aux entreprises a été voté en février. D’autres règlements d’intervention verront le jour quand seront définis, d’ici à un an et demi, les schémas régionaux pour l’enseignement et la recherche et pour l’aménagement du territoire, qui seront également décisifs pour accompagner le développement régional.

 

Filières et pôles d’excellence

Région vaste en superficie mais peu peuplée et très diversifiée économiquement, la Nouvelle-Aquitaine veut donner un peu d’unité à sa stratégie d’innovation. Tout en consolidant ses atouts dans l’aéronautique et l’agriculture, la Région souhaite en parallèle faire émerger de nouveaux pôles innovants autour de la technologie laser ou des drones, et faciliter les passerelles entre les disciplines.                                  

« La Nouvelle-Aquitaine doit répondre au défi de la taille, mais bénéficie aussi de la complémentarité de ses territoires », fait valoir le directeur général de l’Agence de développement et d’innovation de la Nouvelle-Aquitaine (ADI-NA) de la nouvelle Région, Jean-Georges Micol. Associant l’Aquitaine, le Limousin et le Poitou-Charentes, la Nouvelle-Aquitaine est désormais la deuxième région de province en termes de PIB. Son économie a su se maintenir à flot depuis la crise de 2008 : elle est l’une des quatre régions de province les plus dynamiques, selon l’Insee.
Tournée sur la mer et les richesses naturelles du territoire, l’économie de la nouvelle Région, structurée autour d’une dizaine de pôles de compétitivité, se caractérise par une grande diversité. L’« économie bleue » (pêche, activités portuaires, énergie marine…) en est une composante importante. Avec 3 millions d’hectares de surfaces boisées, la Nouvelle-Aquitaine est également la première région forestière de France - et l’une des moins densément peuplées. En Gironde, le pôle Xylofutur traduit le fort potentiel de la filière bois. Par ailleurs, la région bénéficie d’un ancrage historique de la filière aéronautique et de la présence d’un pôle de compétitivité mondialement reconnu en ce domaine, Aerospace Valley. Le premier déposant de brevets de la région est d’ailleurs le groupe Safran.
Parmi les autres pôles majeurs, Agri Sud-Ouest Innovation. A cheval sur Aquitaine et Midi-Pyrénées, ce pôle interrégional dans les filières de l’agriculture et de l’agroalimentaire accueille plus de 450 entreprise et a obtenu en 2014 le label « Gold » délivré par l’European Cluster Excellence. Le territoire se spécialise aussi autour des technologies laser, autour des pôles Elopsys, à Limoges, et la Route des lasers, en Aquitaine.
La région attire en nombre des jeunes actifs désireux de bénéficier d’un meilleur cadre de vie : entre 2008 et 2013, sa population a augmenté en moyenne de 35 000 habitants par an. Une attractivité que la mise en service de la ligne à grande vitesse Sud -Europe Atlantique, qui met Bordeaux à deux heures à peine de Paris, devrait encore accroître.
Si l’économie de la Nouvelle-Aquitaine peut s’appuyer sur une attractivité certaine et des filières bien structurées autour de nombreux pôles de compétitivité, elle doit également tenir compte de disparités territoriales importantes. Par ailleurs, le tissu économique de la région est majoritairement composé de petites entreprises, peu ouvertes sur les marchés extérieurs.
Sur un autre plan, la région doit également faire face à des perspectives de réchauffement climatique préoccupantes.  Selon les travaux menés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la Nouvelle-Aquitaine devrait être l’une les régions de France à souffrir le plus du réchauffement climatique.
Autant d’enjeux auxquels tente de répondre le Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII), voté en décembre 2016.Il fixe plusieurs orientations stratégiques, parmi lesquelles la poursuite et le renforcement de la politique de filières. Onze filières d’avenir bénéficieront de financements prioritaires, dont l’aéronautique, la photonique, la santé et le numérique.
Accompagnant  la fusion régionale et la mise en place du nouveau schéma régional de développement, la politique de restructuration des pôles et des filières est déjà bien entamée.
Les pôles Elopsys et Route des lasers ont annoncé officiellement leur fusion en décembre 2016, devenant Alpha Route des lasers & des hyperfréquences (Alpha-RLH), le plus grand pôle français dans le domaine de la photonique et des technologies hautes fréquences. « On a anticipé la fusion dès juin 2015 », explique Hervé Floch, le directeur général du nouveau pôle. Celui-ci compte deux représentations à l’international, en Chine et aux Etats-Unis.
« Notre action en matière d’accompagnement des entreprises à l’international s’inscrit dans les préconisations du schéma régional de développement », fait valoir Hervé Floch. Cet accompagnement a d’ailleurs aidé la PME Amplitude Système, implantée dans la région bordelaise, à devenir en l’espace de quelques années un des leaders mondiaux des lasers à impulsion brève. Parmi les nouveaux projets soutenus par le pôle, Addimafil, la première cellule robotisée française de fabrication additive pour pièces métalliques de grandes dimensions, portée par Airbus Safran Launchers.
C’est sur l’Agence de développement et d’innovation de la Nouvelle-Aquitaine, une structure aquitaine désormais étendue aux trois régions, que la nouvelle Région s’appuie pour déployer ses grandes orientations. Là aussi, la fusion a été largement préparée en amont. « Cela fait dix-huit mois qu’on y travaille », souligne Jean-Georges Micol. Parmi les missions de l’agence, le déploiement du projet « Usine du futur », un plan dédié à la productivité  des entreprises (voir pages précédentes l’interview du vice-président du Conseil régional). L’objectif est que d’ici à 2020, 600 entreprises, principalement dans la métallurgie, l’agroalimentaire et le bois et papier, soient accompagnées dans le cadre de ce projet.
Pour expérimenter les innovations, la Région cherche également à développer des « living labs ». « Dans la “Silver Economie“, par exemple, près d’une innovation sur deux ne trouve pas de marché, souligne Jean-Georges Micol. Avec les “living labs“, on a des outils qui permettent d’aller plus loin. » En 2015 a été notamment lancé le living lab e-santé aquitain, un dispositif hors murs autour duquel des professionnels de santé et des patients ont été mobilisés pour tester des produits et services en conditions réelles.

Deuxième
région de province
en termes de PIB,
la Nouvelle-Aquitaine
est l’une des quatre régions de province
les plus dynamiques, selon l’Insee.


Un autre axe important du nouveau schéma régional de développement et porté par l’ADI-NA est le dépassement de la logique de structuration des filières pour aller vers une mise en relation des écosystèmes. Plusieurs initiatives ont déjà été engagées en ce sens. « On vient d’organiser à La Rochelle une réunion d’interclustering sur le thème de la “croissance bleue“, qui a débouché sur des idées de projets comme l’exploration des fonds marins à l’aide de drones, fait valoir Jean-Georges Micol. Il y a déjà beaucoup de projets transversaux qui ont été développés entre drones et agriculture, par exemple. »
Au demeurant, la Région a été convaincue très tôt du potentiel d’une filière drones, d’où la création avec Thales d’un cluster dédié,  Aetos, dès 2010. Parmi les projets soutenus par la Région, Vitidrones, un service de télédétection du vignoble permettant aux viticulteurs de recueillir des informations précises sur la santé des plants de vigne pour une meilleure conduite de leur exploitation.
Même volonté de transversalité au pôle Aerospace Valley. « On travaille de plus en plus de manière  crossectorielle », fait valoir David Convers, en charge des projets de recherche dédiés à la thématique Espace et applications spatiales. A titre d’illustration, le responsable met en avant le projet Booster-Nova, coordonné par Aerospace Valley, qui vise à faire émerger des start-up dans le domaine spatial pour développer des solutions innovantes dans les domaines comme la croissance bleue ou l’agriculture. « Par exemple, on cherche à utiliser les images prises par satellite pour mesurer au plus près l’érosion de la côte aquitaine », explique David Convers.
Enfin, le schéma régional de développement met en avant le renforcement du soutien aux petites entreprises. « On veut doubler le flux annuel de création de start-up à l’horizon 2020, en se concentrant sur les PME qui ont le potentiel de devenir à terme des ETI », explique Jean-Georges Micol. Fin mars, la Région a présenté sa feuille de route « régions start-up ». Au programme, des moyens renforcés pour l’accompagnement des start-up et la constitution de réseaux d’expertises technico-économiques d’envergure internationale.  

Catherine Quignon / Photo : twin

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