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Innovation Review

« Il faut que les PME aient davantage accès aux laboratoires et centres de recherche »

[Article du 12/05/2017]

Suite à l’adoption, en décembre 2016, du Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII), Stéphanie Houël, la vice-présidente Innovation, Enseignement supérieur et Recherche des Pays de la Loire, revient pour « Innovation Review » sur les nouvelles priorités de la Région en matière de développement économique et d’innovation. L’accent est mis sur le développement des PME, avec au programme l’adaptation des dispositifs d’accompagnement des entreprises et le déploiement d’initiatives visant à favoriser la diffusion de l’innovation.

« Il faut que les PME aient davantage accès aux laboratoires et centres de recherche »

« Il faut que les PME aient davantage accès aux laboratoires et centres de recherche »

Interview de Stéphanie Houël,

 Vice-présidente Innovation, Enseignement supérieur et Recherche des Pays de la Loire 

 

Quels sont les atouts de la région sur le plan économique ?
Nous avons la chance d’avoir à la fois un réseau de PME très développé et un ensemble de grands donneurs d’ordres bien répartis sur l’ensemble du territoire. On a également un réseau dynamique de villes de taille moyenne, avec des territoires labellisés French Tech dans tous les départements : la Vendée et Le Mans sur le thème « Clean Tech – Mobility », Laval sur le théme « Edtech-Entertainement »… Par ailleurs, l’économie de la région a la chance de reposer de manière équilibrée sur des secteurs variés. Il y a bien sûr l’agroalimentaire et le tourisme, mais d’autres filières sont en développement, comme la santé du futur, concentrée sur l’axe Nantes-Angers, la filière électronique autour d’Angers, un pôle autour de la robotique à La Roche-sur-Yon… Tout un ensemble d’expertises que la Région souhaite davantage mettre en réseau. Les Pays de la Loire sont également positionnés sur des secteurs à forte croissance, comme les énergies marines renouvelables. Dans ce domaine, nous avons des laboratoires de recherche reconnus, avec notamment l’Ecole centrale de Nantes et la plateforme Sem-Rev, le premier site en France d’essais en mer.

Et les faiblesses ?
Concernant les points à travailler, nous avons beaucoup d’entreprises de petite taille, qui dépendent principalement d’un grand donneur d’ordres et qui doivent arriver à créer leur propre dynamique. Se pose également la problématique de l’accessibilité, que ce soit au niveau du numérique, de la téléphonie ou des transports. Notre région n’est pas particulièrement en retard dans ce domaine, mais il y a toujours une marge de progression. A ce sujet, le statu quo autour du projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est problématique : ce n’est pas en se repliant sur soi que l’on va favoriser le développement du territoire. Il y a aussi un potentiel énorme au niveau du port de Saint-Nazaire, qu’il faut réussir à davantage exploiter.

Le nouveau SRDEII a été adopté en décembre 2016. Quelles en sont les priorités ?
On a voulu faire simple et pragmatique. Nous devons nous adapter aux entreprises, et non l’inverse : il ne faut plus qu’une PME soit bloquée parce qu’il manque tel numéro de téléphone ou tel papier à son dossier. La Région veut également être le porte-avions des entreprises à l’export en facilitant leur mise en réseau. Ce qui marche, c’est la coopération entre les entreprises ; c’est d’ailleurs ce qui fait la force de territoires comme la Vendée et la Mayenne. En matière d’innovation, il faut que les PME aient davantage accès aux laboratoires et aux centres de recherche. Les structures comme les technocampus, par exemple, sont préemptées par les grandes entreprises : nous devons faire évoluer cela. L’objectif est aussi de faire en sorte que les dispositifs existants soient plus simples et lisibles ; il y avait jusqu’à une centaine de plateformes régionales d’innovation sur le territoire !

Quelles sont les premières actions mises en œuvre pour accompagner les entreprises ?
Pour favoriser le développement des entreprises à l’international, on a décidé de missionner trois « envoyés spéciaux » dans les bureaux de Bpifrance en Asie, aux Etats-Unis et en Afrique de l’Ouest. Un autre dispositif important mis en place est l’Accélérateur PME des Pays de la Loire : il s’agit d’une expérimentation lancée à l’échelle nationale, que l’on va mettre en place au niveau régional sur deux ans et qui s’appuiera sur l’expertise de Bpifrance. L’objectif est d’aider les PME à se développer pour devenir des ETI. Ce dispositif sera proposé aux PME les plus prometteuses à l’issue d’un parcours d’accompagnement baptisé « contrat de croissance entreprises ». En matière de financement, la Région veut concentrer ses aides sur des segments peu couverts par le marché bancaire, comme les fonds d’amorçage et les petites capitalisations autour de 200 000 à 300 000 euros. Plusieurs mesures en ce sens seront présentées prochainement par la Région.

Et en matière de soutien à l’innovation ?
En ce qui concerne le soutien aux filières, un budget important – 35 millions d’euros – est consacré au financement des programmes de recherche. La Région a augmenté de 50 % le budget consacré à l’appel à projets « Connect Talent », dont l’objectif est d’attirer des chercheurs du monde entier pour travailler sur des thématiques comme la transition numérique, les énergies marines renouvelables… Cet appel à projets a été lancé en ce début d’année. Afin de favoriser la diffusion de l’innovation, nous souhaitons que soit développé le Réseau de développement de l’innovation (RDI), qui regroupe à ce jour 280 membres ; au demeurant, celui-ci est désormais rattaché à notre agence régionale de développement économique.
La Région a également lancé des opérations comme l’appel à solutions « Résolutions », dont l’objectif est de mettre en rapport un entrepreneur qui rencontre un problème et une entreprise qui dispose des compétences pour le résoudre. Dans le cadre de cette opération, quatre concours par an seront organisés autour de thématiques comme l’agriculture du futur, le tourisme… Par ailleurs, pour faciliter l’accès des PME aux structures de recherche de la Région, celle-ci financera des projets courts de R&D, de l’ordre de trois mois, associant les entreprises, en particulier les PME, aux pôles d’innovation. Après une phase d’expérimentation auprès de dix entreprises, ce dispositif sera évalué pour voir si l’expérience est positive.

Que prévoit la région pour accompagner les transitions énergétiques et numériques ?
Une feuille de route sur la transition énergétique a été adoptée par la Région dans le même temps que le SRDEII. Parmi les projets emblématiques soutenus par la Région, le « Smart Ideas to Link Energies » (SMILE) est porté avec la Bretagne depuis avril 2016. Il s’agit de déployer à grande échelle des réseaux électriques intelligents sur quatre départements – Loire-Atlantique, Vendée, Morbihan, Ille-et- Vilaine – à l’horizon 2020 et de faire de ce territoire une vitrine à l’échelle de la France. Ce projet concerne aussi bien le développement des véhicules électriques que celui des solutions de stockage de l’énergie, ou encore l’intégration des énergies renouvelables aux réseaux. La Région soutient également la démarche Parcours entreprises à énergies positives (PEP’S). Ce dispositif vise à accompagner des entreprises dans leur consommation d’énergie. En matière de transition numérique, l’accent est mis sur les infrastructures en très haut débit. Pour accélérer son déploiement, la Région a fait le choix de soutenir des projets de développement du très haut débit portés par les départements : pas moins de 118 millions d’euros vont y être consacrés d’ici à 2020.

La formation est un autre enjeu important pour les entreprises. Qu’est-il prévu pour mieux adapter l’offre de formation à leurs besoins?
Des comités incluant les acteurs économiques de la région seront mis en place pour construire une feuille de route pluriannuelle de la formation initiale et continue. La Région souhaite également développer l’offre de formations courtes, via un nouveau programme régional de formations courtes d’adaptation à l’emploi baptisé « Accès emploi ». Ce programme vise à répondre aux besoins de recrutement immédiat des entreprises. Sa mise en œuvre s’appuie sur les dispositifs de Pôle emploi et des Organismes paritaires collecteurs agréés (Opca). Il s’agit également de travailler sur l’attractivité des métiers en tension, dans l’agroalimentaire, la métallurgie… Des actions de communication seront menées en ce sens.

 

Filières & pôles

La région des Pays de la Loire se caractérise par la diversité de son économie et la présence de secteurs à forte valeur ajoutée. A travers son Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII), la région entend consolider ses atouts en redynamisant les secteurs et les infrastructures emblématiques du territoire, tout en soutenant le développement des filières d’avenir comme la santé et les énergies marines renouvelables.

Un dynamisme démographique certain, de grands groupes industriels solidement implantés aux côtés de PME innovantes, un réseau d’entreprises bien réparties sur l’ensemble du territoire : la région des Pays de la Loire ne manque pas d’atouts sur le plan économique. Au demeurant, même si sa croissance est au ralenti depuis 2008, celle-ci reste parmi les plus élevées des régions françaises. Sur le plan de la réforme territoriale, la région a la chance de conserver son intégrité : elle n’est pas concernée par les fusions que connaissent d’autres régions.  

Une économie diversifiée
Premier secteur industriel devant la métallurgie et les transports, l’agroalimentaire associe la présence de grands fleurons industriels (Lactalis, Fleury Michon…) à un réseau de PME disséminées sur tout le territoire. Avec plusieurs clusters et pôles de compétitivité dédiés, le secteur bénéficie d’un environnement propre à booster l’innovation. Au demeurant, Vegepolys est le pôle de compétitivité le plus important de la région en termes d’adhérents. « Nous en comptons 420, parmi lesquels 330 entreprises », indique Gino Boismorin, directeur du pôle. Vegepolys porte plusieurs projets majeurs, parmi lesquels Pumagri, une plateforme de désherbage mécanique autonome de nuit comme de jour. Une innovation qui vise à alléger le travail des agriculteurs.
Mais l’économie régionale repose aussi sur des activités à forte valeur ajoutée, comme la construction aéronautique et navale. Le territoire peut compter sur la présence historique de groupes internationaux, à l’instar d’Alstom ou de STX. Au demeurant, les Pays de la Loire, qui bénéficient d’un linéaire côtier de 450 km, sont au premier rang français de l’industrie navale. Même si le Grand Port de Nantes Saint-Nazaire subit une baisse de trafic depuis plusieurs années, cette infrastructure emblématique reste le premier port de la façade atlantique. Par ailleurs, les Pays de la Loire sont en pole position sur les énergies marines renouvelables (EMR). En matière d’innovation dans ce domaine, la plateforme d’essais en mer Sem-Rev de l’Ecole centrale de Nantes est le premier site d’expérimentation français permettant la mise au point des système de récupération des énergies marines, issues principalement de la houle et du vent offshore.

Deux filières dynamiques : les énergies renouvelables et le numérique
Le pôle S2E2 pilote également des projets en lien avec les énergies renouvelables. « Nous avons notamment labellisé le projet “Smart Grid Vendée“, qui vise à expérimenter sur ce territoire des solutions pour gérer le système de distribution de l’électricité dans le contexte de la transition énergétique », indique Jérôme Finot, le directeur du pôle. Doté d’un budget de 27 millions d’euros, c’est l’un des plus gros projets de déploiement sur le département. « Il s’agit par exemple de mettre en place des équipements de pilotage de l’énergie dans des bâtiments collectifs pour mieux adapter l’offre et la demande », précise Jérôme Finot. Le projet SMILE (voir pages précédentes l’interview de la vice-présidente de la Région, Stéphanie Houël) prend appui en partie sur ce démonstrateur. Démarré en 2013, le projet Smart Grid Vendée se déroule sur cinq ans.
Autre filière régionale dynamique, le numérique. En plus de Nantes, labellisée « métropole French Tech » depuis 2014, plusieurs territoires bénéficient du fameux label visant à favoriser l’émergence des nouveaux leaders du numérique: Angers sur l’Internet des objets, la Vendée et Le Mans sur le thème Clean Tech-Mobility, et Laval sur le thème Edtech-Entertainement. En l’espace de quelques années, le chef-lieu du département de la Mayenne est devenu un pôle de référence en matière de réalité virtuelle, s’appuyant entre autres sur un centre de ressources technologiques, baptisé Clarté, dédié à ce domaine. A Angers, la Cité des objets connectés, un accélérateur industriel privé, est devenue une infrastructure de référence en la matière. Inscrit dans la feuille de route de la Nouvelle France industrielle mise en place par le précédent gouvernement, le site associe des outils de prototypage et de développement pour favoriser la production industrielle d’objets connectés.

Fusions et restructurations
Malgré tous ses atouts, l’économie ligérienne n’est pas épargnée par la crise ; pour preuve, l’augmentation notable du taux de chômage et du nombre de défaillances d’entreprises ces dix dernières années. Plusieurs filières économiques importantes dans la région, comme l’automobile, « nécessitent d’être redynamisées pour retrouver une compétitivité durable », souligne le SRDEII adopté en décembre 2016.
Parmi les premières actions engagées au niveau des filières et pôles de compétitivité, l’absorption de l’Institut automobile du Mans par le pôle de compétitivité automobile iD4Car. Actée en décembre 2016, cette initiative vise à favoriser le développement d’un cluster interrégional (Pays de la Loire et Bretagne) de taille critique dédié à l’innovation dans le secteur. Plusieurs projets d’envergure associant grands groupes et PME locales sont déjà portés par le pôle. « Parmi les projets labellisés, il y a HydroSAfeTire, donne en exemple Sergio Capitao, directeur d’iD4Car. Ce projet entre Michelin et la PME Nextflow Software, localisée à Nantes, vise à développer de nouvelles méthodes de conception de pneumatiques pour produire des prototypes améliorant significativement leurs performances. »
Sur un autre terrain, celui de l’économie maritime, la Région entend faire du Grand Port Maritime Nantes Saint-Nazaire un port de référence en matière de transition énergétique et écologique. L’aménagement du site est en marche : dans le cadre de la feuille de route 2015-2020, une enveloppe régionale de 17,8 millions d’euros lui est dédiée. En jeu, notamment, l’organisation du passage portuaire, mais également des accès nautiques et terrestres, ainsi que l’offre de service fluvial, ferroviaire ou intermodale.

Renforcer l’accompagnement des filières en devenir
En plus de soutenir les filières en difficulté, le SRDEII mise sur le renforcement de l’accompagnement des filières en devenir, comme le numérique, l’économie bleue ou encore la « silver économie ». Un recensement réalisé par la CCI Pays de la Loire a évalué à plus de 700 le nombre d’entreprises régionales ayant un intérêt direct pour le marché des seniors. Plus largement, la Région mise sur le développement de la filière « santé du futur ». Le futur pôle Santé autour du CHU de Nantes, qui devrait être opérationnel à l’horizon 2023-2025, pourrait en devenir le cœur. Dans une logique de cluster, la création d’un quartier hospitalo-universitaire, comprenant une nouvelle faculté de médecine, des entreprises et des instituts de recherche, est prévu autour du futur CHU.
Afin de booster l’innovation et le développement économique du territoire, la Région pourrait bénéficier de nouveaux leviers : il est possible qu’elle se voie confier la gouvernance de trois des quatre pôles siégeant en Pays de la Loire mais qui ne sont pas pilotés par cette Région. Selon le SRDEII adopté en décembre 2016, l’objectif serait alors de « renforcer l’ancrage territorial de ces pôles en les incitant à développer leurs actions auprès des PME ligériennes ». Dans ce dessein, leur animation serait confiée à l’Agence régionale d’innovation de la région.
« Il y a une forte dynamique régionale, avec une volonté collective de collaborer, fait valoir Gino Boismorin en guise de conclusion. On bénéficie d’un soutien très important de la Région, qui est notre premier partenaire en termes d’accompagnement financier. » Si la réforme territoriale incite les pôles de compétitivité à mettre en place des rapprochements et des projets collaboratifs, des incertitudes demeurent. « Les départements nous finançaient en partie, souligne Jérôme Finot. Avec la réforme territoriale, cette question reste à clarifier. » 

Catherine Quignon

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