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BMW dessine la mobilité premium du futur

[Article du 03/04/2017]

 THIBAULT LESCUYER. Photos : BMW

On ne change pas une stratégie gagnante, on l’adapte. Avec sa nouvelle stratégie « Number One Next », BMW continue sur sa lancée, tout en innovant sur les partenariats stratégiques.

Légende : BMW gamme NEXT 100.

Bienvenue au FIZ (Forschungs und Innova-tionszentrum) de BMW, autrement dit, en français, Centre de recherche et d’innovation. Installé depuis 1987 à Munich, c’est là que les ingénieurs de la firme bavaroise créent les véhicules de demain. « Le centre FIZ est en pleine extension pour intégrer les nouveaux métiers dont nous avons besoin », nous expliquait Serge Naudin, le patron de BMW France, lors du Mondial de l’automobile. Une fois agrandi à quelque 800 000 m2, contre 500 000 actuellement, le FIZ pourra réunir jusqu’à 15 000 personnes, dont des spécialistes de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité. De quoi contribuer au plan stratégique Number One Next qu’a annoncé le PDG de BMW, Harald Krüger, en mars 2016 et au lancement de son futur fleuron électrique,
l’i Next, en 2021.
« Number One Next prolonge notre stratégie Number One tracée en 2007 », ajoute Serge Naudin. En 2007, cette stratégie avait donné naissance à la gamme électrique i et à la première génération de voitures connectées. Huit ans après, la stratégie se décline autour de quatre axes, regroupés dans l’acronyme « Aces » : autonomie, connecté, électrique et partage (« shared »). Quatre axes sur lesquels BMW n’entend pas perdre son leadership premium face aux challengers comme Tesla, Uber ou Faraday Future. Comment s’y emploie-t-il ? En combinant ses efforts de R&D avec des partenariats innovants et avec une ouverture accrue aux start-up.
Premier exemple sur l’autopartage. En 2011, BMW avait frappé fort en créant une joint venture avec le loueur Sixt. DriveNow, c’est son nom, propose un service hybride entre la location classique et l’auto-partage qui fait la part belle aux innovations connectées et d’usage (dont le rendu du véhicule sur des parkings banalisés). Rien qu’un défrichage ? En 2016, alors que DriveNow s’étend hors d’Allemagne, une des marques du groupe participantes, Mini, n’a pas hésité à créer un accélérateur de start-up en plein cœur de New York.
Urban-X a été créé début 2016 à Brooklyn avec l’incubateur américain Hax appartenant à Sos Venture. Outre le fait qu’il s’implante sur un terreau fertile en jeunes innovateurs, il fait le choix d’un thème hyper transversal : « City as a service », la ville services. Celle-ci « exige des produits et, surtout, des services qui doivent être construits pour et autour d’une fonction», expliquait Esther Bahne, la directrice de l’impact ventures chez Mini (citée par TechCrunch). En toile de fond, un avenir se dessine où des voitures autonomes en auto-partage pourraient devenir massives et où, comme l’a auguré récemment l’un des membres du board de BMW, Peter Schwarzenbauer, le business model pourrait muter du véhicule vendu vers le kilomètre parcouru.

« Ferrer » les start-up avant la concurrence
L’accélérateur Urban-X illustre bien une tendance de fond à l’œuvre dans l’automobile : face aux révolutions en cours, l’innovation ouverte et les nouveaux partenariats sont une absolue nécessité. Or, du côté des start-up, celles qui ont un vrai potentiel de disruption sont rares et vite courtisées. En outre, les moyens limités dont elles disposent leur interdisent souvent d’approfondir plusieurs partenariats simultanément. Tout l’enjeu est donc de les « ferrer » à temps, avant la concurrence. D’où l’importance d’un dispositif attrayant. Loin de se limiter à Urban-X, le dispositif de BMW inclut le fonds de capital risque iVenture créé en 2011 et le « start-up garage » généraliste, créé à Munich en 2015.
Même avec 5,2 milliards de dollars investis en R&D (chiffre 2015), « ce serait une erreur de croire qu’on peut tout faire seuls », souligne Serge Naudin. Une erreur, aussi, de croire qu’il n’y a qu’un type de partenariat. En août 2015, BMW n’a pas hésité à s’embarquer dans le rachat collectif, avec Mercedes et Audi, du spécialiste de la cartographie Here, vendu par Nokia. Ce n’est pas la cible qui surprend, mais le fait d’acheter un fournisseur avec deux concurrents. Sauf qu’un des objectifs est de créer une norme « de fait » qui s’affranchirait des briques de Google Maps. Rien de tel, pour y arriver, que de jouer collectif.
Autre exemple, cette fois dans la conduite autonome. En juillet dernier, BMW a annoncé un partenariat de long terme avec Intel, concurrent de Nvidia, sur les puces temps réel, ainsi qu’avec Mobile Eye, la pépite israélienne des caméras embarquées. Le but ? Accoucher d’un nouveau standard et « définir une plateforme ouverte pour la conduite autonome » sur les niveaux 3 (« eyes off ») et 5 (« driver off »). La plateforme servira pour construire la future i Next. Elle sera aussi « rendue disponible à de multiples vendeurs de voitures et d’autres industries qui pourraient bénéficier de machines autonomes ou du deep learning ».
Tous ces partenariats s’ajoutent à ceux avec les équipementiers de rang 1 établis depuis des années. « Vous croisez facilement leurs ingénieurs au FIZ, où ils travaillent sur nos programmes de recherche », explique Jean-Michel Juchet, le directeur de la communication de BMW France. Et les fournisseurs français ? « Nous avons calculé notre empreinte française : 2,5 milliards d’euros par an », ajoute-t-il. L’empreinte inclut les gros équipementiers, des fabricants de niche (Montupet, par exemple) et des start-up. Trois d’entre elles, Sentryo, Oridao et Nexyad, n’ont-elles pas été sélectionnées par le concours BMW Tech-date ? Elles ont pu rencontrer des ingénieurs et des acheteurs de BMW. A Munich, évidemment.

 

BMW Start-up garage : une approche « venture client »

Recruté par BMW pour insuffler aux chercheurs et managers de l’innovation la culture du « design thinking », Gregor Gimmy a
co-créé le Start-up garage. Explications.

« L’argent le plus important pour une start-up, ce n’est pas l’investissement, ce sont les revenus », assène Gregor Gimmy. Et c’est la logique qui préside le « BMW Start-up garage ». Co-créée par Gregor Gimmy en 2015, cette nouvelle structure vise à attirer des technologies émergentes intéressantes pour BMW. « Nous regardons des technologies comme le deep learning, le blockchain, l’impression 3D et l’hydrogène », ajoute-t-il. Et les délais de mise sur le marché ? « Moins d’une année jusqu’à dix ans ! » affirme-t-il.
Après avoir passé quelques années en Californie au sein d’Ideo, la célèbre agence de « design thinking », et dans diverses agences spécialisées en innovation, Gregor Gimmy a été recruté par BMW en 2012, au départ pour déployer des méthodes proches du design thinking. Puis il a convaincu le staff de BMW de créer le Start-up garage avec une approche particulière qu’il appelle « venture client » en écho au venture capital. Suivant cette approche, la jeune pousse n’obtiendra pas de capital, mais un bon de commande.

Avoir un prototype fonctionnel
Pour pouvoir postuler, les start-up doivent remplir trois conditions : avoir déjà participé à un programme d’accélération ou avoir signé avec un venture capitalist, disposer d’un prototype fonctionnel, et ne pas avoir signé avec un autre OEM.  Si c’est le cas, un accord de confidentialité suffit pour entamer le process de sélection. S’ensuit une phase de coaching et des discussions avec les ingénieurs des business unit. « Cela dure entre trois semaines et trois mois », assure Gregor Gimmy. L’objectif est de valider la technologie pour arriver à la signature d’un premier contrat commercial. « L’idée est que les start-up obtiennent un numéro fournisseur et un bon de commande » en lien avec un des projets R&D du groupe, précise Gregor Gimmy. Et cela marche ? L’homme refuse de dire combien de start-up sont dans la boucle. Certaines sont repérées par son équipe, d’autres par le réseau des accélérateurs et des VC connectés à BMW.
En France, le BMW Garage s’est associé au pôle de compétitivité Mov’eo pour sélectionner des start-up dans des secteurs qui ne sont pas nécessairement connectés à la mobilité. Le BMW Tech Date a permis d’en sélectionner trois, en septembre dernier, à partir de 80 candidats. La première, Sentryo, propose une solution de cybersécurité adaptée aux réseaux de contrôle commande, la deuxième, Oridao, sécurise les transactions avec le blockchain, et Nexyad propose une application qui estime les risques de conduite en temps réel. Ont-elles un bon de commande ? Cela reste confidentiel. 

 

THIBAULT LESCUYER. Photos : BMW

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