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PME – ETI, les champions méconnus de l’innovation

[Article du 29/03/2017]

« Innovation Review » présente les pépites cachées de notre industrie qui sont en train de conquérir la planète. Equipements industriels, agroalimentaire, santé, électronique… les marchés où excellent ces entreprises sont sans limites. Nous avons analysé les étonnantes réussites de ces PME-PMI et ETI souvent méconnues.

PME – ETI, les champions méconnus de l’innovation

PME – ETI, les champions méconnus de l’innovation

Les petites et moyennes entreprises sont les parents pauvres de l’actualité. Coincés entre start-up innovantes et grands groupes omniprésents, ces acteurs sont pourtant un moteur essentiel de la recherche, avec près d’un tiers des investissements. Moins diversifiées que les grands groupes, moins visibles que leurs homologues allemandes ou italiennes, les PME et ETI françaises peuvent parfois dominer des marchés internationaux grâce à leurs investissements dans l’innovation et la recherche.

C’est le cas de l’ETI Orolia. Elle a construit son succès dans le secteur des technologies de positioning, navigation and timing (PNT) des signaux satellites.
Fondée en 2006 à Valbonne Sophia-Antipolis, Orolia est aujourd’hui un partenaire incontournable des systèmes de navigation par satellites actuels, que ce soit le GPS ou Glonass, ou les projets en cours de développement comme Galileo ou le système IRNSS indien. C’est grâce à cette place privilégiée que l’ETI reste à la pointe du secteur, au contact de Thales, Airbus ou Boeing. « Lorsque vous êtes leaders, vos clients vous aident à être innovants en vous orientant sur les technologies à développer. Nous ne faisons pas de R&D blanche », explique le PDG du groupe, Jean-Yves Courtois. Une fois la tendance identifiée, l’ETI n’hésite pas à participer à des programmes de recherche communs. Ainsi, le groupe a été nommé en 2015 par la Commission européenne, dans le cadre du programme H2020 Helios, pour diriger le développement des balises de détresse de nouvelle génération pour le système international de recherche et sauvegarde par satellites Cospas-Sarsat, capable de détecter un signal instantané. « C’est la convergence de l’arrivée de Galileo et du crash du Rio-Paris ou la disparition du vol MH370 qui nous ont amené à nous impliquer dans ce programme », explique Jean-Yves Courtois. Mais l’innovation peut toujours survenir d’ailleurs. C’est alors la tâche de ses différents centres de R&D répartis dans plusieurs pays (Etats-Unis, France, Royaume uni…) d’aider la société à anticiper les évolutions technologiques. C’est ainsi par ce biais qu’Orolia a entendu parler de l’américain Satelles, propriétaire d’une technologie capable de fournir des données de localisation et de temps indépendantes des signaux satellites GPS et GNSS traditionnels. « C’est essentiel pour des secteurs comme la banque, où l’absence d’horodatation s’avère très coûteuse », explique Jean-Yves Courtois. L’ETI a ainsi signé un partenariat stratégique avec l’américain Satelles fin 2016.
Points forts :
• Un maillage international de la R&D
• Partenaires industriels de référence
• Ratio R&D/CA : 15 %

L’ETI Gravotech est un des leaders mondiaux de la conception et de la fabrication de la gravure.
Fruit de la réunion de trois sociétés respectivement spécialisées dans la signalitique, la traçabilité et la modélisation, le groupe s’est hissé au rang de leader de la gravure grâce aux synergies développées entre ces secteurs. Gravotech travaille désormais dans des domaines aussi différents que l’automobile, la cosmétique ou l’énergie. Selon le groupe, pas une voiture dans le monde ne roule sans une pièce au moins gravée par Gravotech. L’innovation est au cœur du succès du groupe.
Plus que la qualité de sa recherche, c’est son organisation qui fait la différence. « Nous avons regroupé en 2015 les différentes unités du groupe, comme le marketing, le SAV, l’innovation… pour créer des synergies entre elles. Elles échangent ensemble autour de projets communs au sein de notre centre d’innovation technologique (CIT). Cette organisation transversale permet de simplifier l’innovation et d’accélérer le cycle de développement de produit », explique Gérard Guyard, le PDG. L’ETI s’est également rapprochée de ses clients en créant les AppLabs, des laboratoires applicatifs dans lesquels le groupe peut développer des technologies de gravures personnalisées.
Points forts :
• Une organisation transversale
de la recherche
• Ratio R&D/CA : 5 %

Les PME, grandes productrices de brevets

A elles seules, les PME et les ETI pèsent près des trois quarts des brevets déposés par une personne morale, et près d’un tiers des brevets publiés à l’INPI (chiffres 2014). Ces brevets sont particulièrement importants pour ces acteurs lorsque la PME détient une innovation de rupture longue à introduire sur les marchés.

La PME Coldway est dotée par exemple d’une quinzaine de familles brevets à elle seule.
Créée au début des années 2000 par deux chercheurs du laboratoire Promes du CNRS, Laurent Rigaud et Francis Kindbeiter, Coldway commercialise une technologie de production immédiate de froid et de chaleur grâce à une réaction chimique entre de l’ammoniac et des sels. Cette innovation de rupture permet d’atteindre les -30° comme les +200°. Grâce à une première levée de fonds, la société a développé d’abord des containers destinés au marché de la santé, de l’alimentaire et du transport thermosensible. Une deuxième levée de 9 millions d’euros a ensuite été réalisée après les premières ventes auprès de fonds comme la BPI ou le fonds Innovation du CIC. Aujourd’hui, Coldway travaille toujours avec le laboratoire Promes et voudrait diversifier ses applications. « Les containers étaient le moyen le plus rapide d’arriver sur le marché, mais des applications de stockage énergétique, par exemple, sont possibles avec cette technologie », affirme Laurent Rigaud. Coldway dépose près de deux brevets par an afin de développer de nouvelles applications. La R&D du groupe pèse aujourd’hui plus d’un quart du chiffre d’affaires.
Points forts :
• Une quinzaine de familles
de brevets déposées
• Innovation de rupture
• Ratio R&D/CA : 25-30 %

Certains secteurs sont particulièrement dépendants de l’innovation des PME et ETI, comme ceux du BTP et de la manutention, très éclatés.
Mais d’autres secteurs plus concentrés historiquement, comme la défense, s’ouvrent de plus en plus à l’innovation des petits acteurs. La PME A-NSE est par exemple un des leaders mondiaux des ballons captifs et des dirigeables, utilisés pour la surveillance d’infrastructures, de vastes espaces ou d’évènements. La PME s’est notamment spécialisée dans la production de ballons capables de supporter des grosses chaleurs et des vents forts tout en disposant d’une grande autonomie. Capables d’embarquer jusqu’à 200 kilos de matériel électronique, ces ballons sont ainsi en mesure d’identifier un véhicule à 40 kilomètres. A-NSE, qui ne travaille presque exclusivement qu’à l’international, a protégé ses innovations à travers trois familles de brevets. Récemment la PME a franchi une étape dans son développement en participant à son premier projet collaboratif. Elle a dirigé le projet Neptune, lancé en 2013 et financé par le FUI, qui consistait à développer avec Thales, l’Onera, l’ECN et l’Ensam un dirigeable de surveillance maritime capable d’embarquer un radar de Thales conçu initialement pour des avions. « Nous avons découvert d’autres méthodologies de recherche au contact de ces industriels et des grandes écoles. Nous allons probablement poser un nouveau projet collaboratif », explique Baptiste Regas, président d’A-NSE.
Points forts :
• Trois familles de brevets déposées
• Recherche collaborative
Ratio R&D/CA : 33 %

Les pôles de compétitivité, des outils indispensables

L’innovation des PME et ETI est également portée par l’aide publique, notamment à travers les pôles de compétitivité. Les PME composent l’immense majorité des membres des pôles, autour de 86 %. Le taux monte à 98 % si l’on compte les ETI. Ces outils s’avèrent de plus en plus essentiels pour permettre aux PME d’innover et de trouver des débouchés.

La PME BMSTI est partenaire historique du pôle de compétitivité Alsace Biovalley.
Créée par des anciens employés du laboratoire pharmaceutique Rusch lors de la délocalisation des activités en République tchèque, la société, spécialiste des dispositifs médicaux dans les domaines de l’urologie, la gynécologie et la chirurgie mini-invasive, compte 18 employés. Pour assurer son avenir, elle a misé sur l’innovation. La PME mène deux projets de recherche avec le pôle Alsace Biovalley, dont un sur le développement d’un dispositif médical destiné au traitement prénatal de la hernie de coupole diaphragmatique (HCD). Le projet est mené en collaboration avec un docteur des hôpitaux universitaires de Strasbourg et chercheur à l’Inserm, que la PME a rencontré par l’intermédiaire de la SATT Conectus. « Nous profitons du dynamisme de Strasbourg dans la santé avec l’IHU, l’Ircad. Nous sommes également régulièrement sollicités par les start-up pour réaliser des tests. » La PME travaille aussi en direct avec d’autres acteurs innovants, à l’instar de ses recherches menées avec la société strasbourgeoise Surgical Perspective sur un dispositif de chirurgie mini-invasive.
Points forts :
• Recherche collaborative
• Proximité avec l’écosystème santé alsacien
• Ratio R&D/CA : 15/20 %

La PME IDnomic, spécialiste de l’identité numérique, s’appuie sur des programmes nationaux de recherche pour rester innovante.
La PME de 85 personnes, présente à l’international, a construit son succès dans la signature électronique, qui a notamment été utilisée pour la mise au point des passeports biométriques. La revente en 2015 de ses activités de protection des documents lui a permis de se concentrer sur le secteur plus porteur de l’identité numérique.
IDnomic s’est ainsi concentrée sur le secteur de la voiture connectée et de la voiture autonome ainsi que sur la sécurisation des communications. Sa technologie PKI (technique de chiffrement asymétrique) permet au système embarqué d’une voiture de reconnaitre que le message qu’il reçoit vient bien d’une infrastructure ou d’une autre voiture connectée autorisée. La PME a naturellement intégré le projet SCOOP@F, le projet français sur les transports routiers intelligents dans lequel sont impliqués aussi bien Renault que PSA. IDnomic est d’ailleurs partenaire des deux constructeurs, et travaille également avec l’IRT SystemX et l’institut Mine Telecom.
Points forts :
• Partenaires industriels de référence
• Ratio R&D/CA : 25 %

La Région, soutien de l’innovation des PME
Les Régions peuvent jouer un rôle décisif dans l’innovation des PME et ETI.

La PME Salveco est spécialiste de la chimie végétale et des produits de détergents naturels, détergents écologiques.
Elle a bénéficié pendant des années du soutien de la Région Lorraine, intégrée depuis dans la Région Grand Est, avant même de produire le moindre chiffre d’affaires. « Pendant les premières années, nous n’avons fait que de la recherche », précise le PDG, Stéphane Auberger.
Salveco a été créée par ce docteur ès sciences afin de commercialiser des détergents et désinfections innovants, issus de ressources naturelles et renouvelables, pour professionnels. « Nous avons mis au point des formules à base d’acides lactiques, par exemple, qui remplacent les dérivés de la pétrochimie comme l’eau de Javel. » Or, aujourd’hui, le marché est sur le point de décoller. D’ici à 2018, REACH permettra de connaître les 30 000 substances chimiques utilisées par les industriels, et donnera la possibilité d’imposer un meilleur encadrement de leur usage. A ce jour, Salveco est un des seuls français à avoir reçu de l’Union européenne une autorisation simplifiée de mise sur le marché (AMMS), et revendique ni plus ni moins la place de leader sur le marché des détergents verts. « Notre force, c’est notre unité mixte de recherche, capable de travailler sur le sourcing des matières comme sur la biologie et la toxicologie des produits. » Le groupe mène également des projets de recherche avec l’université de Lorraine. La société est déjà partenaire de leaders mondiaux du secteur, comme Diversey.
Points forts :
• Technologie de rupture
• Partenaires industriels de référence
Ratio R&D/CA : 30 %

La multidisciplinarité, clé de l’innovation
L’innovation émerge aussi du croisement de différents domaines.

Ainsi, la société Carbios a mis au point des sacs plastiques biosourcés et biodégradables en introduisant des enzymes de dégradation dans les plastiques.
Cette innovation est le fruit de la rencontre d’un ancien employé du groupe Roquette spécialiste de la plasturgie, et d’un chercheur de l’Insa Toulouse spécialiste des enzymes. « Ces plastiques biodégradables serviront pour les films de paillage en agriculture, les films de routage et bien entendu les sacs pour fruits et légumes. Pour les bouteilles d’eau, de lait et les emballages alimentaires en PET, nous privilégions la recyclabilité. Les monomères issus de la dégradation enzymatique une fois purifiés sont repolymérisés en PET identique à celui de départ, qui servira à refaire des bouteilles », explique Alain Marty, directeur scientifique de Carbios. La PME va notamment pouvoir profiter de la loi de transition énergétique, qui soutient depuis 2017 l’utilisation de sacs biodégradables et biosourcés. Elle a d’ailleurs signé en 2016 un accord avec LCI, filiale de Limagrain, et le fonds SPI de BPIFrance pour créer une joint venture productrice de ces sacs. Le groupe vise à plus long terme le marché du plastique dans le bâtiment et l’automobile. Ce dernier secteur est notamment confronté à une problématique de recyclage des plastiques qu’il utilise paradoxalement de plus en plus.
Points forts :
• Innovation de rupture
• Partenaires industriels de référence
• Ratio R&D/CA : NC

La société Mathym était encore il y a peu une start-up. Elle tient désormais à ce qu’on l’appelle une PMI, une PME industrielle.
La société lyonnaise, spécialiste des nanomatériaux, a réalisé l’an dernier une levée de fonds de 2,2 millions d’euros qui lui a permis de lancer la construction d’une ligne de production de fluorure d’ytterbium à Champagne-au-Mont-d’Or. La technologie de Mathym, unique au monde, est le produit des travaux du laboratoire de chimie de Lyon (ENS Lyon), où des chercheurs ont mis au point des nanomatériaux liquides à destination des industries dentaire et orthopédique. « Ces nanomatériaux radio-opacifient les matériaux, ce qui permet de les rendre visibles aux rayons X. Ils sont au moins aussi efficaces que les poudres de nanomatériaux, et moins dangereux, au même prix », explique Julien Alberici, CEO et cofondateur. La relative discrétion de Mathym vient aussi du fait que la société ne travaille qu’avec des pays étrangers, là où sont installés les leaders des prothèses dentaires et avec qui la PMI travaille déja. Si la PMI mène actuellement plusieurs programmes de recherche avec ces grands groupes, c’est en France qu’elle réalise pour l’instant ses recherches. « Nous travaillons avec le pôle de compétitivité Axelera, car il développe à travers Axel’One 3D-Printing une plateforme accueillant plusieurs technologies d’impression 3D qui nous intéressent. Nous aimerions développer des matériaux en zircone. »
Points forts :
• Innovation de rupture
• Recherche collaborative
• Ratio R&D/CA : +100 %

Charles-édouard de Cazalet, Directeur Associé du cabinet de conseil en financement Sogedev

» Quels sont les outils d’aide financière privilégiés par les PME pour innover ?
Les PME peuvent désormais trouver une aide de la BPI pour une grande partie de leurs projets. Le statut Jeune entreprise innovante est également très utilisé par les PME. Il s’agit d’une mesure que seule dans le monde la France a mise en place. Le CIR et le CII sont aussi très importants. Deux tiers de leurs utilisateurs sont des PME. Enfin, le Compte PME innovante a récemment été créé pour encourager l’investissement privé. L’écart entre la France et l’Angleterre sur ce point est de
1 à 10 du fait de la forte imposition lors de la cession d’entreprise.

» les régions développent-elles leurs propres outils de soutien à l’innovation ciblés sur les PME ?
Chaque Région développe ses outils, en fonction de ses dynamiques et de ses schémas d’innovation régionaux. Elles créent des clusters ou soutiennent le regroupement d’entreprises, par exemple. Certaines créent leur outil propre, comme la Région Ile-de-France, qui lance des appels à projets à destination des PME. D’autres, à l’inverse, n’ont pas de politiques ciblées.

» les PME innovantes partagent-elles les mêmes problématiques que les grands groupes en matière d’innovation ?
Elles n’ont pas les mêmes problématiques, parce qu’elles sont souvent plus fragiles financièrement et investissent moins dans des projets de long terme. Par contre, elles sont plus légères, donc plus réactives. Elles sont également plus exposées aux nouvelles technologies. Les grands groupes, eux, ont plus de difficultés à s’adapter à ces changements. Sur l’aspect financier, elles peuvent désormais poser leur candidature au programme H2020 sans être contraintes de participer
à un projet collaboratif.

 

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