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La RFID doit devenir plus performante pour trouver sa place dans l’industrie

[Article du 20/01/2017]

La RFID progresse en France. Plus évoluée que le code-barres, cette technologie reste souvent plus simple et moins chère à mettre en œuvre que les solutions Sigfox ou Wi-Fi. Mais la multiplication des solutions de communication pour les objets connectés a poussé les acteurs de la RFID à innover pour améliorer les performances de leur solution.

La RFID  doit devenir plus performante pour trouver sa place dans l’industrie

La RFID doit devenir plus performante pour trouver sa place dans l’industrie

Décathlon affiche sa satisfaction devant l’utilisation de la RFID. Pionnier de cette utilisation dans la distribution, le groupe a constaté un gain net en termes d’efficacité et de fiabilité dans la logistique, de rapidité dans l’encaissement et de sécurité grâce à cette technologie. Depuis 2014, il a donc décidé de généraliser l’utilisation de la RFID dans ses magasins. Longtemps handicapé par son coût, le tag RFID - comprenant une puce électronique et une antenne - revient de moins en moins cher. Et s’il reste plus coûteux que les codes-barres 2D, par exemple, il a l’avantage d’embarquer bien plus d’informations. De plus, le tag RFID fonctionne sans pile, à la différence de systèmes plus sophistiquées.
Cette technologie est ainsi de plus en plus utilisée pour des fonctions de traçabilité, comme l’illustre l’exemple de Décathlon. C’est également dans la sécurité que les industriels voient un avenir pour elle. La société 3ZA Intech s’est spécialisée dans les applications de la RFID pour la gestion des risques. « L’opérateur peut faire un auto-diagnostic de ses équipements avec un lecteur, et vérifier s’il est équipé des bons équipements », explique Jean-Yves Cadorel, fondateur de la start-up. La technologie RFID peut également permettre de tracer le matériel utilisé par les opérateurs de terrain dans des industries dangereuses, comme la chimie, et vérifier sa conformité. Elle est également utilisée pour gérer les outils de production. Les armoires connectées de la société Nexess permettent de réaliser des inventaires des outils équipés d’un tag RFID à chaque ouverture ou fermeture de l’armoire. La société travaille en grande majorité pour l’industrie aéronautique. « L’objectif est qu’aucun outil ne reste sur le site ou dans la carlingue d’un avion. Le risque lié à l’oubli d’outils est important dans l’aéronautique, qui est une activité encore artisanale », explique Sylvain Lafoy, responsable produit chez Nexess. Pionnier de l’industrie dans l’utilisation de la RFID, Airbus a estimé en 2015 avoir économisé près de 100 millions de dollars grâce à l’introduction de la RFID dans son processus de production. L’A350 est d’ailleurs le premier avion dont les pièces sont équipées de tags RFID intégrés.

 

 La rfid est de plus en plus utilisée 
 pour des fonctions de traçabilité, 
 mais aussi de sécurité, 
 de suivi du matériel utilisé, 
 de gestion des outil de production…

 
La RFID reste toutefois une technologie en développement. Elle est maîtrisée, mais la question de son déploiement nécessite encore de nombreuses recherches. Le Centre national de référence RFID (CNRFID), par exemple, basé à Rousset, dans les Bouches-du-Rhône, mène plusieurs programmes de recherche autour de l’adaptation des tags RFID aux objets. « Il n’y a pas de solution “plug and play“ dans la RFID ; cela dépend de la matière et de la forme des objets. La RFID dans la grande distribution ou dans les frigos intelligents, par exemple, reste compliquée, car il n’y a pas d’uniformité entre les produits », explique Christophe Lecosse, directeur général du CNRFID. Le centre mène ainsi plusieurs POC (Proof of Concept) en partenariat avec des industriels français sur l’utilisation de tags RFID sur des objets en métal, en matériaux composites ou entreposés dans conditions difficiles.

Une « vitrine industrielle » pour tester des solutions RFID
Le coût du déploiement des solutions RFID reste important. Si le groupe Décathlon a bénéficié du fait qu’il produisait 82 % de ses produits pour intégrer directement des tags RFID au stade de leur fabrication, la plupart des industriels freinent devant le coût d’adaptation des leur outils productifs à cette solution. C’est pourquoi, cette année, le CNRFID a inauguré sur son site le centre Connectwave. Il se présente comme une vitrine industrielle où les sociétés peuvent tester des solutions RFID. Le CITC, le Centre d’innovation des technologies sans contact et cluster de l’Internet des objets basé à Lille, aide également les industriels à concevoir des solutions RFID adaptées. Il mène notamment un projet d’intégration de la RFID dans du béton avec Vinci, l’Ircica et le Laboratoire de génie civil et géo-environnement (LGCgE) [université de Lille].

La piste des tags RFID « actifs »
Une des pistes pour améliorer les fonctions de ces tags RFID est de les rendre « actifs », en les équipant notamment d’une batterie. La société Ela Innovation s’est spécialisée dans ce marché de niche. Les applications proposées vont de la logistique au smart building en passant par la sécurité. « Nous intervenons sur le chantier du prolongement de la ligne 14 du métro parisien. Chaque ouvrier est équipé d’un tag RFID actif qui permet de le localiser sur les zones de travaux. S’il y a un éboulement, nous pouvons savoir si des ouvriers étaient présents sur le lieu, et s’il faut envoyer rapidement une équipe de secours », explique Pierre Bonzom, d’Ela Innovation. Cette société travaille également sur l’intégration de la localisation dans ses tags RFID pour créer des solutions RTLS (real-time locating systems). Ela Innovation a mené un projet, financé notamment par l’ANR, avec l’hôpital Broca pour équiper des objets de tags RFID. L’objectif est d’aider les patients atteints de la maladie d’Alzheimer à retrouver ces objets. Cette technologie de tags « actifs » ne représente que 5 % à peu près du marché, mais Ela Innovation anticipe une progression à 20 % d’ici à 2020. Toutefois, plusieurs problèmes se posent pour son développement. Ces tags ont besoin d’une batterie. Le CITC mène donc des projets de recherche pour réduire leur consommation d’énergie. « Plusieurs pistes sont envisagées, comme la réduction du nombre d’informations transmises ou la production d’énergie par piézoélectricité ou par l’énergie solaire », explique Thierry Demol, responsable R&D au CITC.
Une des solutions pour améliorer les performances de la RFID est de la conjuguer avec une autre technologie de communication pour les objets. La plupart des acteurs du secteur de l’Internet des objets proposent d’ailleurs d’autres technologies, comme les solutions Sigfox ou la connexion par Bluetooth. Ela Innovation veut par exemple rendre sa technologie RFID adaptable aux solutions Bluetooth 4.2 et Lora. Mais ces combinaisons posent pour l’instant plusieurs problèmes technologiques. Les pôles de compétitivité sont en première ligne pour les lever. Le pôle SCS mène ainsi des projets, avec notamment STMicroelectronics, Orange et Invia, sur la combinaison de la RFID et de la NFC. « La puce RFID ne sert plus à rien lorsque le consommateur a reçu le produit. Nous travaillons sur un projet de puce bi-fréquence qui combine de la RFID et de la technologie NFC. L’objectif est que le produit acheté puisse encore communiquer des informations auprès du consommateur, comme sur son cycle de vie par exemple. Les verrous sont liés à la consommation d’énergie nécessaire au fonctionnement de la puce bi-fréquence et à la conception des circuits radio et des antennes, qui doivent fonctionner sur des fréquences et des protocoles différents », explique Olivier Chavrier, directeur général adjoint du pôle SCS. Ce dernier mène également avec notamment Editag un projet de combinaison de la technologie RFID avec la technologie UWB (Ultra Wideband). Cette dernière est proche de la technologie Bluetooth, mais se caractérise par une consommation énergétique près de 50 fois inférieure. « Elle permet par exemple de géolocaliser un objet précisément dans un entrepôt, alors que la RFID demanderait de scanner tous les objets pour retrouver celui que l’on cherche », explique Olivier Chavrier.

 La sécurité de la RFID 
La RFID pourrait bientôt permettre de généraliser les systèmes de paiements sans contact ou d’ouverture des véhicules. C’est pourquoi les efforts d’innovation autour des technologies RFID doivent aller de pair avec des efforts en matière de sécurité. Le CITC travaille ainsi sur ces questions. Le centre a lancé en début d’année une plateforme de vérification du niveaude sécurité des objets connectés, la plateforme Scop, menée en partenariat avec Thales.

Florent Detroy - Photo : pole scs

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