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Miser sur l’innovation à 360°

[Article du 12/12/2016]

Ronan Dollé, responsable du pôle Innovation au sein de l’agence régionale Bretagne Développement Innovation, revient sur les grands enjeux locaux en faveur du développement des filières d’avenir et sur les actions concrètes qui permettent d’englober les innovations technologiques dans une démarche d’innovation sociale et managériale.

Miser sur l’innovation à 360°

Miser sur l’innovation à 360°

En photo : Ronan Dollé, responsable du pôle Innovation au sein de l’agence régionale Bretagne Développement Innovation

Quels sont les rôles et missions de votre organisation ?
Bretagne Développement Innovation a vocation à mettre en musique les acteurs du développement local qui contribuent à projeter les filières forces du territoire dans l’économie de demain. Nous proposons aux entreprises des secteurs prometteurs un accompagnement aux côtés des agglomérations, des pôles de compétitivité, des instituts de technologies ou encore des universités afin de faire émerger les collaborations les plus constructives, toujours autour de la marque Bretagne. La Région a identifié plusieurs programmes structurants qui doivent porter l’innovation locale actuellement. Il s’agit notamment des énergies marines renouvelables, des réseaux électriques, de la défense et de la sécurité, de l’électronique et du numérique, de la santé et des biotechnologies. Parallèlement à l’accompagnement technique, notre mission est de mettre les organisations dans les meilleures conditions, ce qui passe par un marketing territorial important et la diffusion de bonnes pratiques, par exemple.

L’événement 360 possibles joue-t-il un rôle majeur sur ce plan ?
Absolument. Le but à cette occasion est de multiplier les échanges de points de vue, les partages d’expérience, notamment autour de la place de l’homme comme acteur clé de la performance de l’organisation. La motivation des parties prenantes, leur responsabilisation sont des éléments centraux. Leur importance est souvent sous-estimée. Acheter une machine plus performante, recruter un directeur commercial avec un objectif précis sont des investissements facilement mesurables. Pour autant, les leviers se situent aussi dans d’autres domaines. Le fait que le personnel arrive le matin sur le lieu de travail avec le sourire, qu’il puisse être force de proposition quant aux grandes décisions qui font évoluer l’offre de la société sont des aspects déterminants et malheureusement souvent négligés.

Quelles sont les particularités de l’édition 2016 de 360 possibles ?
Plusieurs interlocuteurs, comme l’imprimerie Cloître, viendront témoigner sur leur modèle managérial innovant. Les réunions trop nombreuses ou improductives feront aussi l’objet de débats. Un partenariat a été mis en place cette année avec l’association Les Activateurs, qui œuvre pour inciter les organisations à se réapproprier un management efficace. Nous mettrons aussi l’accent sur la logique d’intrapreneur, qui vise à se doter d’un esprit d’entrepreneur au sein d’une partie d’une organisation, afin de mieux faire évoluer cette dernière.

 

 Un événement pour s’approprier l’innovation 
360 possibles est un rendez-vous annuel organisé dans le but de faire découvrir des méthodes, outils et tendances qui permettent d’innover en gardant à l’esprit la finalité qui consiste à faire avancer son organisation, à gagner en efficacité. Il se déroule cette année les 17 et 18 novembre à Saint-Malo.

 

Innovation managériale
Faire de la réorganisation un tremplin pour le développement

Dans le sillage des innovations scientifiques et technologiques qui accompagnent plusieurs filières majeures en Bretagne, le territoire s’efforce de sensibiliser au maximum les entreprises sur les questions de management innovant. Une culture qui se répand petit à petit.

« L’acquisition d’une nouvelle machine, d’un nouvel équipement se traduit souvent par des gains de performance allant de 1 à 3 %. Avec une refonte organisationnelle impliquant d’autres volets, notamment humains, les études montrent que l’augmentation se situe autour de 15 %. » Ronan Dollé, responsable du pôle Innovation au sein de l’agence Bretagne Développement Innovation, illustre par ces propos l’importance de l’innovation managériale et la volonté régionale de mener un travail de sensibilisation sur ce plan. Plusieurs acteurs font ainsi figure d’exemples locaux ou d’interlocuteurs pertinents dans un objectif d’intégration d’un ensemble de critères pour faire de l’innovation une force à part entière.
L’entreprise AMI (Atelier de métallerie industrielle) a fait du management participatif un levier d’amélioration de sa performance. Elle est spécialisée dans la transformation de tôlerie fine avec des moyens de production modernes tels que les découpes laser, les cellules de pliage automatisées ou encore les robots de soudure. L’idée a été de faire voler en éclats la pyramide hiérarchique pour transférer des responsabilités à tous les collaborateurs de la PME, de sorte qu’ils se sentent plus impliqués dans la vie de la société. Concrètement, il n’y a plus de chef d’atelier. Ce sont les collaborateurs qui déterminent leurs horaires en fonction de leur plan de charge de production. Les opérateurs commandent eux-mêmes les outils dont ils ont besoin pour le bon fonctionnement de leurs machines. Les besoins en personnels intérimaires sont là encore fixés et gérés par l’ensemble des travailleurs. Le but est en fait de supprimer au maximum les flux d’information pour gagner en agilité, ce qui passe par l’élimination des rangs hiérarchiques. Il en résulte une qualité de service considérablement améliorée. Avec cette mutation, le nombre de clients livrés dans les délais convenus est passé de 4 sur 10 à 9 sur 10.
Le groupe Poult, deuxième vendeur de biscuits dans l’Hexagone, est un autre acteur qui révolutionne les règles en vigueur dans l’industrie agroalimentaire bretonne. A un comité de direction, il préfère désormais la mise en place d’équipes transversales qui mêlent toutes les fonctions de la société. Aussi bien des ouvriers que des responsables marketing réfléchissent à la stratégie de chaque produit, qu’il s’agisse du développement de nouveautés ou d’améliorations de process. Toutes les décisions structurantes, comme l’allocation des investissements, sont prises par des collectifs représentatifs de l’ensemble de la société. Pour anticiper l’avenir, un programme start-up et un incubateur interne ont même été élaborés. Le point de départ de cette initiative est l’hypothèse que le groupe n’évoluera à l’avenir peut-être pas uniquement dans les biscuits. Plutôt que de voir les salariés ayant un projet entrepreneurial ambitieux quitter la société, celle-ci leur propose de les accompagner via la nouvelle structure.

Le levier du lean management
Cadiou Industrie, fabricant de portails et de clôtures dans le département du Finistère, fait aussi figure de modèle à suivre en la matière, grâce à une démarche innovante qui, au cours des dernières années, a largement dépassé les aspects techniques pour venir s’immiscer dans les domaines marketing et logistiques.
Le nombre de marques a grandi, l’offre s’est diversifiée avec de nouveaux modèles en PVC ou en aluminium, et des designs et des couleurs renouvelés tout en jouant également sur la qualité des produits résistant aux intempéries. D’importants efforts sur le plan des services aux professionnels font partie de cette mutation. Concrètement, les portails sont désormais livrés directement sur chantier afin de faciliter la tâche de l’artisan distributeur. Un volet essentiel à une meilleure fidélisation des partenaires. La production a été réorganisée par le biais d’une mise en place d’un programme de lean management, un système d’organisation du travail visant à mettre à contribution l’ensemble des acteurs dans le but d’éliminer tout gaspillage qui pourrait réduire l’efficacité et la performance des unités de production. Une mutation effectuée sans heurts, si l’on en croit la direction de l’entreprise, qui indique que 68 % des salariés considèrent que le lean management a amélioré les conditions de travail. Le nombre de fournisseurs a par ailleurs été diminué pour optimiser la chaîne d’approvisionnement. Autre particularité : l’entreprise s’est dotée de deux directeurs marketing, l’un en charge des professionnels installateurs, l’autre qui se focalise sur les grands comptes, l’approche et les produits ciblés étant assez différents dans les deux cas.

 

S’appuyer sur de nouveaux outils
Innover efficacement, c’est aussi savoir s’entourer des outils synonymes de bonds en avant dans son développement. La start-up rennaise Digitaleo constitue ainsi un véritable outil d’amélioration pour bon nombre d’entreprises. Elle propose une plateforme commercialisée en mode SaaS (software as a service) qui permet de récupérer des données sur les clients en ligne et d’opérer des campagnes marketing ciblées ainsi que des enquêtes de satisfaction. Une offre qui s’adresse principalement aux distributeurs et aux commerçants. La plateforme se veut être la solution de marketing relationnel la plus complète, la plus pertinente et la plus accessible du marché.

 

La SATT Ouest Valorisation dans le paysage breton

En Bretagne, la valorisation s’est structurée il y a dix ans. Avec la création en 2012 de la SATT Ouest Valorisation et le rattachement des Pays de la Loire, le dispositif est aujourd’hui bien rodé.
Texte : Isabelle Boucq.

La SATT Ouest Valorisation couvre deux régions, la Bretagne et les Pays de la Loire, même si, dans le cadre de ce numéro spécial, l’accent est mis sur la Bretagne. Car il est vrai qu’historiquement, les racines de la SATT sont bretonnes, avec des dispositifs de valorisation qui, dès 2006 sous le nom de Bretagne Valorisation, préexistaient la création des SATT. « Dans le cadre de l’appel à projets des SATT, nous sommes partis sur cette expérience réussie pour créer une SATT bi-régionale », rappelle Vincent Lamande, ancien directeur adjoint de Bretagne Valorisation qui a pris la tête de la SATT Ouest Valorisation à sa création, en 2012. Pour ces raisons historiques, la Bretagne a une longueur d’avance, alors que les liens avec les Pays de la Loire doivent se mettre en place. Dès le départ, le Conseil régional de Bretagne décide de confier à la SATT la gestion de son fonds de maturation, qui représente 20 millions d’euros par an. « Depuis 2012, on a en Bretagne un dispositif unifié qui investit les fonds propres de la SATT, des fonds régionaux et des fonds européens Feder. »

Des liens forts avec les dispositifs existants
La SATT effectue un travail d’articulation avec les autres dispositifs en place. « Nous avons des conventions avec treize CRITT (Centres régionaux d’innovation et de transfert de technologie) et dix centres techniques bi-régionaux dans de nombreux domaines de spécialisations », explique le président d’Ouest Valorisation, qui cite en particulier le centre de valorisation des algues, dont les applications intéressent entre autres les secteurs de la santé et de la cosmétique. Autre exemple avec les pôles de compétitivité. « La SATT et les pôles de compétitivité sont complémentaires. Nous amenons des projets plus matures aux pôles qui peuvent les proposer à leurs entreprises adhérentes », avance Vincent Lamande (voir encadré page suivante). Il explique que l’appropriation de technologies issues de la recherche publique par les entreprises se fait en deux phases : la production d’une preuve de concept de qualité industrielle de nature à convaincre les industriels, suivie de projets collaboratifs avec les industriels intéressés pour appliquer la technologie à leurs besoins.
La Bretagne est une terre de création de start-up (Vincent Lamande ne sait expliquer cette appétence, mais précise que la Bretagne se place toujours parmi les quatre premières régions de France en nombre de lauréats au concours i-LAB de création d’entreprises de technologie innovantes), mouvement que la SATT est aussi là pour encourager. « Nous avons fait le choix de ne pas être un incubateur. On laisse l’incubateur Emergys faire son travail, mais nous travaillons avec eux pour le transfert de technologie, l’accès aux labos ou la mobilité des personnels avec la préparation du dossier pour la commission déontologique des chercheurs. » La SATT apporte parfois des partenaires financiers pour que des projets de création d’entreprises puissent se développer rapidement, ou participe elle-même au tour de table grâce à un accord avec le fonds Go Capital basé à Rennes.
Actualité toute chaude de cet été, la SATT est partenaire du Carnot Tremplin DS3A qui vient d’être labellisé dans le domaine des systèmes agricoles et aquacoles. « Nous avons le mandat de valorisation pour les quinze labos de recherche et les cinq centres techniques de DS3A. On évaluera les technologies, les brevets et les stratégies de valorisation. » Le travail classique d’une SATT, en somme.
Après quatre ans d’existence, la SATT tourne bien (voir page précédente), et l’intégration avec les Pays de la Loire est faite. Un point pourtant chagrine Vincent Lamande, une question qui dépasse le cadre de ses deux régions. « La réforme du mandataire unique est importante, mais les unités de recherche multi-tutelles font qu’on multiplie le nombre de propriétaires académiques. C’est plus difficile de transférer une technologie, plus difficile à expliquer à un industriel qui aime les choses simples et veut acquérir un brevet. Je loue la démarche de simplification du mandat unique, mais il serait indispensable de réfléchir à la simplification des co-propriétaires académiques. »

 Ouest Valorisation, résultats 2015 
» 398 inventions détectées et évaluées
» 95 brevets et logiciels (1,6 million d’euros investis)
» 34 projets accompagnés (3,5 millions d’euros investis)
» 25 licences d’exploitation signées
» 15 start-up accompagnées

 La collaboration avec les Pôles de Compétitivité 
" Nous avons des conventions pratiquement avec tous les pôles de compétitivité présents sur notre territoire », rappelle Vincent Lamande. « C’est là qu’on trouve les entreprises les plus innovantes. Nous proposons des scénarios d’innovation complémentaires à ceux des pôles, par exemple pour une entreprise qui a un besoin technique bilatéral avec un labo pour lequel nous avons un mandat. » A titre d’exemple, il cite le projet GRAAL qui, grâce au soutien financier d’Ouest Valorisation, a permis de valider une technologie d’entrelacement de données qui a fait l’objet d’un dépôt de brevet. En résumé, la technologie concerne le marché des circuits intégrés de codes correcteurs d’erreurs pour les télécommunications, la vidéo et les réseaux sans fils en prenant en compte les très hauts débits et les conflits d’accès aux mémoires. « Le projet a permis de réaliser un démonstrateur de qualité industrielle, de caractériser et d’optimiser ses performances pour s’en servir comme vecteur de promotion auprès d’industriels. Le démonstrateur a ainsi permis, dans un second temps, le montage d’un projet collaboratif avec le pôle Images & Réseaux, impliquant des entreprises, afin d’implémenter cette technologie dans un cas d’usage industriel », détaille le président de la SATT.

Mathieu Neu et Isabelle Boucq / Photos : DR

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