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« Parfaire nos réseaux pour être plus opérationnels »

[Article du 22/11/2016]

La Normandie finalise actuellement ses feuilles de route destinées à orchestrer l’innovation dans les années à venir. Sophie Gaugain, vice-présidente en charge du développement économique et du soutien aux entreprises au sein de la Région, revient sur les dernières avancées dans ce domaine.

« Parfaire nos réseaux pour être plus opérationnels »

« Parfaire nos réseaux pour être plus opérationnels »

Où en est-on de la définition des grands axes stratégiques qui doivent porter l’innovation régionale dans les prochaines années ?
Dans le choix stratégique qui a été fait par la Région Normandie, il s’agit de cumuler l’élaboration de la SRDEII (Stratégie régionale de développement économique, d’innovation et d’internationalisation) et du SRESRI (Schéma régional de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation), car nous estimons que l’innovation, la recherche et la formation font partie de la même chaîne du développement économique. Nous avons préparé les deux schémas conjointement avec une méthode de consultations de l’ensemble des acteurs par ateliers thématiques qui ont eu lieu au cours des derniers mois. Plus de 160 contributions ont ainsi été portées à la connaissance de la Région pour nous permettre de dégager les enjeux stratégiques. Nous avons rendu les premières grandes lignes du rapport le 23 septembre dernier. L’idée est de pouvoir présenter nos deux rapports conjoints définitifs d’ici à la fin de l’année.


Concrètement, comment doit se traduire la mise en œuvre de ces deux feuilles de route ?
La SRDEII et le SRESRI ont vocation à incarner de façon très concrète les mesures permettant d’être plus efficace, au service de l’innovation et du développement économique. A l’échelle territoriale, et dans le cadre du rapprochement récent des deux régions, cette démarche se traduit par le fait d’avoir des interlocuteurs uniques, au niveau de l’incubation, des accélérateurs comme FFWD Normandie. Nous serons ainsi plus lisibles et visibles à une échelle nationale et internationale. Le fait d’avoir une université commune, la ComUE Normandie Université, va nous permettre de créer les passerelles nécessaires entre public et privé, de faire en sorte que des programmes de recherche se traduisent par des créations d’entreprises et d’emplois. La création d’un guichet unique avec l’ADN (Agence de développement pour la Normandie) permet la mise en réseaux nécessaire aujourd’hui pour être pleinement opérationnel. Il s’agit d’établir des contraintes partenariales entre la région et les filières pendant trois ans, avec des objectifs partagés comme le nombre de création d’emplois, les parts de marché à l’export, les actions menées en matière de formation et de qualification.

Quels exemples de filières déjà organisées efficacement en réseau peut-on citer comme un modèle à imiter ?
Dans l’aéronautique, Normandie AeroEspace (NAE) s’est vraiment structurée avec l’ensemble du tissu, que ce soit les grandes entreprises ou les PME et TPE, en incluant toutes les sociétés innovantes dans le secteur des matériaux par exemple. Le numérique, articulé autour du pôle TES (Transactions électroniques sécurisées), est également un modèle du genre.

 

De nouvelles impulsions dans chaque filière

Près d’un an après la fusion des Régions, le nouveau grand territoire normand poursuit l’organisation de ses filières phares, de sorte que l’innovation soit mise dans les meilleures conditions et qu’elle réponde aux besoins de croissance recherchés. Zoom sur quelques avancées récentes déterminantes.

Les énergies marines renouvelables sont un des fers de lance de l’innovation normande. Si la pertinence relative à l’exploitation des vents et de la houle pour des productions d’énergie offshore ne se discute plus, la question des quantités d’électricité sur lesquelles on peut compter n’est pas résolue.
Le projet HYD2M (Hydrodynamique du raz Blanchard : Mesures et Modélisations) a été lancé récemment pour tenter de mieux comprendre et caractériser le processus hydrodynamique et ses interactions dans le but d’améliorer la prédiction du productible. Porté par l’université de Caen Normandie, avec le soutien de France Energies Marines, l’institut pour la transition énergétique dédié aux énergies marines renouvelables, il consiste à déployer des systèmes radars associés à des campagnes de mesures in situ pour acquérir des données précises. A l’heure actuelle, les industriels enregistrent des erreurs de l’ordre de 10 % sur les calculs de courants, ce qui entraîne des erreurs de 30 % sur les capacités énergétiques produites.
Le soutien à l’innovation se poursuit aussi ailleurs. Dans le domaine aéronautique, spatial et de la sécurité, autre filière d’excellence en Normandie, une nouvelle initiative a été lancée il y a quelques mois à l’initiative de Normandie AeroEspace (NAE). Elle se nomme Tech Hour, et a pour objectif d’accorder chaque mois une heure à une technologie ou à un procédé innovant par le biais d’une visioconférence. Le but est de donner davantage de visibilité aux potentiels locaux sur des thématiques de pointe qui profitent directement à la filière, comme les nouveaux matériaux, l’énergie ou encore l’électronique. Piloté par NAE, le Tech Hour s’organise avec plusieurs partenaires, qu’il s’agisse de PME, de grandes entreprises, de laboratoires ou de pôles de compétitivité.
La filière numérique continue également de se structurer pour mieux progresser avec l’appui de l’association Normandy French Tech. Celle-ci s’est dotée en juin d’un vecteur d’accélérations et de démultiplication des relations entre tous les acteurs de l’innovation et du numérique de la région. Intitulé Normandy Tech 40, il vise à mieux relier les besoins des entreprises avec les solutions innovantes proposées par les start-up. De grandes entreprises comme Renault font partie de l’initiative. La Normandy French Tech a ainsi pour mission d’identifier les start-up les plus pertinentes au regard des besoins manifestés par les grandes entreprises. Un comité de sélection composé d’acteurs du même écosystème est en charge d’orienter les demandes de la meilleure des manières.

Plus de visibilité pour les acteurs de la santé
La Normandy French Tech fait aussi bouger les lignes dans le domaine des biotechnologies du côté de Rouen. Le nouveau bâtiment Seine Biopolis, inauguré en mars, accueille les MedTech de l’agglomération. Deux pépinières hôtels d’entreprises sont désormais exclusivement dédiées aux domaines de la biologie, de la santé et de la cosmétique.
Une dynamique qu’incarne la start-up Biosims. Cette jeune entreprise est spécialisée dans l’analyse de protéines régulatrices de l’activité cellulaire et de protéines du plasma pour la recherche et développement en oncologie. Son travail se focalise sur le développement de solutions de diagnostic prédictives de l’efficacité de thérapies, afin
d’aider les cliniciens dans la personnalisation des traitements pour leurs patients. Le bâtiment Seine Biopolis héberge également Robocath, société experte en robotique médicale. Elle a mis au point un télémanipulateur permettant la pose de cathéters à distance. Le praticien gagne ainsi en précision et en sécurité, puisqu’il n’est plus exposé aux rayons X au cours des interventions. Son usage est également étendu à la cardiologie interventionnelle pour la réalisation d’angioplasties à distance. Autre start-up présente : Celenys, spécialisée dans le développement et la vente de supports innovants permettant la culture de cellules en 3D. Son idée est d’obtenir un environnement d’études plus représentatif de la réalité biologique qu’une culture classique bidimensionnelle. Outre les avancées notables apportées par ces travaux, Seine Biopolis a également vocation à offrir une meilleure visibilité au potentiel biotechnologique local. 

 S’offrir un tremplin avec FFWD Normandie 
L’accélérateur FFWD Normandie a vocation à fournir un programme intensif d’accompagnement et de financement à des entreprises à fort potentiel dans le but de leur faire passer un pallier. Ridel Energy, spécialisée dans la fabrication de solutions de récupération de chaleur sur des installations frigorifiques, fait partie des heureuses élues de la deuxième saison du dispositif qui s’est achevée récemment. « Au cours des douze premières semaines, l’accompagnement dont nous avons bénéficié s’est focalisé sur les aspects marketing, la stratégie, la finance, mais aussi la présentation de notre travail, la capacité à synthétiser brièvement ce que nous faisons. Un coach personnel était à notre disposition. Le suivi par deux mentors a été un autre point particulièrement précieux. En l’occurrence, il s’agissait d’un collaborateur d’Areva qui nous a fait part de son retour d’expérience industrielle, et d’un collaborateur de la Région qui travaille pour le compte d’EDF. Celui-ci nous a plutôt aiguillé sur un volet commercial et financier », détaille François-Xavier Lechevalier, PDG de Ridel Energy. « Le dispositif nous a aidé à repenser notre évolution stratégique à long terme. Nous sommes passés de 5 axes stratégiques à 2, en apprenant à ne pas brûler les étapes. » Les clients finaux de l’entreprise sont des commerces de proximité, la moyenne et grande distribution, ou encore des acteurs de l’agroalimentaire. Le développement international est désormais à l’ordre du jour. Ridel Energy vient d’ouvrir un bureau en Malaisie.

 La recherche nucléaire fait peau neuve 
Du côté de Caen, sur le plateau nord qui regroupe de nombreux équipements de pointe et des compétences pluridisciplinaires, la plateforme scientifique et technologique se renforce grâce à des équipements innovants uniques. Un système de production d’ions radioactifs accélérés en ligne, installé récemment, a passé avec succès sa phase de tests de fonctionnement avec faisceau de particules. Il est le résultat d’une collaboration entre le Ganil (Grand accélérateur national d’ions lourds) et plusieurs laboratoires français et internationaux (CNRS, CEA…), et ouvre de nouveaux horizons en matière de physique nucléaire et de recherche interdisciplinaire. L’équipement sera pleinement opérationnel dès début 2017. Le coût total des installations s’élève à 100 millions d’euros.

 L’innovation collaborative s’invite sur la base d’évreux 
Véritable projet pilote qui a vocation à être dupliqué sur d’autres territoires français, la Smart Base d’Evreux préfigure une nouvelle ère en termes d’infrastructures militaires. Elle vise à encourager le recours aux nouvelles technologies, ainsi que les approches innovantes mêlant les savoir-faire du secteur civil et ceux du militaire. Plusieurs start-up œuvrant dans le numérique et les environnements connectés côtoient au sein de la structure le Groupement tactique des systèmes d’information et de communications aéronautiques (GTSIC Aéro). En échange de l’expérience et des conseils de cette unité spécialisée, le GTSIC Aéro pourra s’appuyer sur la capacité d’innovation et de veille technologique des nouveaux locataires de la Smart Base. Toujours dans la perspective de faire collaborer les acteurs pour créer de nouveaux services, l’application Aviactor est actuellement testée. Elle permettra au personnel de la base d’avoir accès à un environnement interactif par le biais d’un smartphone, et de consulter un ensemble d’informations utiles dans leur quotidien. Autre projet : Auxilium, qui assure l’interconnexion d’un groupe d’intervention en associant la transmission de données cryptées et la géolocalisation dans le but d’améliorer la protection de la base.

 

 

Nouvelles technologies
Une étiquette French Tech qui porte ses fruits

Avec la bannière Normandy French Tech, les acteurs normands du numérique s’offrent depuis 2015 une vitrine de choix. Retour sur le lancement de cette initiative et ses premières retombées avec Pierre-André Martin, délégué général de l’association.

Peut-on d’ores et déjà faire un bilan de Normandy French Tech ?
Avec nos confrères de Brest, de Lorraine et de Région Paca, nous faisons partie de la deuxième vague de labellisation French Tech, datant de l’été 2015. Nous avons donc un an de moins que les premiers bénéficiaires de cette nouveauté. Pour autant, nous sommes déjà en mesure de dresser un bilan des projets lancés. Nous tenions dès le début à donner à la French Tech une gouvernance efficace ; c’est pourquoi l’association Normandy French Tech a vu le jour. L’idée est de structurer autour d’une même bannière l’offre numérique innovante normande. Et celle-ci a déjà pris l’habitude d’être largement représentée lors des événements majeurs, comme au CES (Consumer Electronic Show), à Las Vegas. Cette association est composée d’entrepreneurs, de responsables d’associations professionnelles, comme NWX (Normandie Web Xperts). La visibilité donnée à des projets particulièrement prometteurs n’a pas attendu.

Comment se traduisent concrètement les initiatives lancées dans le cadre de cette labellisation ?
Les réalisations les plus dynamiques sont celles qui se font dans le cadre du dispositif Normandy Tech 40, qui représente en quelque sorte un Small Business Act à la mode normande, en vigueur depuis le printemps 2016. Son but est de rapprocher les grands groupes et quelque 130 start-up pour qui nous représentons un tiers de confiance, de mise en relation. Les liens peuvent prendre des formes différentes selon les besoins exprimés (mentoring, financements…). Aujourd’hui, Engie, Renault, le Crédit Agricole, Natixis, Agrival font partie des acteurs qui sont entrés dans le dispositif. Généralement, le grand groupe fait part de son sujet de prédilection et de la thématique qui l’intéresse (développements autour du drone, autour de la smart city…). Les start-up sont ensuite invitées à proposer des solutions en réponse à la problématique exposée. A l’inverse, les start-up proposent parfois des savoir-faire susceptibles d’intéresser à court ou moyen terme les donneurs d’ordre. En plus des grands groupes, les PMI se montrent de plus en plus curieuses à l’égard de ce dispositif.

Le numérique représente-t-il toujours le fer de lance de ces développements ?
Oui et non. Normandy French Tech a démarré sous un angle très numérique. Mais, désormais, les activités se généralisent à d’autres domaines d’avenir, comme les technologies médicales, l’industrie, les matériaux de construction. Nous sommes dans la lignée de cette tendance, comme en témoigne notre présence, en novembre, au salon des MedTech de Düsseldorf, en Allemagne, l’un des salons incontournables de cette filière.

 

 

Start-up d’avenir
L’innovation numérique sur les rails

Le label Normandy French Tech permet de mettre en lumière des offres à fort potentiel de la filière numérique normande. Zoom sur trois offres qui, à peine créées, franchissent déjà les frontières nationales.

Transformer un handicap en compétence originale : telle est l’idée de la start-up normande Griss (Gestion de ressources informatiques sociale et solidaire), spécialisée dans les tests de logiciels et la détection de bugs informatiques. Pour parvenir à se démarquer de la concurrence et exceller dans son exercice, l’entreprise fait le pari de s’appuyer sur des collaborateurs autistes atteints du syndrome d’Asperger. Une façon d’allier dans une même démarche l’accompagnement social au travers d’une intégration professionnelle et le développement d’une offre hautement qualifiée et compétente qui intéresse de nombreux acteurs.
De nombreuses sociétés de la filière numérique créatrices de solutions logicielles se montrent d’ores et déjà intéressées, à l’image du groupe Sopra Steria, une des plus grandes SSII de l’Hexagone. L’autisme représente un atout majeur dans ce métier, car il importe d’être doté d’un esprit très logique avec de grandes capacités d’attention et de rigueur.

Metigate fait la pluie et le beau temps
Nombre d’activités d’entreprises sont au quotidien soumises aux aléas climatiques. La jeune société Metigate a mis au point des modèles prédictifs permettant d’intégrer l’impact des phénomènes météorologiques dans les activités professionnelles. Elle propose notamment des logiciels d’aide à la décision qui, à partir des données de la météo en temps réel et des prévisions, développent des algorithmes ayant pour finalité l’optimisation des stocks, des équipes déployées, de la mobilisation matérielle. Il en résulte également un meilleur pilotage commercial avec des offres et des tarifs mieux adaptés, et la possibilité de mettre à disposition des indices d’opportunités, de faisabilité. 70 % des entreprises seraient directement ou indirectement dépendantes de la situation météorologique.
La SNCF, des acteurs de l’hôtellerie, mais également des fournisseurs dans le secteur de l’énergie ont d’ores et déjà été séduits par Metigate, et souhaitent intégrer ces données dans leurs prévisions de vente ou de commande.

 La donnée numérique comme valeur ajoutée 
Le big data et ses atouts sont également un des fers de lance de l’innovation normande. La jeune société Saagie se distingue par la création d’une plateforme big data pour les entreprises qui souhaitent se réapproprier leurs données, quelles que soient leurs sources et leurs destinations. L’idée est d’éviter que les données disponibles soient organisées sous forme de silos, comme c’est généralement le cas dans les entreprises. Ces informations disponibles peuvent être issues d’objets connectés, de machines, ou être de nature opérationnelle. Une approche intelligente qui permet, après déploiement, la compréhension de phénomènes particuliers et une prévision fine de tendances ou de problématiques.

Mathieu Neu / Photos : DR

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