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Les grands groupes traquent l’innovation

[Article du 08/11/2016]

Convaincus que l’innovation ne viendra pas uniquement de leurs efforts traditionnels dans la R&D, tous les grands groupes ont lancé des initiatives pour identifier les startups disruptives et garder le doigt sur le pouls de l’innovation. Tour d’horizon de plusieurs approches choisies chez EDF, Suez, PSA et Crédit Agricole.

Les grands groupes traquent l’innovation

Les grands groupes traquent l’innovation

Légende :  Village by CA Innovation Day event

Faire labo commun
L’exemple du labo BHEE entre EDF et le CETHIL

Professeur à l’INSA de Lyon, Jocelyn Bonjour dirige le Centre d’Énergétique et de Thermique de Lyon, le CETHIL, une unité mixte de recherche CNRS, INSA et Université Lyon 1. Spécialisé dans le transfert de chaleur dans les systèmes d’ingénierie, le CETHIL maintient historiquement de nombreuses relations industrielles. « En 2005 alors que la réglementation thermique venait de changer, nous avons monté un laboratoire commun avec EDF. Nous étions parmi les pionniers et nous sommes aujourd’hui au troisième renouvellement du labo BHEE pour la période 2016-2019 », rappelle le directeur du CETHIL. BHEE pour Bâtiments à Haute Efficacité Energétique. « EDF se trouve en position de prescripteur pour aider ses clients à penser la consommation pour la construction et les équipements. Parmi nos réalisations, une suite de logiciels de simulation thermique pour optimiser les scénarios au niveau du bâtiment et de ses équipements, de nouveaux matériaux et du stockage thermique pour récupérer de l’énergie sur l’air chaud et l’air froid. » Cette collaboration repose sur de nombreuses thèses CIFRE. « Nous sommes un labo sans mur avec des échanges permanents. Les thésards CIFRE sont habitués à passer une partie de leur temps chez nous à Lyon et l’autre chez EDF aux Renardières en Seine-et-Marne. Pour ces docteurs, c’est une richesse intellectuelle. Au final, ce sont à la fois des académiques et des industriels. »
Le CETHIL a d’autres partenaires industriels. PSA est ainsi venu trouver le CETHIL avec une idée dans le domaine de la climatisation automobile. « Nous avons accompagné le projet d’un TRL 2 à 5. Le projet est aujourd’hui retourné chez PSA. » Pour EADS/Astrium, le laboratoire lyonnais à plancher sur la caractérisation des barrières thermiques, critiques lorsque les satellites rentrent dans l’atmosphère. « Nous avons des recherches partenariales moins structurées. Ca peut être un début », conclut Jocelyn Bonjour.

Créer un fonds d’investissement
L’exemple de Suez Ventures

Pour booster l’innovation dans les technologies de l’eau et des déchets, Suez Environnement a voulu étendre ses capacités internes de recherche en créant un fonds d’investissement. C’était en 2010. « Nous sommes persuadés, et les faits le montrent, qu’il existe beaucoup de nouvelles idées et réalisations en externe des grands groupes de l’économie circulaire. On s’est demandé comment travailler avec ces innovateurs », explique en préambule Eric Landais, directeur général de Suez Ventures (le fonds de capital risque s’appelait Blue Orange à l’origine). « Il y a deux ans et demi, nous avons rééquilibré le portefeuille pour choisir des projets qui ne sont pas tous à 4 ou 5 ans de la mise sur le marché mais plus proches (1 an) ou déjà sur le marché, c’est-à-dire où l’entreprise a déjà un démonstrateur industriel et nous avons la capacité de crédibiliser sa technologie en la portant dans nos offres. Notre valeur ajoutée est plus forte qu’au stade précédent, mais nous avons les deux cas de figure »
Sur 10 ans, Suez Ventures a pour objectif d’investir 50 millions d’euros dans un nombre limité de projets que le fonds veut suivre dans le long terme. « Sur 300 opportunités qui nous parviennent par an, une démarche structurée permet de sélectionner 10 projets pour des tests technologiques et d’investir dans 2 à 5 projets via le fonds SUEZ Ventures », détaille Eric Landais qui confirme avoir conclu deux investissements et suivre trois « due diligence » en 2016. « Nous ne voulons pas limiter ces start-ups dans leur développement. Aussi, nous sommes minoritaires et l’entrepreneur reste majoritaire et décideur. Les entrepreneurs peuvent nous voir comme un grand groupe avec des services juridique, R&D, achats puissants et cela peut générer de l’inquiétude. Aussi, nous n’avons pas forcément de projets R&D avec nos partenaires. Il faut d’abord créer la confiance au niveau commercial et marketing. Nous savons que nous ne sommes pas le seul acteur sur le marché et avons comme philosophie de partenariat de nous mettre d’accord sur des clients à approcher ensemble, la start-up restant libre de ses mouvements par ailleurs », continue le patron de Suez Ventures. Si le fonds opère actuellement dans un périmètre européen, des prolongements en Asie et aux Etats-Unis sont envisagés. Egalement depuis 2010, un autre dispositif mondial, l’Innovation Test Fund, permet de financer des démonstrateurs avec des investissements dans sept entreprises et trois autres projets en examen.
Citons un exemple récent. En janvier 2016, Suez Ventures a annoncé son soutien à Intent Technologies aux côtés d’autres investisseurs pour un total de 3 millions d’euros. La jeune entreprise lilloise développe un logiciel de pilotage de la performance des bâtiments.

Encourager l’open innovation
L’exemple de PSA

Sous la direction d’Isabelle Edessa, responsable open innovation chez PSA, le constructeur automobile a structuré l’open innovation en trois cercles concentriques : le public interne, la détection de startups et PME et les relations avec les académiques. En interne ou auprès des clients, il s’agit d’organiser des hackathons (en 2015, un challenge sur la réduction des coûts des pièces de rechange a recueilli plus de 400 idées). La même année, PSA lançait un incubateur interne qui a reçu une bonne centaine de candidatures.
Traditionnellement, PSA s’implique auprès du tissu des startups et des PME à travers les pôles de compétitivité dont les pôles « Véhicule du Futur » en Franche-Comté-Alsace ou ID4CAR en Bretagne. A travers son portail corporate, le groupe sollicite également les idées d’entreprises, voire d’individuels, avec des instructions précises pour soumettre ses propositions et les protéger. Des thèmes relativement précis sont énumérés sur le site (lunette pour affichage d’information d’assistance en réalité augmentée, intelligence artificielle pour les systèmes ADAS d’Aide à la conduite,…).
Pour que les salariés du groupe restent en contact avec la recherche académique, des rencontres scientifiques sont organisées en interne avec des experts de laboratoires, d’entreprises ou d’écoles. Ces Rencontres Scientifique Innovation (RSI) ont été mises en place depuis 2011 et font l’objet d’un suivi rigoureux.

Ouvrir un lieu fédérateur
L’exemple du Village by CA

« S’inspirer de gens qui ne nous ressemblent pas ». C’est sans doute là le cœur de ce lieu impulsé par le groupe Crédit Agricole qui a réalisé il y a trois ans que la transformation digitale était en train de changer le monde. Au sein de ces 4 500 m2 sur 8 étages ouverts rue de la Boétie à Paris en 2014, le Village a pour but de faire émerger des projets innovants. Oui, mais comment ? « Les startups ont été sélectionnées par le Crédit Agricole et par nos partenaires (Engie, Sanofi, Sodexo, Microsoft,…). On veut raccourcir les cycles de décisions en leur permettant d’accéder rapidement aux décideurs, on ouvre nos réseaux à ces startups », explique Fabrice Marsella, le maire du Village by CA. « Les principales différences entre une pépinière traditionnelle et Le Village, c’est l’écosystème que l’on essaie de mettre en place. Le Village est un écosystème car il cherche à mettre en relation très rapidement de jeunes entreprises avec des grands groupes qui sont nos partenaires. L’objectif, c’est de faire en sorte que des profils hétérogènes puissent se rencontrer pour créer, pour innover. »
Le Village by CA n’est pas non plus un incubateur : plus matures, les startups ont habituellement entre 6 et 36 mois. « Le Village sert aux grands groupes à inventer les services de demain en faisant des pas de géants. » Et de citer quelques exemples comme Data & Data (la startup identifie en temps réel les produits de luxe issus de la contrefaçon sur les réseaux), Mimosa (le crowdfunding appliqué au monde agricole) ou Share Pay (une carte pour partager le paiement d’un achat). Symbolisé par la place du village où les acteurs se rencontrent, Le Village by CA va se développer dans plusieurs villes de province. Ainsi le Village by CA en région Aquitaine, qui doit ouvrir ses portes en 2017, avait déjà sélectionné trois startups régionales hébergées à Paris. Mais l’envie d’ouvrir un lieu local s’est vite imposée. « Les créateurs d’entreprises, il y en a partout en France. Une dizaine de Villages vont ouvrir l’année prochaine en commençant par Bordeaux, Toulouse et Montpellier. Certains seront verticaux », précise Fabrice Marsella.

Isabelle Boucq

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