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SNCF Réseau : innover avec l' esprit « start-up »

[Article du 07/09/2016]

Comment concilier, quand on est un géant du rail, l'administration des nouveaux projets sur le long terme avec l'intégration agile des nouvelles technologies ? Le défi est immense, notamment quand les innovations sont portées par des start-up. A SNCF Réseau, un des rôles de la Direction de l'innovation est d'y répondre et d'accompagner l'innovation « sans couture ». Directeur de l'Innovation à SNCF Réseau, Jean-Jacques Thomas et son équipe (une vingtaine de personnes) interviennent en appui et en « facilitateurs». Interview de Jean-Jacques Thomas.

SNCF Réseau : innover avec l' esprit « start-up »

SNCF Réseau : innover avec l' esprit « start-up »

Vous êtes à l'origine de l'accélérateur SNCF Réseau en partenariat avec Tektos, qui n'est pas tout à fait un incubateur comme les autres. En quoi est-il différent ?
Quand nous avions fait un benchmark sur les incubateurs associés à des entreprises, nous avions identifié une difficulté : le faible ancrage de certaines start-up dans la réalité industrielle de l'entreprise et la faible adaptation des équipes métiers à ce type de partenariat. Nous avons décidé de faire autrement : nous commençons par sourcer en interne les nouveaux besoins en solutions ou technologies émergentes, puis nous lançons des appels à projet dans le monde des start-up. Ensuite nous faisons la sélection, puis nous accompagnons chaque start-up sur un projet précis.

En quoi consiste l'accélération ?
Nous ne mettons pas beaucoup d'argent, nous payons quelques kilo euros au début pour que chaque start-up puisse être hébergée et accompagnée par Tektos. Du côté de SNCF Réseau, l'accompagnement est réalisé par une personne de notre direction, en lien avec un « project manager » d'un de nos métiers, celui qui porte le besoin. Le but est de créer une preuve de concept (POC) dans un délai de 6 mois, pour passer ensuite au pilote industriel.

Et cela fonctionne bien ?
Nous sommes dans une dynamique de développement, centrée depuis le début sur deux de nos métiers, Ingénierie et Projets et Maintenance et Travaux. Pour la « saison 3 », qui vient d'être lancée, l'ambition est d'accélérer 10 projets, au lieu de cinq lors des deux premières saisons. Potentiellement, le volume de sujets est beaucoup plus large, puisque que nous ne traitons que quelques parties de ces deux métiers.

A quel stade de développement doivent être les start-up ?
Il n'y a pas de règle a priori. Par exemple nous avons eu un projet avec une start-up naissante, qui n'était pas tout à fait au clair sur son positionnement. Nous sommes partis sur un coup de cœur, dans une logique de débroussaillage sur le big data. Après 6 mois nous n'avions pas de démonstrateur, mais cela nous a donné des pistes et cela a montré, en interne, que des data scientists qui ne connaissent pas grand-chose au ferroviaire peuvent nous apporter des choses.

Vous dites que votre Direction met du « liant » entre les start-up et leurs clients à SNCF Réseau. Les relations sont donc compliquées ?
Pas forcément, mais les échelles de temps sont très différentes. Un des premiers messages qu'on porte est qu'il faut vite concrétiser. Avec une start-up chaque jour compte, surtout si la solution est très prometteuse. Nous aidons nos collègues à sortir de la posture client / fournisseur classique, où ils fournissent un cahier des charges et rien d'autre. Sinon la start-up risque de ne pas répondre de façon optimale ou placer ses efforts ailleurs. A notre niveau on essaie de rythmer avec des réunions régulières, on bat la mesure.

Quels succès lors des deux premiers appels à projet ?
NFC Interactive est un exemple super positif car c'est allé très vite et cela suscite un engouement fort sur le terrain. Le besoin exprimé en interne, c'est de dématérialiser les fiches de maintenance de nos 40.000 guérites de signalisation en bord de voie. Actuellement, quand ils contrôlent la qualité de l'isolation électrique, les agents utilisent du papier et doivent ensuite saisir les informations une fois de retour au bureau. Avec NFC Interactive, ils vont faire le suivi avec des smartphone et des tags RFID directement dans les guérites. A peine un an après l'appel à projet en juin 2015, un premier contrat de déploiement a été signé pour notre établissement de Valence, un deuxième est en préparation. Et l'innovation sera étendue à tout le territoire en 2017.

Vous citez aussi Erméo, un des projets accélérés en « saison un »...
Le défi, avec Erméo était de permettre à des opérateurs qui sont en mission de surveillance sur le réseau, d'avoir accès, sur leur tablette ou phablette, aux informations sur les composants du réseau qu'ils ont sous les yeux et qui n'étaient pas planifiés dans leur mission. Cela n'est pas si simple à réaliser, il y a par exemple des passerelles sécurisées à prendre en compte. Le système a été expérimenté en région parisienne et la phase de déploiement se prépare. Un des « liants » pour l'accélération a été la présence très tôt d'un « DSI angel » : c'est un représentant de la DSI qui accompagne le projet pour anticiper les contraintes d'intégration.

Qu'en est-il de l'utilisation des smartphones pour mesurer la géométrie des voies ?
Quand Erméo est devenu visible, les équipes Ingéniérie et Projet ont travaillé avec leur équipe sur un tout autre projet, qui est la mesure de la géométrie des voies avec des smartphones embarqués. Aujourd'hui, des engins de mesure métrologique passent régulièrement sur les voies pour mesurer et détecter au plus tôt l'arrivée de défauts. Ce projet avec Erméo a montré qu'avec des smartphones dans un train on peut commencer à mesurer. La précision n'est pas forcément la même, mais nous avons fait la démonstration que cette piste est très prometteuse et cela permet d’ouvrir des pistes en rupture comme le crowd sourcing pour la surveillance du réseau !

Au-delà des start-up, vous intervenez aussi en appui aux projets sur le digital. Où en est l'intégration des capteurs connectés ?
SNCF Réseau a estimé que 20.000 capteurs connectés au moins seront installés d'ici 2020 sur le réseau, rien qu'avec les projets en cours. L'un d'entre eux consiste à installer des capteurs à des endroits fixes sur les caténaires, pour faire de la maintenance prédictive. Ces capteurs vont compter le nombre de pantographes qui passent, ce qui permettra d’analyser les sollicitations sur les fils de contact, de construire des lois endommagement et de vieillissement. Le prototype a été installé en juillet 2016. Le prochain défi, c'est l'intégration industrielle.

Vous expérimentez aussi des caméras pour la maintenance ?
Avec Casmescat, un projet FUI porté par Ingénierie et Projet, ce sont des caméras laser qui surveilleront l'état d'usure du fil de contact caténaire. Jusqu'à présent, la surveillance se fait avec un engin qui passe à 15km/h et qui nécessite de couper le courant. Le protototype développé en partenariat avec deux PME, Ateliers Laumonier et O2GAME a réussi à rouler à 100 km/h tout en offrant une précision égale.

Sur ce type de surveillance laser vous êtes les seuls ?
Non, tout le monde travaille dessus, c'est un peu le graal, car cela permettrait la surveillance sans contact et sans avoir à couper le courant à une vitesse qui permet de s’insérer plus facilement entre les circulations commerciales. Le défi est maintenant d'aller au-delà du prototype et de créer une version homologable. On s'est donné comme objectif 2019.

Quelles sont vos autres missions ?
La direction de l'innovation ne se substitue pas à la R&D des métiers, nous sommes des facilitateurs. Mes autres missions sont de développer la culture de l'innovation et de soutenir les managers de l'innovation. Nous organisons par exemple des marathons de l'innovation en interne pour générer des nouvelles propositions d'innovation. Nous proposons des formations, nous avons aussi créé un réseau d’ambassadeurs.

Et vis-à-vis des managers de l'innovation ?
Nous nous efforçons de les aider à sélectionner les bons projets. Pour un manager, un des paradoxes, c'est de savoir dire non et de célébrer les échecs. Parfois par bienveillance, ou par culture, on peut entretenir des projets qu'il faudrait mieux arrêter, ou reconfigurer. Savoir dire non tout en célébrant un échec, c'est très difficile !

Bio express
Diplômé de Polytechnique et docteur en mécanique et matériaux, Jean-Jacques Thomas (50 ans) a plus de vingt ans d'expériences en innovation et R&D, d'abord à PSA Citroën et depuis 2007 à la SNCF.

 

Thibault Lescuyer

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