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Louis Schweitzer : « Les exemples de collaboration public-privé se diffusent »

[Article du 22/05/2016]

Louis Schweitzer, Commissaire général à l’investissement (CGI) depuis avril 2014, aspire à simplifier et à accélérer l’innovation au moyen d’un budget total de 47 milliards d’euros. Rencontre avec l’ancien dirigeant de Renault, qui pilote désormais les investissements d’avenir.

Louis Schweitzer : « Les exemples de collaboration public-privé se diffusent »

Louis Schweitzer : « Les exemples de collaboration public-privé se diffusent »

Quelles sont les conclusions du rapport Maystadt d’évaluation de l’action du CGI ?
Je ne suis là que depuis deux ans, mais il semble que nous soyons parvenus à maintenir une certaine continuité entre les commissaires généraux. Le rapport juge positifs nos mécanismes et objectifs. Contrairement à de nombreux acteurs publics, nous ne nous concentrons pas sur les acteurs qui ont des problèmes, mais sur ceux qui sont excellents, innovants – start-up, universités… -, et nous attachons à favoriser leur collaboration. Ce dernier point est encore une faiblesse en France.

La coopération ne serait pas encore de mise entre les différents acteurs de l’innovation ?
C’est une évidence, il ne sert à rien de le cacher. Notre recherche publique est performante, mais le transfert de brevets ne se fait pas forcément de manière fluide en direction du monde économique. Les grandes entreprises sont nombreuses en comparaison de la taille du pays, mais il existe peu de filières structurées dans leur sillage, où les PME sont nourries. Cette faiblesse n’est pas un phénomène récent, et les Allemands nous sont supérieurs dans ce domaine, par exemple. Les Japonais aussi, alors que notre capacité à créer des start-up est plus au point que la leur. Les derniers rapports de l’OEB et l’étude Global Innovation 1000 montrent que la France renforce sa sixième position dans le monde en matière de dépôts de brevets, et que notre capacité à créer des ruptures se porte bien.

Quel bilan tirez-vous des deux premiers programmes d’investissements d’avenir ?
Depuis la remise du rapport Juppé-Rocard sur les priorités stratégiques d’investissement, en 2009, des axes majeurs ont été suivis. Les PIA ont permis, à travers l’engagement de plus de 36 milliards d’euros sur les 47 votés, de soutenir la recherche et les projets innovants, la création des instituts de recherche technologique (IRT), les instituts hospitalo-universitaires (IHU), les sociétés d’accélération du transfert de technologies (SATT) et le projet de Paris-Saclay. La création des Idex cherche à faire des universités meilleures et à favoriser les rapprochements avec les écoles, les SATT à favoriser les transferts des universités vers le monde économique, enfin les IRT et les IHU ont initié des collaborations entre recherches privée et publique. Les choses ont été formalisées, mais il y avait des prémices, comme à Strasbourg, où l’université avait initié une structure de collaboration.
La quasi-totalité des 47 milliards d’euros inscrits dans les PIA1 et 2 sera engagée d’ici à mi-2017. Car de nouveaux efforts vont être portés sur les instituts d’excellence, universités et laboratoires à travers des dotations non consommables. Une particularité des PIA est que l’évaluation est permanente, ce qui n’est pas dans les pratiques habituelles de l’administration française. Nous prouvons que ces dispositifs font désormais partie du paysage de la recherche. Alors que PIA1 a dû forcer cette collaboration, PIA2 a eu moins à le faire. Nous favorisons les connexions, non pas de manière administrative, mais en réalisant des appels à projets évalués par des experts pour ne pas dévier des objectifs.


Qu’est-ce qui est entrevu pour PIA3 ?
Cette troisième phase sera d’un montant de 10 milliards d’euros, dont 4 milliards affectés aux subventions et avances remboursables, 4 en fonds propres et 2 en dotations décennales, qui comme leur nom l’indique, seront versées sur dix ans aux universités, à la recherche et aux formations. Le principal changement est que nous allons accroître la part relative des fonds propres et réduire celle des subventions. De nouveaux organismes de collaboration ne seront pas créés ; nous nous attacherons à garantir la pérennité des structures existantes, qui ont véritablement commencé à fonctionner en 2012-2013.
Notre action doit perdurer, car en ces périodes de difficultés budgétaires, on a tendance à sacrifier l’investissement au profit du fonctionnement. Il importe de sanctuariser ces dépenses. Il y aura toutefois quelques différences dans PIA3 : un accent sera porté sur les technologies nouvelles d’enseignement. Le rapport PISA nous a encore montré que notre système éducatif, bien que nous en soyons fiers, pourrait beaucoup mieux fonctionner. De nouveaux secteurs seront englobés, comme l’industrie agroalimentaire ou le tourisme. Prenez les sites de réservations en ligne : il nous faut être meilleurs dans ce domaine, où une partie croissante de la valeur est captée. L’industrie de sécurité, compte tenu du contexte, revêt aussi une importance accrue. Puis il y a des constantes, comme le numérique, très transversal, ou la transition énergétique. Enfin, nous soutiendrons la création, mais aussi la croissance des start-up. Il n’est plus seulement question d’incubation et de maturation. Nous proposons d’ailleurs une part de fonds propres plus élevée.

Cet esprit de concours – à l’exemple du Concours mondial d’innovation – vous semble être le meilleur moyen de faire émerger les champions de demain ?
Il s’agit plus d’un examen que d’un concours, dans le sens où nous ne retoquons pas les bons. Ceux qui postulent ne sont pas là pour battre les autres. La Commission Innovation 2030 qui gère le Concours mondial d’innovation avait identifié sept secteurs stratégiques pour l’économie française : le stockage de l’énergie ; le recyclage des métaux ; la valorisation des richesses marines ; les protéines végétales et la chimie du végétal ; la médecine individualisée ; la silver économie, l’innovation au service de la longévité ; la valorisation des données massives (big data). Après une première vague lancée en 2013, qui a abouti en 2014 au subventionnement de 111 projets pour 1 600 candidats à hauteur de 200 000 euros nous avons lancé une deuxième vague en 2015 qui peut apporter jusqu’à 2 millions par projet. Les dossiers, qui faisaient cinq pages au maximum, ont été étudiés et, le cas échéant, leur financement contractualisé en moins de trois mois. Cela correspond à notre objectif d’accélérer et de simplifier les procédures d’obtention. Le concours mondial de l’innovation, avec ses niveaux de 200 000 euros, 2 millions et bientôt 20 millions, doit être généralisé à tous les secteurs de manière permanente. Car le constat que nous manquons de champions à l’exportation est sans appel.

 

 « Le concours mondial de l’innovation, 
 avec ses niveaux de 200  000 euros, 
 2 millions et bientôt 20 millions d’euros, 
 doit être généralisé à tous les secteurs 
 de manière permanente. Car le constat 
 que nous manquons de champions 
 à l’exportation est sans appel. » 

 

Quid des nouvelles régions dans ces mécanismes ?
Dans le PIA1, aucun fléchage des financements n’était régionalisé. Dans le PIA2, 50 millions d’euros étaient régionalisés, et pour le PIA3, il est proposé 500 millions d’euros. Mais attention, il ne s’agit pas de répartir la somme dans les régions puis de les laisser faire ce qu’elles veulent. Nous attendons qu’elles investissent un montant identique dans des projets de terrain instruits par Bpifrance, avec une exigence d’innovation et d’excellence.

Quels sont les points de progression ?
Nous devons simplifier et accélérer les procédures. Il fallait parfois jusqu’à un an pour prendre une décision dans le PIA1. Je souhaite désormais ne pas dépasser les huit semaines entre le dépôt du projet et l’affectation de l’argent, ce qui suppose de ne plus réinstruire les dossiers à chaque fois. Les délais sont surtout des temps d’attente ; évitons désormais les dossiers stagnant dans les corbeilles pendant plus de deux heures. Cet exercice est essentiel pour ne pas décourager les PME, qui préfèrent parfois renoncer.

Avez-vous connu des déceptions depuis que vous occupez ce poste ?
J’ai plutôt ressenti de la frustration, lorsque j’ai par exemple constaté que le numérique ou les énergies renouvelables ne progressaient pas assez vite. Le sujet de la notoriété n’est pas si gênant. Le CGI est peu connu dans le monde de l’entreprise, mais ses opérateurs, comme Bpifrance ou l’Ademe, ont une notoriété qui attire les petites entreprises innovantes. Je suis en revanche optimiste quant à la collaboration de la recherche publique et privée. Le rapport le souligne, nous transformons les comportements par notre action, les gens croient quand ils voient, et les exemples de réussites se diffusent.

Julien Tarby - Photo : christopheChavan/Matignon.

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