Logo Innovation Review

Mon compte

Se connecter

www.innovationreview.eu

L’art d’accompagner les pépites de la création à la croissance

[Article du 05/04/2016]

Incubateurs, accélérateurs, French Tech, FabLab, multiples concours… Les outils ne manquent pas pour booster les jeunes entreprises innovantes. Sont-ils adaptés à leurs véritables besoins et propres à faire émerger les champions de demain ? Si la phase de création est bien couverte, les aides à l’accélération peinent toujours à accompagner la croissance. Responsables de dispositifs et jeunes entrepreneurs racontent.

L’art d’accompagner les pépites de la création à la croissance

L’art d’accompagner les pépites de la création à la croissance

A l’Usine IO, les entrepreneurs ne s’affairent pas uniquement derrière des ordinateurs portables. Dans l’atelier, ils manient fraiseuses, machines de découpage plasma, postes de soudure et imprimantes 3D pour prototyper leurs idées. Installée depuis 2014 dans 1500 m2, à deux pas de la Halle Freyssinet qui abritera « the world's largest digital business incubator » sous l’impulsion de la Ville de Paris, la CDC et Xavier Niel, cet immense atelier partagé privé bourdonne d’activité. « Nos membres viennent faire du prototypage rapide et ont accès à nos experts qui les aiguillent vers les difficultés », explique Agathe Fourquet, co-fondatrice de l’Usine IO. Car dans le hardware, le ticket d’entrée est élevé : un moule peut coûter 100 000 euros. Une boite à outils et des experts à disposition en échange d’un abonnement sans engagement peut faire la différence comme pour les créateurs de Timescope, une borne de tourisme en réalité augmentée dont un prototype en test à la Bastille renvoie en 1789. « En un an, nous avons accompagné 200 projets. Certains seront bientôt dans les linéaires. »

Un Fab Lab survitaminé, des startup studios à l’image du Y Combinator, cet « écosystème » des startups ne cesse de s’enrichir de concepts nouveaux pour pallier à des manques identifiés. Dans cette mouvance, citons bien sûr le Hub Bpifrance, conçu comme un « entremetteur » entre les startups et les grands groupes (voir encadré) en encourageant la signature des premiers gros contrats. Le Hub doit plaire à Genevièce Fioraso qui, en tant que ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, déplorait souvent la vallée de la mort responsable de la fuite de certaines jeunes sociétés françaises à l’étranger. Tous les acteurs interrogés s’accordent pour dire que la culture et les mentalités ont connu une révolution depuis deux ou trois ans.

« Pour les sociétés innovantes, le concours iLab et le Concours mondial de l’innovation que nous gérons sont de belles opportunités et des accélérateurs de croissance avec des fonds significatifs», explique Cécile Brosset de Bpifrance. « Il faut par ailleurs faire en sorte que les sociétés passent plus de temps à se développer qu’à remplir des dossiers. D’où le Pass French Tech qui permet de simplifier les démarches pour accélérer la croissance. » Autre exemple avec le programme Ubi i/o qui embarque ce mois-ci 18 startups françaises dans la Silicon Valley californienne ou dans la Silicon Alley new-yorkaise pour une immersion intensive de trois mois. Les deux premières éditions ont permis à 14 sur 16 alumni d’ouvrir des bureaux aux Etats-Unis et de lever 50 millions de dollars selon Bpifrance et BusinessFrance.

Pascale Augé, présidente du directoire d’Inserm Transfert, affirme, en connaissance de cause, que la création d’une startup est une aventure humaine, excitante et stressante. « Trois échecs sur cinq sont dus à l’équipe. Même lorsqu’elle est complémentaire sur le papier, il faut vivre ensemble et gérer les enjeux. C’est pour cela que nous voyons des investisseurs changer entièrement l’équipe d’origine. A contrario, nous avons l’exemple de Cellectis qui a changé plusieurs fois de technologies et est aujourd’hui cotée à un milliard d’euros en bourse. L’équipe a su résister. » Selon elle, les partenaires abordent souvent la question de l’argent et de la répartition du capital trop tard. « D’ailleurs, la pression a monté et la sélection est extrême. Je ne suis pas sûre que Genentech, Amgen ou même Google réussiraient de la même façon dans le contexte actuel. »

Selon Jean-Pierre Boissin, qui a mis sur pied le statut d’étudiant entrepreneur inauguré en 2014, on devrait dépasser les 1 500 étudiants séduits par l’entreprenariat cette année. On est encore loin de l’ambition de 20 000 créations ou reprises d’entreprises par des jeunes issus de l’enseignement supérieur dans les quatre ans. Mais le frémissement est tangible dans les 29 PEPITES (Pôles Etudiants Pour l’Innovation, le Transfert et l’Entrepreneuriat) nationaux dont celui de PSL à Paris qui accueille des étudiants de la Femis, de l’EHESS ou encore de Dauphine (voir le témoignage de DomoDerme). La relève des jeunes diplômés arrive…

(4 encadrés entrepreneurs)

DomoDerme : l’isolation écologique aux multiples soutiens
Dégourdi. C’est comme cela que Philippine Vidal, chef de projet de PSL-Pépite, décrit Lucas Dauvergne qui a fondé DomoDerme. Après un faux départ en PACA, ce diplômé des Arts Décoratifs relance son projet d’isolation thermique décoratif à Paris où il partage son temps entre le PSL-Pépite (l’espace de coworking est bien utile pour échanger avec d’autres entrepreneurs ou recueillir les conseils des étudiants en droit de Dauphine) et son atelier en banlieue. DomoDerme - nom en procédure de dépôt à l’INPI - est soutenu par l’EnsAD Lab, le laboratoire de recherche de son alma mater. Une installation pilote d’isolation en lichen des rennes, organisme vivant venu des steppes nordiques, trône dans les bureaux de la société Allegorithmic. Autre fournisseur de matière première pour DomoDerme, le Relais, structure de collecte de vêtements d’Emmaüs.

upOwa : le solaire en Afrique via les Etats-Unis et Grenoble
Détaché par le CEA à Washington, Killien de Renty se prend à rêver de lancer une startup pour développer l’énergie solaire en Afrique avec une amie travaillant à la Banque mondiale. Depuis fin 2014, sa société upOwa travaille sur le développement technique du projet à Grenoble tout en mettant en place un projet pilote au Cameroun. « Notre système solaire intelligent apporte l’électricité à domicile à la demande grâce au paiement mobile, dans des villages aujourd’hui sans électricité », décrit le jeune entrepreneur. Pour se développer, il a joué la carte des concours, d’abord pour la notoriété, puis pour les financements : Grand prix Pépite 2015 au concours i-Lab du ministère, 2e prix de l’entrepreneur social en Afrique entre autres, sans compter une bourse French Tech. « Chaque prix est une marche, le prix Pépite a été clé », résume l’ancien expatrié. « Je suis rentré en France pour ce cadre favorable aux startups même si on peut lever plus d’argent aux Etats-Unis. Le Réseau Entreprendre et Initiative France font des prêts d’honneur. Heureusement que la BPI existe. »

Ynsect : des insectes et des hommes
En juillet 2016, Ynsect inaugurera son unité de démonstration Ynsite dans le Jura. Depuis sa création par quatre amis en 2011, Ynsect qui est basé à Evry (91) se dédie à « l’élevage d’insectes à grande échelle et leur transformation en molécules d’intérêt » pour la nutrition animale dans un premier temps. Alexis Angot, co-fondateur et directeur juridique et financier, explique les ingrédients du succès à ses yeux. « Etant donné l’investissement humain colossal au départ, un élément crucial est l’équipe. Nous nous forçons tous les deux ou trois mois à nous poser pour parler ce qui ne va pas. C’est une soupape. Ensuite le recrutement de jeunes diplômés et de gens plus senior est important. Nous sommes 38 de dix nationalités. » Pour lui, l’écosystème français est favorable à l’innovation et réactif (les demandes de financement à Bpifrance ou à l’Ademe reçoivent un feu vert ou rouge très vite). « Nous avons remporté beaucoup de concours. La visibilité est importante pour attirer l’attention des capital-risqueurs qui cherchent un entonnoir. Les dossiers sont aussi un exercice pour se structurer », continue-t-il. Ynsect a levé 14 millions d’euros en 18 mois et noué des partenariats avec sept instituts (AgroParisTechn, Irstea, Ifremer,…).

Option Way : améliorer l’accélération
« Pour la phase de création et de développement, les dispositifs fonctionnent bien. C’est plus compliqué pour la phase d’accélération », résume Mathieu Chauvin, co-fondateur d’Option Way dont les algorithmes transposent le principe des ordres boursiers à la réservation d’avion. En gros, les consommateurs profitent sans lever le petit doigt des baisses de prix de billets même si elles ont lieu à 3h00 du matin. Malgré un solide parcours dans la finance, il était cependant un novice en création d’entreprise et a apprécié l’accompagnement de l’incubateur de Télécom ParisTech à Sofia-Antipolis pendant 18 mois, phase du premier brevet et des premiers financements après le love money initial. Rejoint par un associé ingénieur informatique, ancien d’Air France et d’une startup californienne, Mathieu Chauvin emploie aujourd’hui 7 personnes hébergées dans une pépinière d’entreprises. « Nous avons gagné le Tremplin Entreprises Essec Sénat et le concours d’innovation numérique avec 400 000 euros qui vont nous permettre de continuer le développement. Les prix aident aussi car on voit qu’on n’est pas les seuls à y croire. » Option Way se tourne désormais vers le financement participatif avec une campagne sur Wiseed.


L’intrapreneuse derrière le Hub Bpifrance

Directrice du Hub Bpifrance, Cécile Brosset explique pourquoi elle a imaginé et lancé cette nouvelle structure en avril 2015.

Pourquoi avez-vous créé le Hub Bpifrance ?
L’écosystème des startups a explosé en France ces deux dernières années en se structurant autour de l’accompagnement et du financement. Les concours, les accélérateurs, les fonds, ne suffisent pas toujours. Il faut aider l’étape d’après. Nous avons créé le Hub en constatant deux phénomènes : les trois quarts des startups meurent après la première levée de fonds faute de pouvoir passer à l’échelle et les grands groupes français doivent saisir les enjeux du digital en regardant à l’extérieur comme sont habitués à le faire les GAFA ou Rakuten. Nous avons donc créé le Hub pour concrétiser des contrats commerciaux à grande échelle entre startups et grands groupes, en partant d’un besoin stratégique. Le retour des startups est que le temps des grands groupes est trop long et qu’il est parfois plus facile de travailler avec des groupes étrangers. Notre ambition est d’accélérer les partenariats, commerciaux ou capitalistiques, entre startups et grands groupes.

Comment vous y prenez-vous ?
Chez Bpifrance, nous avons une connaissance intime de 40 000 sociétés innovantes et 200 chargés d’affaires sur le terrain. Nous étions assis sur des informations extraordinaires sans les exploiter pleinement. C’était dommage. Nous avons donc créé le Meetic de l’innovation, entre grands groupes, ETI et start-ups françaises. Pour un groupe qui est intéressé par l’endormissement au volant par exemple, nous pouvons identifier les startups pertinentes. Nous travaillons avec une trentaine de groupes de plusieurs secteurs : automobile, immobilier, restauration,…Le deuxième volet du Hub est l’accompagnement de 10 startups à qui nous offrons notre carnet d’adresses et notre force de travail pour battre le fer et à qui nous donnons un maximum de visibilité pendant leur période de croissance.

Quel bilan après presqu’un an d’activité ?
Plus de 100 mises en relation au plus haut niveau des entreprises et une dizaine de contrats signés. Les startups accueillies ont fait plus de 200% de croissance, levé 90 millions d’euros, se sont implantées dans une dizaine de nouveaux pays et ont recruté 50 personnes. Nous passons donc à l’échelle, de 10 à 40 startups le mois prochain. En tant que lieu dédié à l’innovation, nous avons accueilli plus de 250 évènements où l’on vient chercher de la fraicheur et du business Ce n’est pas de la com, mais de la mise en relation et de la mise en valeur de belles collaborations, comme par exemple la solution de virtualisation de MiddleVR appliquée aux besoins de GRTgaz. D’ici 2017, nous voudrions avoir accompagné une centaine de startups qui ont l’ambition d’être des champions internationaux.

Isabelle Boucq

Mentions légales - Réalisation : 3W Media