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HORS SERIE COMPÉTITIVITÉ 2016 S1

Le Comité Richelieu veut faire connaître la France qui innove

[Article du 29/02/2016]

Si l’innovation est sur toutes les lèvres, les grands groupes français peinent encore à changer leurs habitudes. Le Comité Richelieu s’est donné pour mission de lever les blocages techniques et culturels de la société française en matière d’innovation. Partenaire des start-up, PME et ETI les plus innovantes comme des grands groupes français et internationaux (EDF, DGA, Huawei...) , le Comité veut faire émerger les futurs champions français.

Le Comité Richelieu veut faire connaître la France qui innove

Le Comité Richelieu veut faire connaître la France qui innove

Photo : Jean Delalandre, délégué général du Comité Richelieu.

Plus d’une centaine d’acteurs se sont pressés au Forum PME organisé par EDF et le Comité Richelieu, mi-janvier, à Paris. Pour la troisième année consécutive, EDF a consacré une journée à rencontrer les PME les plus innovantes. Lors de cette journée, près de 150 rencontres ont eu lieu entre les décideurs de l’électricien et des PME désireuses de proposer une offre innovante. L’évènement est l’exemple le plus abouti de ce que veut réaliser le Comité Richelieu, à savoir faciliter la rencontre entre les grands groupes et les PME innovantes. « Nous ne sommes pas une organisation patronale comme le Medef et la CGPME, mais un réseau d’entrepreneurs. Nous sommes spécialisés sur une niche, l’innovation, explique Jean Delalandre, délégué général du Comité. Notre objectif n’est pas d’amener ces sociétés à devenir absolument des ‘’grands groupes’’, mais plutôt de les accompagner pour qu’elles deviennent des champions dans leur domaine. » Cet objectif passe notamment par aider ces start-up, ces PME et ces ETI à avoir accès aux marchés des grands groupes. Pour mener à bien ce rôle d’entremetteur économique, le Comité dispose d’un atout important : son réseau. Créé en 1989 par 5 PME issues de la high tech de la défense, le Comité a ensuite étendu son réseau vers les acteurs du spatial, de l’aéronautique et des TIC. Aujourd’hui, le Comité compte plus de 300 entreprises adhérentes, un réseau de 4 500 entreprises innovantes, et des partenaires de renom comme EDF, la DGA, BNP Parisbas ou Huawei, ce qui lui permet de proposer ses services à des secteurs de plus en plus divers.
De plus en plus de grands groupes commencent à développer le sourcing externe. Si le Forum EDF, en choisissant d’inscrire dans la continuité ses rencontres avec les PME, représente selon le Comité un exemple bien abouti, les grands groupes n’hésitent plus à utiliser d’autres méthodes. Les appels à compétence sont par exemple de plus en plus fréquents. Les PME à leur tour n’hésitent pas à créer elles-mêmes les conditions pour se faire entendre. Ainsi l’ETI Eolane, membre du Comité, a constitué son propre écosystème en créant La Cité de l’objet connecté. C’est elle qui désormais « chasse en meutes », en entraînant dans son sillage les start-up et les PME.
Le Comité Richelieu apporte également aux PME membres une visibilité à l’international. « Nous avons par exemple organisé l’année dernière un voyage de visite en Chine avec Huawei, explique Fabien Robert, chef des ventes et des applications d’Ommic. Au programme, des rencontres avec l’écosystème français basé en Chine, Business France, et des entrepreneurs français basés en Chine, mais aussi des start-up locales, ainsi que Huawei ou encore Tecent. » C’est grâce au réseau développé en Chine par le Comité que la PME Ommic, spécialiste des semi-conducteurs de haute fréquence, a pu entrer en contact avec le géant chinois de la high tech Huawei. « Le Comité nous a sélectionné parmi les PME innovantes. Nous avons ainsi pu accéder directement aux responsables de l’innovation de Huawei, dans le cadre d’un partenariat PME innovantes/Huawei pour leur stratégie 5G. Nous avons signé un contrat cadre en octobre 2015. Cet accord a eu pour effet collatéral de rassurer la BPI et le ministère de l’Economie, qui ont alors souhaité participer à l’évolution d’Ommic. »
Malgré les initiatives qui se mettent en place, la communication entre grands groupes et PME reste difficile. « La difficulté peut venir du fait que ces acteurs proposent des solutions sur lesquelles les grands groupes n’ont pas forcement encore exprimé de besoins », assure Jean Delalandre. Le Comité nuance d’ailleurs l’idée selon laquelle les relations entre grandes et petites entreprises seraient particulièrement tendues en France. Les difficultés des PME innovantes pour atteindre les grands groupes viendraient plutôt de la lenteur des ces derniers à adopter une attitude d’open innovation. « Toute la question repose sur le degré d’acculturation des grands groupes avec les nouvelles formes d’innovation. Demander à la R&D de gérer l’open innovation, c’est ce qui se fait le plus souvent. Le défi, c’est de faire prendre conscience à l’ensemble des métiers et des fonctions supports, et notamment les achats, de l’importance d’intégrer ces nouvelles problématiques. » Et même lorsque l’ensemble de la direction est convaincu de l’efficacité de ces nouvelles méthodes, les rapports avec ces sociétés innovantes, parfois constituées d’une poignée de salariés, ne s’avèrent pas simples. « Il faut reconnaître que les rapports entre start-up et grands groupes peuvent se trouver limités par la capacité de la start-up à être capable de répondre à la commande. Il semble plus facile pour une grosse PME ou une ETI de travailler avec un grand groupe », explique Jean Delalandre.

Constats et pistes d’action
L’autre tâche que s’est donné le Comité Richelieu, c’est de lever les freins réglementaires et juridiques à l’innovation. Le premier acte du Comité est de réaliser une étude sur les PME innovantes et le succès des politiques publiques lancées en faveur de ces acteurs. Ainsi, chaque année depuis 2013, le Comité publie son « Observatoire des engagements et actions du gouvernement au service de l’innovation et de la croissance ». Dans la dernière édition, l’Observatoire a consacré une partie à une large enquête sur l’impact des mesures gouvernementales pour les acteurs innovants. CICE, CIR, CII sont passés au crible par les PME. Les conclusions de l’enquête constataient une amélioration de la confiance parmi les acteurs innovants vis-à-vis des politiques publiques en faveur des entrepreneurs. Alors que 79 % des entrepreneurs sondés en 2013 n’étaient pas satisfaits du Pacte pour la croissance, ils n’étaient que 67 % en 2015. Pour Jean Delalandre, « la fiscalité est un point clé pour ces acteurs, et plus encore la fiscalité impactant directement la recherche et l’innovation. A ce titre, on ne cessera jamais de louer le CIR. »
Par ailleurs, le Comité propose certaines pistes d’action. Il souhaiterait notamment que le CICE touche aussi les salaires supérieurs à 3,5 le SMIC, ce qui permettrait selon lui d’aider à l’embauche d’employés qualifiés, davantage concernés par l’innovation. Toutefois, le Comité Richelieu identifie aussi les mécanismes qui ne fonctionnent pas, ou qui ne sont pas assez connus. « L’échéance des 2 % d’achats innovants dans les achats publics d’ici à 2020 apparaît particulièrement peu ambitieuse, poursuit Jean Delalandre, et le mécanisme de Médiation Interentreprises, pourtant très utile, reste trop peu connu des entreprises. »

Pour mener à bien
son rôle d’entremetteur économique,
le Comité dispose d’un atout important :
son réseau (…)
Il compte plus
de 300 entreprises adhérentes,
un réseau de
4 500 entreprises innovantes,
et des partenaires de renom.


L’autre frein à l’innovation identifié par le Comité concerne l’accès au financement. Le rapport de l’Observatoire soulignait quelques avancées récentes. Ainsi, le sentiment des entrepreneurs à propos des conditions d’obtention de prêt après la centralisation des activités de la BPI s’est amélioré. Le Comité recommande toutefois que l’épargne soit mieux redirigée vers l’innovation. « Ce sont surtout le Livret A et le Livret Développement durable qui attirent l’épargne, rappelle Jean Delalandre. Il faudrait que le crowdfunding et le PEA PME bénéficient d’une meilleure visibilité et d’une fiscalité plus incitative pour les ménages. » Par ailleurs le Comité Richelieu croit au rôle des fonds. C’est dans cette perspective qu’il est partenaire du premier International Private Equity Market organisé mi-février, à Cannes. Mais c’est surtout en s’adressant aux responsables publics que le Comité veut faire changer la situation. Ainsi, il va bientôt organiser une réunion plénière pour laquelle l’invité sera Emmanuel Macron. Le ministre sera invité à échanger avec un public composé d’élèves de l’Ena et d’entrepreneurs. Le Comité Richelieu a également réussi à mettre en place un partenariat avec l’Ena afin que 10 % des étudiants effectuent leur stage dans une PME ou une ETI innovantes. « C’est une bonne façon d’aider les futurs dirigeants à prendre en compte les besoins des PME. » 

Florent Detroy.

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