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Les BizLabs d’Airbus stimulent l’innovation interne et externe

[Article du 15/12/2015]

En 2015, Airbus a inauguré ses trois premiers BizLabs à Toulouse, Hambourg et Bangalore. Ces accélérateurs ont pour mission d’ouvrir l’innovation maison au monde extérieur et de cultiver le goût du risque chez les intrapreneurs. Les startups et les employés Airbus sélectionnés doivent créer des communautés agiles et fertiles qui lanceront de nouveaux produits innovants.

Les BizLabs d’Airbus stimulent l’innovation interne et externe

Les BizLabs d’Airbus stimulent l’innovation interne et externe

« Ces accélérateurs s’inscrivent dans notre politique générale d’innovation. Comme tous les grands groupes, notre innovation était jusque là techno-centrée autour de notre monde de l’aéronautique », explique en introduction Bruno Gutierres, le directeur des Airbus BizLabs. Et comme d’autres grands groupes, Airbus a eu envie de s’ouvrir au monde extérieur pour capter de nouvelles idées. « Le monde autour de nous bouge très vite et nous avons besoin de nourrir notre innovation d’autres modèles, d’autres industries et d’autres écosystèmes. »

Bruno Gutierres n’est pas un novice de l’innovation ouverte. Au début des années 2010, il a dirigé la Airbus Business Nursery qui était un labo d’innovation où le groupe a commencé à tester des méthodes agiles et l’interaction avec les startups. Mais l’idée était encore embryonnaire. Et surtout pour avoir un impact, Airbus devait se doter d’une structure plus importante et changer d’échelle. La société s’est rapprochée d’autres grands acteurs qui, dans des domaines différents, avaient une expérience des accélérateurs : Microsoft Ventures, Orange Fab, iLab d’Air Liquide ou dans une autre catégorie l’accélérateur NUMA. « Notre collaboration n’est pas formelle, mais nous échangeons sur nos pratiques, nos startups, nos mentors et nos méthodes. C’est une collaboration ouverte et permanente entre accélérateurs. »

« Pour interagir avec d’autres industries et d’autres acteurs, nous avions besoin d’une structure spécialisée car les mondes des grands groupes et des startups sont très différents dans leurs modes de fonctionnement et leur process. La première mission des Airbus BizLabs est donc d’ouvrir notre innovation à l’extérieur et d’interagir avec d’autres acteurs. Leur seconde mission est de sortir notre innovation interne de son cadre et de faire en sorte que l’ensemble des collaborateurs puisse participer à la dynamique de l’innovation. » Airbus est particulièrement fier de ses accélérateurs hydrides où des startups côtoient des employés d’Airbus dans une interaction quotidienne. D’un côté, les startups bénéficient de l’accompagnement d’un grand groupe et comprennent ses manières de fonctionner. De l’autre, les intrapreneurs prennent goût à l’entreprenariat et au risque dans un environnement stimulant.

Première saison

Suite à un appel à projet lancé en juillet, le BizLab toulousain a reçu 150 candidatures. Aujourd’hui 4 startups et 5 projets internes sont hébergés pour un programme d’accélération de six mois. Entourés de coachs qui les accompagnent et d’experts dans leurs domaines respectifs, les porteurs de projets ont pour mission de développer leur concept innovant dans le monde de l’aéronautique. « Nous avons identifié des startups à fort potentiel et nous les aidons à se développer dans le monde de l’aéronautique qui est complexe pour les startups en raison des contraintes, de la longueur des temps de développement et des coûts », reconnait le directeur des BizLabs.

Bruno Gutierres fait le tour du propriétaire. « Une startup de Hong-Kong développe un nouveau concept de siège qui peut changer de configuration très rapidement. Une startup franco-allemande travaille sur un algorithme d’encryption pour sécuriser l’envoi des données d’impression 3D et l’utilisation des capteurs des imprimantes pour faire un retour qualité. C’est un point essentiel dans le déploiement industriel de l’impression 3D », énumère-t-il. « Une société espagnole développe un algorithme pour que les compagnies aériennes optimisent leurs « assets » et l’utilisation de leurs équipements ce qui leur permettra de gagner en temps de cycles de rotation « turnaround time ». La dernière startup est toulousaine et développe une technologie de géolocalisation des objets à 15 centimètres avec des tags sans batterie pour transmettre les données. »

Voilà pour les projets extérieurs sélectionnés pour cette première saison. « En interne, c’est plus confidentiel. Plusieurs projets tournent autour de l’aide à la décision pour le pilote, entre autres de nouvelles fonctionnalités pour les applications qui se déportent de plus en plus du système avionique vers des tablettes. Il s’agit par exemple d’améliorer les trajectoires. Nous avons cinq projets internes hébergés dans le BizLab, mais en tout, ce sont 24 projets qui sont suivis et accompagnés. » Quantifier les résultats attendus de cet effort, qui s’inscrit dans les 2 milliards d’euros d’investissements annuels en R&D chez Airbus, est plus difficile. « Si on souhaite mesurer quelque chose, c’est la valeur créée et le temps mis à la créer. Dans un accélérateur, le temps et la création de valeur sont importants. Mais le nombre de projets n’a pas de sens car il ne faut pas privilégier le volume sur la qualité. »

Hambourg et Bangalore dans la foulée

Quelques mois après Toulouse, deux autres BizLabs voyaient le jour. « Hambourg était un choix naturel. C’est un de nos plus gros sites industriels et l’Allemagne est une terre de startups. Nous pouvons donc allier la dynamique intrapreneurs et entrepreneurs. L’appel à projets est terminé et nous sommes en train de sélectionner les startups pour la première saison. » En regardant une carte du monde, les initiateurs du projet n’ont pas eu de mal à choisir Bangalore comme l’endroit idéal pour implanter le troisième BizLab. « Bangalore est le troisième hub de startups au monde. C’était une opportunité de se positionner sur ce hub où nous avons déjà un centre d’ingénierie avec quelques 350 ingénieurs. A Bangalore, nous avons noué un partenariat avec NUMA qui est installé dans les mêmes locaux que nous. Nous avons fait une ouverture conjointe fin novembre. Là encore, l’idée est de se nourrir des autres et de créer des passerelles. » En Inde, l’appel à projets s’est terminée à la mi-décembre.

Après ces inaugurations au pas de charge, l’équipe va faire une pause. « Nous avons maintenant un travail de structuration à faire. Les trois plateformes doivent créer une communauté et des passerelles entre-elles. Les projets hébergés doivent interagir et l’effet hybride se mettre en place. »

Les accélérateurs se développent dans les grands groupes

Chez Air Liquide, l’i-Lab a été conçu comme un hybride, moitié « think tank » chargé de faire de la prospective sociétale et moitié « corporate garage » capable de passer de l’idée à la preuve de concept. Ouvert en décembre 2013, « le laboratoire des nouvelles idées d’Air Liquide » a reçu une feuille de route claire : « L’objectif est d’être capable de créer de la valeur à court terme et à long terme en trouvant 4 ou 5 relais de croissance sur de nouveaux territoires », expliquait son patron Grégory Olocco. L’idée s’est concrétisée après un voyage d’étude aux Etats-Unis qui a ouvert les yeux des responsables de la R&D d’Air Liquide. Accélérer d’abord, mais aussi décaler, penser autrement, aborder des problématiques nouvelles pour le groupe. En France, Microsoft Ventures est installé au cœur du Sentier à Paris. Dans le monde, l’organisation chargée d’accompagner des startups prometteuses est implantée dans 7 villes (Bangalore, Pékin, Berlin, Londres, Tel Aviv, Seattle et Paris). Là aussi, un grand groupe accompagne les heureux élus sur une période de 3 à 6 mois pour les aider à accélérer leur croissance grâce à des mentors et de l’aide technique. Citons encore Orange Fab (à ne pas confondre avec les Orange Labs). « Notre but est d’aider des startups à développer leur business et construire des produits et des services pertinents dont Orange et ses clients profiteront », proclame ce programme qui donne accès aux équipes Orange, à des mentors, des événements et des clients pour des tests. En octobre 2015, Orange lançait la saison 4.

Airbus Group en résumé

- Leader mondial dans l’aéronautique, l’espace et la défense : Airbus, Airbus Defence and Space et Airbus Helicopters

- Budget R&D global 2014 : 3,4 milliards d’euros

- Chiffre d’affaires 2014 : 60,7 milliards d’euros

- 138 000 collaborateurs dans le monde, dont 37% en France

Isabelle Boucq - Photo Airbus group

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