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Innovation Review n°88

« Un écosystème innovant qui s’affirme »

[Article du 05/10/2015]

Le rapprochement territorial des deux régions normandes se dessine peu à peu et modifie également les perspectives en matière d’innovation. Retour sur les enjeux locaux et sur la Quinzaine de l’innovation qui ouvre ses portes avec Didier Pézier, président de Seinari, l’agence de l’innovation de Haute-Normandie.

« Un écosystème innovant qui s’affirme »

« Un écosystème innovant qui s’affirme »

 Interview de Didier Pézier, président de Seinari, l’agence de l’innovation de Haute-Normandie

Quels sont les domaines où la région connaît le plus fort développement en matière d’innovation ?
Parmi les filières qui maintiennent une forte activité innovante, on trouve notamment la chimie, la biosanté et les MedTech. De nombreuses start-up se développent autour de prestations et de marchés de niche, soit dans le domaine des applications médicales ou des médicaments, soit dans des solutions de confort en termes de santé. Le tissu académique et universitaire de Haute-Normandie se prête particulièrement aux développements connus dans ce secteur. Les activités numériques recèlent également un important potentiel innovant, qui se confirme d’année en année. La filière numérique s’articule notamment autour de la pépinière rouennaise Innopolis, de l’association NWX (Normandie Web eXperts), de la nouvelle labellisation French Tech, qui réunit Le Havre, Rouen et Caen. Après Rouen et Caen, Le Havre va également se doter d’une pépinière et d’une cantine numérique. Le e-commerce, les applications mobiles et les solutions numériques pour le milieu industriel figurent parmi les spécialisations d’avenir de ces pôles.
Une prochaine pépinière, baptisée Smart Base, vient d’ouvrir à Evreux. Elle revêt un caractère original, puisqu’elle sera partagée entre les locaux de la CCI d’Evreux et ceux de la base militaire aérienne locale. Celle-ci dispose de fortes compétences en termes de transmission électronique et s’ouvre à l’extérieur, en particulier aux porteurs de projets, qui bénéficient ainsi de savoir-faire spécifiques.

« Après Rouen et Caen, Le Havre va également se doter d’une pépinière numérique. »

Quels sont les apports de la labellisation French Tech pour le tissu économique local ?
Au-delà de la reconnaissance qu’apporte cette nouveauté au territoire, on constate une implication politique locale qui a un impact direct sur les possibilités de développement. Des moyens supplémentaires apparaissent. Les programmes d’animation se multiplient. Les entrepreneurs sont davantage regroupés sur des pôles spécifiques, ce qui est bien sûr propice aux échanges, à l’émergence de collaborations, de partenariats.

Que propose exactement la Quinzaine de l’innovation, et quelles sont les particularités de cette édition 2015 ?
L’objectif de la Quinzaine est d’organiser des temps forts sur l’ensemble du territoire régional pour permettre aux acteurs de l’innovation de se rencontrer, aux entreprises de se faire connaître, d’organiser des conférences, des événements particuliers pour montrer l’intérêt de certains projets. Cette année, l’énergie figure en bonne place dans ce programme. C’est bien sûr une filière d’importance dans la région avec le nucléaire et l’éolien. Un événement particulier est également dédié à la chimie du végétal. L’industrie chimique a besoin de trouver des relais de développement et de pérennisation de l’activité en sortant des matières premières fossiles et en essayant de mettre l’accent sur les solutions biosourcées.
Une manifestation est également organisée autour de l’usine du futur, à l’initiative du Cetim (Centre technique des industries mécaniques) et de la CCI de Rouen. Au cœur de cet événement figurent des thématiques comme l’impact de la fabrication additive dans la chaîne du numérique et dans la conception de prototypes. Par ailleurs, le nord de la région, qui jusque-là manquait d’événements de ce type, connaît aussi des nouveautés. L’agglomération de Dieppe vient de rénover un bâtiment avec l’objectif d’en faire un centre d’innovation de référence. A l’occasion de la Quinzaine, elle présente au sein de ces locaux un projet de FabLab destiné aux entreprises innovantes du nord de la Seine-Maritime.

Au travers de cette Quinzaine, on constate que l’heure est au rapprochement entre les initiatives innovantes de Basse-Normandie et de Haute-Normandie.
Effectivement. Sans attendre que la fusion des deux régions soit effective au 1er janvier prochain, nous avons décidé de penser les futurs projets dans leur globalité. Nos quinzaines respectives se déroulent au même moment. En plus de ce calendrier commun, nos concours de l’innovation sont désormais regroupés. Jusqu’ici, chaque agence de l’innovation des deux régions – Miriade et Seinari – avait son concours, avec ses propres catégories et modalités. Nous avons travaillé en amont pour unifier et harmoniser l’ensemble. Un nom commun a été trouvé ; le concours s’appelle Les Trophées « Y’a d’l’idée en Normandie ! » Sept lauréats seront récompensés le 14 octobre à l’occasion d’une manifestation organisée à Caen. Il s’agit d’un des temps forts de la Quinzaine.
Par ailleurs, nous organisons chaque année des Rencontres régionales de l’innovation – les RRI –, qui sont pilotées par la CCI en partenariat avec Seinari. Elles sont aussi ouvertes aux entreprises bas-normandes. C’est l’occasion d’échanger avec des acteurs consulaires, des filières, des pôles, de Bpifrance ou des banques. Le rapprochement régional aura de manière générale un impact sur le renforcement des réseaux innovants. A l’image de la filière Normandie AéroEspace (NAE), qui est déjà présente sur les deux territoires, d’autres filières à fort potentiel, comme la chimie-biologie-santé, vont sans aucun doute étendre leur rayonnement vers les deux Normandie. Et d’autres filières, qui disposaient de deux structures distinctes, vont regrouper et mutualiser leurs moyens.

 

 

Testimoniaux

Robocath robotise la manipulation de cathéters

Créé en 2009 à l’initiative de Philippe Bencteux, médecin radiologue, Robocath a développé une solution robotisée pour la manipulation de cathéters à distance. « Notre solution est compatible avec de nombreuses spécialités dans le domaine vasculaire. La première déclinaison adressera la cardiologie », précise Christelle Jeanpetitjean, en charge de la validation et du support clinique dans l’entreprise, qui compte aujourd’hui douze personnes.
Le télémanipulateur mis au point par Robocath présente un double avantage. D’une part, les médecins ne sont plus exposés aux rayons X lors des procédures. D’autre part, le robot permet plus de précision et de fiabilité. Le médecin est mieux installé : il n’est plus debout et ne porte plus d’équipements de protection plombés, mais assis, avec un retour d’information en temps réel. Durant la procédure, le praticien se trouve à quelques mètres du patient et manipule le matériel à l’aide de joysticks.
Après la réalisation de plusieurs prototypes entre 2009 et 2013 et l’entrée d’investisseurs (Go Capital et NCI Gestion) en 2013, Robocath, qui est également soutenu par la BPI, a réalisé une seconde levée de fonds, début 2015, afin de passer au stade de l’industrialisation. « Nous envisageons un marquage CE d’ici  à fin 2017, et nous pourrons ensuite commercialiser notre télémanipulateur », souligne Christelle Jeanpetitjean. D’ici là, une étude pré-clinique devrait être réalisée courant 2016, et les premiers tests chez l’homme devraient avoir lieu fin 2016 ou début 2017. A terme, l’appareil pourrait également avoir des applications en radiologie et en chirurgie vasculaire. 

 

Mill simplifie la gestion d’applications Web
Mill permet aux professionnels du Web et de la communication de gagner un temps considérable en simplifiant la gestion d’applications Web. Via une même interface, il est possible de déployer une application, mais aussi de la modifier, la mettre à jour, la supprimer, la dupliquer ou encore effectuer des sauvegardes sur un serveur. Le produit développé par Mill permet également la migration d’un serveur à l’autre et est multi-CMS. Il peut gérer des applications sur Wordpress, mais aussi Drupal ou PrestaShop.  
A l’initiative de cette start-up : Sébastien Gest. Fin 2013, ce développeur opérationnel travaille pour un opérateur français et est chargé de l’automatisation de process de configuration. Un client de l’opérateur demande un jour s’il est possible de dupliquer le même site trois cents fois, pour un événement spécifique, afin de décliner l’application dans chacune de ses agences. Aucun outil ne permettait alors d’accomplir cette tâche de façon automatisée.
Percevant un besoin, Sébastien Gest commence à faire des tests. Il sollicite ensuite la métropole de Rouen, qui le soutient immédiatement et l’accompagne, notamment dans ses premières prises de contact avec la BPI. Depuis, l’innovation de Sébastien Gest s’est vu décerner de nombreux prix. Mill a reçu la bourse French Tech en juillet 2014, a été lauréat du concours Créa’tifs en novembre 2014, puis du concours de talents BGE de la création d’entreprise en mai 2015. En juin, la start-up, qui compte désormais sept personnes, a levé 210 000 euros en l’espace de trois semaines.
Mais Mill n’entend pas en rester là. La start-up prépare actuellement une seconde levée de fonds, « plus importante encore », prévient Sébastien Gest. Après avoir développé un outils multi-CMS, il ambitionne de se tourner vers le hardware et de simplifier la gestion d’applications quels que soient le routeur et l’opérateur.

 

 Kalain retranscrit l’odeur humaine 

Reproduire l’odeur des personnes sous forme de parfum à partir de leurs vêtements : voilà ce que propose l’entreprise Kalain depuis le début du mois d’octobre. « Il suffit de nous envoyer un habit bien imprégné de l’odeur de la personne pour que l’on puisse récupérer et synthétiser les molécules », explique Katia Apalategui, la conceptrice de Kalain, qui assure que le résultat est « très ressemblant », mais que « cela ne veut pas forcément dire que cela sent bon ».
C’est le décès de son père qui a été l’élément déclencheur, voilà sept ans. Katia Apalategui s’est alors rendu compte qu’elle, et pas seulement elle, aurait souhaiter conserver l’odeur du proche décédé. Rien ne le permettait. Bien décidée à remédier à ce manque, elle s’est tournée vers l’Agence de l’innovation en région Haute-Normandie (Seinari).
Son profil est pourtant atypique : agent général d’assurance, elle ne dispose d’aucune formation d’ingénieur. Il lui faut donc trouver un laboratoire qui puisse mettre en œuvre son projet. Cette étape durera deux ans. En 2010, elle entre finalement en contact avec Michel Grisel, directeur de l’unité de recherche en chimie organique et macromoléculaire (Urcom) de l’université du Havre, qui se lance dans l’aventure à ses côtés. Depuis, le projet a bénéficié d’un fonds de maturation qui a permis l’embauche de trois personnes au sein du laboratoire. Le projet a été incubé au sein de Seinari de 2013 à 2015. Le 21 avril dernier, le transfert de technologie ente l’Urcom et Kalain a été signé. « Nous avons décidé de ne pas déposer de brevet », explique Katia Apalategui, qui espère ainsi « garder une longueur d’avance sur ses futurs concurrents ».
Le parfum de la société Kalain se destine en priorité au secteur funéraire, pour conserver l’odeur de proches disparus. Mais le concept peut aussi se décliner pour des moments plus heureux : avoir toujours avec soi l’odeur de son enfant, de son conjoint, etc.

MATHIEU NEU

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