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Innovation Review n°87

Une nouvelle interface pour l’innovation en Bourgogne

[Article du 14/09/2015]

La Bourgogne se dote d’une agence régionale de développement économique. Objectif  de cette nouvelle entité : rassembler les forces autour de filières stratégiques afin de stimuler l’innovation et la création d’activité.

Une nouvelle interface pour l’innovation en Bourgogne

Une nouvelle interface pour l’innovation en Bourgogne

Pôle de compétitivité Vitagora, Maison régionale de l’innovation (MRI), bourses pour les créateurs d’entreprises… Depuis une dizaine d’années, la Bourgogne multiplie les actions pour stimuler l’économie locale et soutenir les entrepreneurs innovants. En juillet, une étape supplémentaire a été franchie avec la création de l’Agence régionale de développement de l’innovation et de l’économie (Ardie). « La mise en place de cette nouvelle entité intervient alors que la loi pour la Nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTRe) est venue renforcer le rôle des conseils régionaux sur le plan économique », souligne François Patriat, président du conseil régional de Bourgogne et président du conseil de surveillance de l’Ardie.

Un regroupement pour un opérateur unique
Cette création a lieu quelques mois à peine avant la fusion des régions Bourgogne et Franche-Comté. « Compte tenu de l’urgence économique, nous souhaitions agir dès maintenant, justifie François Patriat. Par ailleurs, c’était important pour nous d’arriver dans la fusion avec un outil opérationnel . »
Pilotée par le conseil régional, cette nouvelle entité n’est d’ailleurs pas une création à proprement parler. Dotée d’un budget compris entre 1,7 et 2 millions d’euros et d’une vingtaine de salariés, elle résulte du regroupement de structures préexistantes : l’agence Bourgogne Développement, chargée de faire du développement exogène, son homologue Bourgogne Innovation, dédiée à la promotion de l’innovation sur le territoire, et enfin l’Agence régionale d’information stratégique et technologique (Arist) de la Chambre de commerce et d’industrie de Bourgogne. « Afin de mieux structurer le pilotage du développement économique sur le territoire, nous avons décidé d’avoir un opérateur unique regroupant ces structures », explique François Patriat.
Ce changement organisationnel s’accompagne d’un changement de vision stratégique visant à davantage cibler les actions engagées au niveau régional pour stimuler l’économie locale. « Au niveau du développement économique, on avait tendance à se focaliser sur les entreprises extérieures venant s’installer sur notre territoire, note Philippe Crevoisier, président du directoire de l’Ardie. Nous recherchons désormais un développement régional davantage axé sur l’intérieur, en renforçant des filières déjà existantes pour les rendre plus fécondes en termes de création d’activité. Pour cela, il s’agit de sortir de l’organisation en silo en regroupant les forces au niveau régional et territorial, afin de concentrer les moyens sur des filières identifiées. »
Concrètement, l’Ardie reprend les missions confiées aux agences qu’elles regroupe en se concentrant sur les projets collaboratifs associant entreprises, groupements (pôles de compétitivité, clusters…) et laboratoires de recherche. « Nous aidons à l’émergence et à l’ingénierie de projets d’entreprises, de groupements et de territoires, indique Alexis Giloppe, le directeur général de l’Ardie. Notre rôle est d’identifier les compétences et de les structurer afin de créer des filières à forte valeur ajoutée. »
Parmi les filières jugées stratégiques pour le développement économique du territoire et définies dans le cadre de la stratégie régionale d’innovation figurent l’écoconstruction, la santé, la mobilité durable ou la métallurgie. « Dans la zone du Creusot-Montceau-les Mines, il y a une longue tradition en métallurgie et en mécanique, avec notamment le cluster Mecateam qui y est implanté, indique Philippe Crevoisier. L’objectif est de faire naître des start-up locales autour de ces thématiques. » L’agroalimentaire et l’agroenvironnement font également partie des filières identifiées. « Notre pôle de compétitivité dédié à l’agroalimentaire, Vitagora, a beaucoup de succès, poursuit Philippe Crevoisier. Nous souhaitons encore pousser sa capacité à innover et à générer des start-up dans ce domaine. »
Dans ce but, « l’Ardie travaille à renforcer les liens entre les différents acteurs de l’écosystème bourguignon : les entreprises, les laboratoires, les universités… », indique Philippe Crevoisier. En l’occurrence, l’agence planche sur le développement de nouveaux clusters. « On travaille à la mise en place d’un pôle santé Bourgogne, déjà initiée sous Bourgogne Développement, indique le président du directoire de l’Ardie. Nous cherchons également à faire émerger des filières spécialisées autour de l’écoconception et de la mobilité durable. »

 La Bourgogne fête l’innovation 
Du 21 septembre au 16 octobre a lieu la septième édition du Mois de l’Innovation en Bourgogne. Lors de cet événement, une quarantaine de manifestations (conférences, ateliers, portes ouvertes…) sont organisées sur l’ensemble du territoire, conviant les acteurs de l’écosystème régional à échanger autour de ce thème. « L’objectif de cet événement est de mettre en lumière toutes les facettes de l’innovation et de faire connaître les ressources que la région met à disposition des créateurs d’entreprise », explique Daniel Micard, directeur de Bourgogne Innovation.
Au demeurant, c’est un thème transversal, la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE), qui a été choisi comme fil conducteur de cette édition. « L’innovation n’est pas que technique : c’est aussi l’innovation dans l’organisation, dans les services, dans le management…, souligne Daniel Micard. La RSE est justement au croisement des dimensions économiques, environnementales et sociales de l’entreprise. » Cette année, plus d’un millier de visiteurs sont attendus.

 

Testimoniaux

Rentaload, un banc de charge 100 % « made in France »
Des bancs de charge à la location permettant de tester des équipements électriques : tel est le service proposé par Rentaload, jeune filiale du fabricant de résistances électriques Métal Déployé Resistor implanté à Montbard, en Bourgogne. « Dans un hôpital, par exemple, il faut être sûr que l’alimentation de secours en cas de coupure d’électricité fonctionne correctement, explique Emmanuel Bour, son directeur du développement. Le banc de charge permet de tester la capacité du groupe électrogène à prendre le relais en simulant une charge électrique. »
Créée en 2013, Rentaload se targue d’une fabrication 100 % française. La société a opté pour la location de ses appareils. « Les clients ont un besoin temporaire de notre matériel pour faire des tests, d’où le choix de la location », indique Emmanuel Bour.
Parmi ses produits phares, un banc de charge compact de 19 pouces conçu pour être directement intégrable dans les armoires informatiques des centres de données. « Les data center sont un secteur important pour nous, car ils doivent fiabiliser au maximum leurs infrastructures pour assurer la sécurité des données », souligne Emmanuel Bour. Autres clients importants pour Rentaload : les établissements recevant du public (ERP), tenus par la loi d’avoir des systèmes de secours fonctionnels en cas de panne électrique.
« On travaille également beaucoup sur le marché de l’éolien, ajoute Emmanuel Bour. On devrait sortir l’année prochaine un nouveau produit permettant de tester des éoliennes offshore. »
Rentaload compte parmi ses clients des entreprises comme Schneider Electric, Eiffage, Vinci, Bouygues TP… En croissance rapide, la société d’une dizaine de personnes a déjà déployé ses ailes à l’international. « On est présents à Leicester, Bonn et Milan », fait valoir Emmanuel Bour.

Crossject ou l’injection  sans aiguille
Basée à Chenôve, dans l’agglomération de Dijon (Côte-d’Or), cette medtech fondée en 2001 par Patrick Alexandre a travaillé pendant une quinzaine d’années à concevoir un système d’auto-injection de médicaments sans aiguille. Baptisée  Zeneo, cette solution vise à faciliter la vie des malades, parfois peu à l’aise avec la manipulation de seringues.
« Notre technologie nous ouvre un large spectre d’utilisation, souligne Patrick Alexandre. On est capable d’adapter le dispositif à la molécule à injecter. » Zeneo fonctionne grâce à une propulsion au gaz qui fait pénétrer instantanément le médicament à travers la peau. Ce dispositif pré-rempli, à usage unique, est conçu à la fois pour des traitements chroniques et des situations d’urgence.  « Souvent, dans les cas d’urgence, il faut injecter des produits intramusculaires en moins d’un dixième de seconde, indique Patrick Alexandre. Aujourd’hui, on est les seuls à pouvoir faire ça. »
Pour le moment, Crossject a développé son dispositif dans quatre directions :  le traitement de la polyarthrite rhumatoïde, la migraine aiguë, l’intervention en urgence en cas de choc allergique, et enfin Zeneo L15, un produit destiné à l’urgence, encore confidentiel.
Aucune version n’est encore commercialisée. La mise sur le marché devrait démarrer fin 2016. La société estime être capable de fournir dans un premier temps entre 1 à 2 millions de produits par an.
Afin de lever des fonds pour son développement, Crossject est entrée en Bourse en 2014. Cette opération lui a permis de lever 17 millions d’euros. L’entreprise a bénéficié du soutien de l’agence Bourgogne Développement dans la conception de son business model et dans sa recherche de financements.
« Notre implantation dans la région est d’ordre historique, précise Patrick Alexandre. J’ai commencé à développer ce projet au niveau des Laboratoires Fournier, qui avaient une unité à Chenôve. Quand le groupe a arrêté ses activités de R&D, je les ai ensuite récupérées. » Prochaine étape pour Crossject : l’extension immobilière, avec la construction à Dijon d’un nouveau bâtiment.

Novolyze, premier prix du concours Genopole
La sécurité alimentaire devenant un sujet de préoccupation croissant, les industriels du secteur doivent composer avec une réglementation toujours plus stricte. Pour les y aider, Karim-Franck Khinouche et Nicolas Braun, les fondateurs de la start-up dijonaise Novolyze, ont travaillé sur un procédé innovant permettant de valider les processus de sécurité alimentaire mis en place par les fabricants. Cette solution repose sur l’utilisation de germes brevetés non pathogènes introduits en début de chaîne, permettant de vérifier en fin de ligne si les traitements de décontamination (stérilisation, torréfaction, séchage, extrusion…) fonctionnent. « Ces bactéries non pathogènes se comportent comme les bactéries responsables d’infections alimentaires que l’on cherche à éliminer dans les processus industriels, la Salmonella principalement », explique Nicolas Braun. Cette innovation a permis à Novolyze de remporter le premier prix du concours Genopole en décembre dernier. Créée en 2012, la start-up compte aujourd’hui huit salariés et une trentaine de clients, « dont six géants du secteur », précise Nicolas Braun. Pour cette société installée dans les murs de la Maison régionale de l’innovation, à Dijon, le choix de s’implanter en Bourgogne s’est vite imposé. « Il y a ici le pôle de compétitivité Vitagora, qui est le plus performant dans le domaine de l’agroalimentaire, ainsi qu’un laboratoire et un centre technique spécialisés en sécurité des aliments, précise Nicolas Braun. Il y a aussi la proximité de l’école Agrosup Dijon. » Afin de financer son développement, la start-up a clôturé en juillet une campagne de crowdfunding qui lui a permis de recueillir 850 000 euros.
Prochain objectif : l’ouverture d’une filiale aux États-Unis.

Catherine Quignon

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