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Centre-Val de Loire - Ne plus faire l’économie, mais créer de l’adhésion

[Article du 10/04/2015]

François Bonneau, président de la Région-Centre Val de Loire, revient sur la SRI, la « smart specialisation », mais aussi les initiatives originales de la région pour accompagner, et non insuffler, l’innovation.

Centre-Val de Loire  - Ne plus faire l’économie, mais créer de l’adhésion

Centre-Val de Loire - Ne plus faire l’économie, mais créer de l’adhésion

Centre-Val de Loire

 

> Comment s’est structurée la « smart specialisation » ?
François Bonneau : Nous avions déjà élaboré une stratégie régionale de l’innovation (SRI) en 2009, saluée au niveau national, et même international, par la Commission européenne pour son originalité. Nous avions en effet choisi des axes atypiques, comme la formation en tant que telle parce qu’elle structurait les dynamiques d’innovation. Il y a eu par la suite une continuité lors de l’élaboration des spécialisations intelligentes. Nous avons essayé d’articuler les dynamiques horizontales avec les verticales : les horizontales consistent à créer autour de l’écosystème d’industrie et de service des capacités de recherche et d’innovations technologiques en s’intéressant à l’humain, à l’augmentation des compétences et qualifications, et en faisant la connexion avec les lieux de savoir. Les verticales sont le choix des domaines sur lesquels nous concentrons nos efforts, en tenant compte des réalités de la géographie, de l’industrie et des laboratoires. Nous avons finalement opté pour cinq domaines à fort potentiel : l’ingénierie et la métrologie environnementales pour les activités fortement consommatrices de ressources naturelles (laboratoire à vocation internationale BRGM à Orléans, université d’Orléans, pôle Dream), les biotechnologies et services appliqués à la santé et à la cosmétique (pôle Cosmetic Valley), la conception de systèmes pour le stockage de l’énergie (CEA, Insa, CNRS, université de Tours et d’Orléans), les technologies de l’efficacité énergétique pour la construction, l’usage et la rénovation des bâtiment (BRGM), les TIC et services pour le tourisme patrimonial (parcours découvertes…, avec CapDigital Ile-de-France).

> Vous parlez de proactivité de la région. Par quels biais peut-elle agir ?
En 2014, j’ai engagé un appel à projets d’innovation pour les PME. Celles qui voulaient s’en saisir accueillaient en leur sein un spécialiste de l’innovation (agence de l’innovation, CCI…) pour l’élaboration d’un diagnostic. Elle devait répondre et s’engager dans un process d’innovation. Nous avons obtenu 130 réponses, et une majorité a été retenue dans le cadre de projets d’accompagnement régionaux, pour une somme totale de 4 millions d’euros. Après avoir hésité, nous avons réitéré l’opération en 2015, et nous avons eu la surprise de valider 60-70 projets avec d’autres PME. L’objectif énoncé de passer de 500 à 1 500 PME innovantes est donc en bonne voie. Les grands groupes, quant à eux, ont été sollicités via un appel à manifestation d’intérêt, associant laboratoires, universités et grandes entreprises. Plusieurs grands projets ont été retenus : l’un porte sur l’énergie, un autre sur les biotechs dans le médicament, un autre encore sur les sciences du sous-sol, chaque fois avec un soutien de notre part sur plusieurs années, à hauteur de 10 millions d’euros. Pour le dernier cité, nous avons organisé pas moins de cinq réunions, non pas pour les aider à trouver des accords sur le plan scientifique, mais pour trouver des points de convergence en rapport avec les problématiques que nous voulons traiter. Car nous aidons tout ce petit monde sous la condition qu’il augmente sur notre territoire le nombre de chercheurs travaillant sur les sujets auxquels nous tenons. Notre rôle aujourd’hui est d’être à l’écoute, en osmose avec le territoire et l’écosystème, car les produits et productions changent à toute vitesse ; nous ne « faisons » plus l’économie. Parfois, de nouveaux axes émergent, mais ils ne se créent jamais ex nihilo. Par exemple, nous avons fait émerger le cluster Nekoé dans les services en favorisant les fécondations croisées, en resserrant les liens des différents acteurs.

> Vous vous êtes donc servi des atouts que le territoire a développés par le passé ?
La pharmacie, la cosmétologie, les instruments et mesures dans l’eau et son milieu… Il y a certes une continuité entre les atouts d’hier et d’aujourd’hui, mais la spécialisation intelligente occasionne aussi des ruptures. Ainsi, nous avons beaucoup compté sur les sous-traitants en mécanique automobile – industrie dont les volumes de commandes sont à la baisse – et les avons aidés à basculer dans la sous-traitance aéronautique, devenant la cinquième région française en la matière. Nous voyons bien dans les appels à projets innovants que les PME peuvent faire évoluer leurs champs d’intervention en travaillant sur d’autres matériaux et en répondant à d’autres problématiques. Pour l’usine du futur et les objets connectés, nous partons des fondamentaux industriels, nous n’inventons pas le positionnement, mais il y a évidemment de la nouveauté. De même pour les bio-matériaux, directement issus des capacités céréalières de la région.

> Vous inspirez-vous de vos voisins ?
Nous cultivons notre spécificité, en portant par exemple une plus grande attention qu’ailleurs aux PME. Nous ne cherchons pas absolument les trous dans la raquette, mais il nous faut nous positionner intelligemment par rapport aux voisins, qu’ils soient français ou européens. Ce qui suppose de notre part, conjointement avec l’Agence régionale pour l’innovation (ARITT Centre), un travail de veille et de réflexion. Dans l’énergie, par exemple, nous avons sondé les différents créneaux et avons décidé de nous tourner vers les matériaux servant au stockage.

 

 

Valorisation

La recherche en ordre de marche

La Région Centre-Val de Loire a multiplié par deux en moins de dix ans le nombre d’entreprises innovantes sur son territoire. Les fruits d’une stratégie qui consiste à booster l’innovation auprès des PME via du financement, de l’accompagnement et des échanges soutenus avec le monde de la recherche.

Plus de 5 300 chercheurs (en EVP), 2 universités, 4 écoles d’ingénieurs, 4 pôles de compétitivité, une dizaine d’organismes de recherche (CEA, CNRS, Inra…). Voilà, en quelques chiffres, ce que « pèse » le monde la recherche et de l’innovation dans la région Centre-Val de Loire (source : Centréco). Un potentiel que la Région s’attache à valoriser. « En 2013, nous avons opéré une mutation en matière d’innovation et de R&D pour initier une stratégie de spécialisation intelligente en partant de nos atouts, tant sur le plan industriel qu’en matière de recherche, explique François Bonneau, président du Conseil régional Centre-Val de Loire. Cela s’est notamment accompagné d’investissements visant à renforcer le capital humain via l’enseignement supérieur. Une campagne de sensibilisation des entreprises à l’innovation (nombre d’entre elles travaillant dans la sous-traitance n’étaient pas engagées en la matière) a aussi été initiée avant le lancement d’un premier appel à projets (à l’innovation). Il a connu un vif succès auprès des entreprises, puisque nous avons retenu 68 projets pour un montant de total de 5 millions d’euros. »

Un accompagnement sur mesure
Cette stratégie est également soutenue par différents outils et organismes, comme Technéo (développé par les Réseaux de développement technologique), SURéO Innovation (Service universitaire des relations économiques d’Orléans), ou l’ARITT (Agence régionale pour l’innovation et le transfert de technologie), une structure mise en place pour favoriser l’émergence des start-up et nouvelles entreprises. Parmi ces multiples missions, l’ARITT se charge notamment de « délivrer un accompagnement sur mesure aux PME et TPE qui ont besoin, pour développer une idée, un concept, un produit ou un service innovants, d’entrer en relation avec les acteurs de la recherche pour du transfert de technologies », précise Hassoun Mokhtar, en charge de la communication de l’ARITT Centre. De multiples passerelles ont ainsi été développées à leur intention, y compris avec les plus importants organismes de recherche régionaux.

Les ambitions du GIS geodenergies
C’est le cas, par exemple, avec le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), dans le cadre du groupement d’intérêt scientifique (GIS) Geodenergies, dont l’ambition est l’émergence de filières dédiées à une énergie sans carbone mobilisant le sous-sol. « Le GIS compte aujourd’hui vingt-deux partenaires, dont une douzaine d’entreprises, des grands groupes, mais également des PME et des TPE qui ont des idées et des ambitions, mais ni les moyens ni le temps de s’y consacrer. Ces entreprises sont pleinement associées aux décisions et aux projets. L’approche se veut très pragmatique et concrète. Nous travaillons, par exemple, sur le projet d’une PME qui entend se repositionner sur le marché de la géothermie, mais qui se heurte à des difficultés techniques. Il y a une réelle solidarité et proximité entre tous les acteurs », explique Catherine Truffert, directrice de la recherche au BRGM. « Une PME qui n’est pas impliquée dans Geodenergies peut également nous solliciter, ponctuellement, sur un projet. » Intéressant, quand on sait que sur ces filières d’avenir – la géothermie est l’un des leviers de la transition énergétique- le BRGM (avec le CNRS et l’Université) fait partie des acteurs reconnus à l’échelon mondial. Et il ne manque pas d’ambition. « Le portefeuille projets de Geodenergies mobilise 27 millions d’euros sur les trois ans à venir », précise la responsable.

Le Labex Caprysses fédère des grands groupes et des PME
« Les sujets de recherche qui intéressent le projet Caprysses concernent tous des défis sociétaux importants, comme la transition énergétique et écologique, le développement et l’intégration des énergies renouvelables, l’économie circulaire, la mobilité soutenable, la sécurité des systèmes énergétiques. De ce fait, les travaux sont conduits en symbiose totale avec plusieurs entreprises », explique Iskender Gökalp, le directeur d’Icare (Institut de combustion, aérothermique, réactivité et environnement (unité propre de recherche du CNRS-INSIS) à propos du labex Caprysses, dont il assure la coordination. Total, Air Liquide, le CEA (Commissariat à l’énergie atomique), Airbus ou encore l’ESA (Agence spatiale européenne) y sont associés. Des poids lourds. Pourtant, là encore, des PME locales sont impliquées. « Notamment dans les domaines de la sécurité industrielle et dans ceux de la conversion énergétique de la biomasse et des déchets organiques. Des travaux communs sont également initiés dans le domaine de la valorisation des pneus usagés, la récupération des métaux précieux des cartes électroniques, la valorisation énergétique des boues des stations d’épuration des eaux », précise Iskender Gökalp.

 

L’innovation et le transfert de technologies gagnent du terrain
« En 2009, la région comptait 500 entreprises innovantes. L’ambition était de passer à 1 000 en 2015. Objectif atteint. L’ambition est désormais d’atteindre les 1 500 dès 2020. En 2015, 60 projets sont retenus dans le cadre de l’appel à projets, et l’enveloppe sera revue à la hausse si nécessaire. Le mouvement est amorcé, il convient de l’accélérer », souligne François Bonneau, non sans préciser que les actions en direction des PME s’accompagnent aussi d’investissements dans des projets de recherche à long terme, dans quatre domaines en particulier : l’énergie, les biotechnologies, la filière cosmétique et l’environnement.

 

Le numérique au cœur des projets innovants

Sous l’impulsion du Codel (Comité de développement économique d’Eure-et-Loir), le département eurélien se tourne vers l’avenir par des initiatives originales et en mettant les nouvelles technologies au service du potentiel local.

Dans le sillage de la French Tech, cette bannière sous laquelle le gouvernement accompagne les jeunes structures technologiques à fort potentiel, le département de l’Eure-et-Loir s’illustre depuis la fin 2014 avec le lancement de la French Tech eurélienne. L’objectif est l’émergence d’une filière économique d’avenir, de mieux soutenir et faire connaître les savoir-faire en présence, non pas par une labellisation des acteurs du numérique, mais par la création d’un écosystème regroupant des professionnels et spécialistes (entrepreneurs, associations, mentors, développeurs indépendants…). A l’occasion d’événements dédiés, par exemple, des synergies doivent naître autour de projets prometteurs entre des start-up, entreprises ou investisseurs.
La société Utcha, spécialisée dans les solutions de pilotage d’appareils d’ophtalmologie, ou V-labs, qui a conçu un système doté d’un capteur, d’une application mobile et de sites Internet visant à favoriser le tri sélectif, font partie des premières structures à rejoindre ce mouvement. L’initiative a été mise sur pied par le Codel (Comité de développement économique d’Eure-et-Loir) avec le concours du syndicat Eure-et-Loir Numérique et le Conseil général.
Les développements de soutien aux technologies innovantes s’appuient aussi sur les forces intrinsèques du territoire. Il s’agit du premier département céréalier de France, notamment pour la production de colza, de pois protéagineux et de blé tendre. Le Big Data représente l’un des enjeux majeurs pour cette filière en matière d’optimisation de la gestion, du partage et de la propriété des données. Un contexte à l’origine de démarches favorisant la rencontre et la collaboration entre start-up et agriculteurs. Le projet « Les Champs du possible » représente l’initiative phare du moment dans ce domaine. Il s’agit de consacrer quelque  1 000 m2 à un espace de bureaux, des ateliers, des laboratoires permettant du prototypage. A côté de ce centre, une ferme pédagogique met à disposition 30 hectares de terres agricoles pour des expérimentations et 50 hectares pour l’incubation des start-up qui pourront y effectuer des tests en conditions réelles auprès des agriculteurs. En termes de formation, le site doit également accueillir un BTS « Systèmes numériques » à partir de septembre 2016.

 

 

PROJETS DE R&D

Ledger sécurise le portefeuille du Bitcoin
1,3 millions d’euros : c’est la somme qu’a levée la start-up Ledger en février. L’entreprise, née, le mois précédent, du rapprochement de la Maison du Bitcoin, de BTChip et de Chronocoin, située à Vierzon, a mis au point le Ledger Wallet, un portefeuille sécurisé pour les Bitcoin. Pour utiliser la monnaie virtuelle, le recours à une clé privée est nécessaire. Habituellement, cette dernière est stockée sur ordinateur. Le problème est que ces informations confidentielles sont parfois perdues, ou volées par des hackers. C’est là qu’intervient le Ledger Wallet. Ce portefeuille est en fait une clé USB équipée d’une carte à puce, telle celles que l’on trouve sur les cartes bancaires. Le but : stocker ces données privées sur le dispositif USB, au lieu de l’ordinateur, afin de les protéger. « C’est une sorte de fort sécurisé impénétrable. Notre double compétence, dans le Bitcoin et le secteur bancaire, nous permet d’avoir une vision unique sur les questions de protection de l’identité numérique », explique Eric Larchevêque, CEO de l’entreprise.
Le Ledger Wallet est actuellement commercialisé dans soixante pays, aux États-Unis et en Asie principalement. A l’avenir, la société entend se spécialiser dans la protection de l’identité numérique. Vote électronique, objets connectés avec cache transactionnel, etc., sont autant d’exemples pour lesquels la technologie de la carte à puce appliquée à la protection des données personnelles en ligne pourrait s’avérer utile. 


AdEchoTech apporte Melody aux télé-échographies
Répondre à la problématique de la désertification médicale : tel est l’objectif que s’était fixé l’entreprise AdEchoTech, spécialisée dans le matériel médical, et qui a développé Melody, un appareil de télé-échographie robotisé. Le dispositif, commercialisé depuis 2013, permet d’effectuer des échographies à distance. L’examen est réalisé par un spécialiste de l’imagerie médicale qui se situe dans le centre dit « expert ». Que le patient se trouve à 100 ou à 5 000 kilomètres de là, dans le centre dit « patient », médecin et lui peuvent communiquer grâce à un système de visioconférence, « pour ne pas déshumaniser les relations médicales », précise Nicolas Lefèbvre, directeur marketing de l’entreprise.
Dans le centre « expert », le professionnel de santé dispose d’un joystick en forme de sonde. Ses mouvements sont reproduits à l’identique par la vraie sonde qui se trouve dans le centre « patient ». Parallèlement, le médecin visualise en temps réel l’échographie. Dans l’autre centre, le patient est accompagné par une infirmière ou un manipulateur en radiologie qui opère le bras robotisé au bout duquel est installée la vraie sonde.
« C’est un appareil qui peut être très pratique dans les territoires isolés, poursuit Nicolas Lefèbvre. D’autant qu’on oublie souvent que l’échographie n’est pas réservée au suivi des grossesses. Elle est utilisée pour les examens abdominaux, du pelvis, en cas de problème musculo-tendineux, etc. » Aujourd’hui, l’appareil est présent dans huit centres, en France métropolitaine, en Guyane française ou à Chypre. Mais l’entreprise familiale espère commercialiser ce robot au-delà des frontières de l’Europe. Dans son viseur, le Moyen-Orient et l’Amérique du Nord.

Les robots de Deret au service de Sephora
Implantée depuis vingt-cinq ans au cœur de la Cosmetic Valley, à Orléans, l’entreprise de logistique Deret, spécialiste de la préparation à la pièce, vient de robotiser sa chaîne d’expédition pour répondre aux besoins de Sephora, son partenaire depuis deux décennies. « L’automatisation de la génération de palettes a des avantages multiples, explique Jean-Luc Fournier, porte-parole de la firme. Elle nous permet d’être réactifs et d’absorber le surplus de travail lors des pics d’activité du parfumeur - en fin d’année et pour la fête des mères -, d’accroître la productivité - elle peut être quadruplée durant deux ou trois semaines - et de réduire la surface au sol nécessaire à cette activité. » Au total, 1 500 colis peuvent être traités en une heure, soit cinquante palettes. Un convoyeur haute cadence, un outil de banderolage, un dépileur de palettes, la pesée et l’étiquetage s’ajoutent au dispositif.

Cette innovation permet aussi à la société de pallier une gestion du personnel complexe, sur des postes de travail peu valorisants, peu attractifs, avec, en conséquence, un turn-over important. L’installation de quatre robots, au début du mois de février, a mis un terme aux retards d’expédition et aux erreurs de tri. Cette technologie de pointe, directement empruntée à l’industrie, et plus précisément au secteur de l’automobile, est encore rare dans la logistique. « Jusqu’à maintenant, elle était présente uniquement pour la préparation des produits pharmaceutiques », précise Jean-Luc Fournier. Par ailleurs, Deret est désormais en mesure de réaliser un tri plus précis et de préparer pour les plus grands magasins, comme ceux des Champs-Elysées, des colis spécifiques pour chaque rayon, et non plus pour l’ensemble du magasin. A terme, cette innovation développée par Cofely, grâce à un investissement de un million et demi d’euros, pourrait être adaptée aux autres clients du spécialiste de la logistique.

 

 

 

Julien Tarby / Fabrice Barbian

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